LUTTE DE LA NELSTRIE
([uelques traits de cette ébauche de portrait indiquent un Romain plutôt qu'un Frank, et leur ensemble paraît caractériser un homme de mœurs douces, assez éclairé pour envisager le pouvoir royal comme un moyen d'ordre et décidé à le défendre, mais avec prudence et modération. Favori de Dagobert, il faut bien croire qu'il en partageait les idées et en approuvait la conduite relativement aux prétentions des leudes en général; cependant le premier acte qu'il fit au nom de Glovis II fut de restituer aux leudes de Neustrie et de Burgondie les biens dont les avait dépouillés le monarque défunt ^. Il crut sans doute par-là les réconcilier du moins momentanément avec le pouvoir royal. Il mourut en 64o, mais sa mort n'amena point de nouveauté ; l'impulsion monarchique du gouvernement de Dagobert détermina le choix du nouveau maire ; ce fut Erkinoald, personnage de tout point lessemblant à .'Ega, et qui aspira comme lui à maintenir en Neustrie la prépondérance établie de l'autorité royale 2.
Quant à la Burgondie, depuis la mort de Varnakaire, elle n'avait point de maire du palais; mais il s'y était élevé, sous un autre titre, un personnage qui le représentait et le remplaçait exactement. C'était le patrice Willibald, ce même
ri) id. loc. cit.
' 1,1. JAXXIV.
KT DE LALSTRASIE. 4^5
seigneur hurgondien que j'ai nommé tout à l'heure parmi les chefs de la grande expédition contre les Vascons*. Willibald avait d'abord exercé son emploi dans les vues de Dagobert et s'était rendu redoutable aux leudes séditieux ou suspects; mais il s'était ensuite radouci, avait tini par se faire parmi eux un parti puissant et par se constituer le chef de l'aristocratie burgondienne. C'est un fait qui n'est pas clairement énoncé dans les chroniques, mais sur lequel ne laissent guère de doute d'autres faits corrélatifs bien constatés.
En 641 , la reine veuve Nantilde et le maire du palais Erkinoald convoquèrent à Orléans les leudes de la Burgondie, pour les engager non-seulement à se donner un maire du palais, mais à élever à cet emploi le personnage que la reine y avait destiné comme le plus convenable aux intérêts communs de la royauté et de la INeustrie. C'était un Frank nommé Flaokat, ennemi personnel de Willibald, auquel il s'agissait de l'opposer, dévoué à la reine Nantilde par politique et peut-être par des sentiments plus tendres; car, à travers quelques expressions obscures de Frédégaire, on entrevoit que Nantilde avait eu le dessein de le prendre pour second époux ; mais ce projet ayant rencontré des obstacles, la veuve de Dagobert se contenta de donner sa nièce Ragnoberte pour femme à son flîvori 2.
(i) Id. LXXXIX. XC.
(2) Spnnsalia hœc nesrio f|na fat tioiie fiiintur; nain aliiul coiisi-
/j^G LLTTE DV lA AEISTRIF.
Hien ne prouve mieux le crédit de \VilIil)a!d eu Burgondie que la peine qu'eut la reine Nanlilde à lui donner Flaokat pour maire du palais. Elle fut oblii^^ée de gagner un à un tous les leudes burgondiens, et encore ces leudes lui vendirent-ils plutôt (ju'ils ne lui accordèrent la chose qu'elle désirait. Ils n'élurent Flaokat pour maire qu'à la condition de n'être point troublés par lui dans la possession viagère de leurs emplois*. C'était une nouvelle victoire de l'aristocratie burgondienne sur la royauté; c'était un pas de fait vers l'hérédité des grands emplois de la monarchie et de la part de pouvoir qui y était attachée. 31ais il paraît qu'Erkinoald et la reine furent plus touchés delà réussite du moment (pie des cliiUîces périlleuses de l'avenir. Le maire de Neustric et celui de Burgondie, après s'être concertés pour le succès de leurs projets futurs, se séparèrent également satisfaits du résultat actuel de leurs manœuvres -.
A peine Flaokat eut-il pris possession de son poste de maire du palais qu'il entra aussitôt en lutte avec le patrice Willibald. Essayant d'abord de le surprendre, il lui tendit divers pièges que le patrice, sur ses gardes comme il l'était, évita facilement. Mais auxbostilités secrètes succéda bien-
liuin secrète Ftaochatus et Nantecliildis regina iiiadtinantiir, qiiod ii-editur Deo non fuisse |>lacibile. Clironic TAXXTX.
(/) /ri. toc. rit.
(> /d. U)c. cit.
TT DF. l'aUSTRASIF. 4-^7
tùl une guerre ouverte, et la querelle finit par une j)ataille livrée en G^i aux environs dWutun, dans la([uelle chacune des deifx factions combattit avec toutes ses forces. Willibald y fut vaincu et tué, mais le vainqueur ne lui survécut que peu de jours*.
Depuis la mort de Willibald, la Meustrie n'avait plus d'intérêt à donner un maire du palais aux Burgondiens, ni ceux-ci à en avoir un. Lii Burgondie fut donc réunie à la Neustrie et entra sous sa direction politique immédiate. Maisau point de force t't d'indépendance où en étaient les leudes burgondiens, une telle union ne pouvait être que précaire, et il était clair que la moindre querelle entre ceux-ci et le gouvernement de Neustrie séparerait de nouveau les deux pays en deux Etats , ou qu'au premier choc accidentel entre les deux con- Irées recommencerait la lutte de Tesprit monarchi- <pie, qui dominait dans l'une, contre les tendances aristocratiques ou anarchiques de l'autre.
L'état de l'Âustrasie n'était guère moins incertain ni moins précaire. Aussitôt après la mort de son père, Sigebert III avait été unanimement pio- < lamé roi par les Austrasiens et Pépin était resté son maire du palais. La mort d'un roi éneigique cl ombrageux comme Dagobert était pour ce chel des leudes austiasiens la circonstance la plus fa- Norable ; elle laissait un jeu plus libre à sou anibi-
(li IcLXC.