II
4l8 MONARCHIE FRANKE
Quant à la Burgoiiclie, ce fut bien pis : ce fut une \raie révolution qui s'y fit à la chute de Brunehaut. Le parti germanique, jusque là assez bien contenu par l'autorité royale, y devint tout à coup prépondérant, et, comme nous allons voir, ouvertement hostile aux monarques franks. J'ai dit à quel prix Warnakaire avait vendu à Clotaire II la vie de Brunehaut et des enfants de Thierry , et comment il avait exigé du roi de Neustrie le serment de n'être point dépouillé de son vivant de la dignité de maire du palais de Burgondie. Or, cette concession de Clotaire était, par le fait, l'abnégation d'une part du pinivoir royal. D'un autre côté, il est plus que probable que Warnakaire n'obtint pas un privilège si nouveau sans faire lui-même des concessions inusitées à l'indiscipline , à l'avarice et à l'ambition des autres chefs burgondiens.
Aussi ces chefs ne tardèrent-ils pas à manifester par des actes ce surcroit de force qu'ils venaient de conquérir à la dernière révolution. Clotaire comprenait bien que l'unique manière d'établir son pouvoir dans leur pays était d'y envoyer des officiers de son choix pour le gouverner en son nom. Dès 61 3, immédiatement après avoir été reconnu roi des Buigondes, il choisit pour duc de la Burgondie transjurane un Frank neustrien, nommé Ilerpon*. 11 est probable qu'Eudelan, qui avait occupé ce poste sous Brunehaut , venait de mou-
(i) t'redeg, Chron. XLIII.
sous PAGOBIRT. 4^9
rir au moment de recueillir la récompense de sa trahison, Herpon se rendit au plus \ite dans son duché, où il fut, à ce que l'on peut croire, reçu paisiblement; mais à la première occasion qui se présenta d'exercer son autorité, il y eut contre lui un soulèvement populaire dans lequel il fut massacré. Les deux instigateurs nnmédiats de ce soulèvement étaient l'évcque Leudemond et le conile Herpon, excités ou encouragés l'un et l'autre par le patrice AJéthée ^.
Aléthée ne s'en tint pas à ce premier acte d'hostilité contre le monar([iie frank ; il ne méditait rien moins, à. ce que l'on peut déduire d'un récit malheureusement trop obscur de Frédégaire, que de se faire roi de Burgondie, du vivant même de CIotaire, et s'était flatté, on ne voit pas sur quelle apparence, d'attirer à ses intérêts l'épouse de celui-ci, la reine Bertrude^. Il est sur du moins que l'évéque Leudemond fut son agent dans cette intrigue mystérieuse, comme il l'avait été dans le mouvement séditieux dirigé contre le duc Herpon. Clotaire apprit de ces menées hostiles tout ce qu'il avait besoin d'en savoir pour en être fort irrité et pour résoudre la mort d' Aléthée. Il l'attira adroitement, sous je ne sais quel prétexte, à Massolac, l'une des résidences royales, et l'y fit tuer sans cérémonie*.
(i) Id. loc. cit.
(2) Id. XLIV.
(3) hl. loc. cit.