‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 55 sur 69 · ET DE L*AUSTRASIE. ^G · texte numérisé non relu

ET DE L*AUSTRASIE. ^G

lais (Je leur choix. Ebrouiu, ne se sentant pas en mesure de braver leur demande, leur envoya, pour régner sur eux, le second fds de Clovis II, Childéric II, auquel ils donnèrent pour maire Wulfoald, duc de Champagne'^. A peine ce nonveau gouvernement austrasien fut-il établi que tous les hommes puissants qui visaient à l'indépendance se rallièrent à lui pour détrôner du même coup et Thierry, le roi nominal, et Ebrouin, le véritable roi de Neustrie.

Les leudes burgondiens n'attendirent, pour les imiter, que d'avoir trouvé un homme capable de les diriger dans cette crise nouvelle , et ils n'attendirent pas long- temps. Léodigier ou Léger, cet évèque que l'égUse vénère comme saint et comme martyr, mais sur le compte duquel l'histoire est plus embarrassée et plus indécise, se trouvait là prêt à se mettre à leur tête, et ils ne pouvaient souhaiter un chef plus capable ou plus décidé 2. Léger avait été nommé à Tévéché d'Âutun à peu près en même temps qu'Ebrouin à la mairie de Neustrie. Pœnommé pour son savoir, allié parle sang aux plus puissants personnages de son époque, ambitieux, entreprenant, doué d'une grande force de caractère, habile à tourner son crédit sacerdotal au profit de ses desseins politiques, rien ne lui manquait

(i) Id. loc. cit.

(2) Fredeg. Cont. I. XCV. Vita S. Leotlegarii, ap. scriptor. 1er. francicar. tom.>I. p. Gi9..

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pour jouer un grand rôle dans les lenips diflieiles où le sort l'avait jeté. 11 était le plus redoutable adversaire qu'Ebrouin pût rencontrer sur son chemin.

Le pouvoir royal avait ses partisans en Burgondie, et ceux-ci s'aperçurent bien des complots tramés à côté d'eux contre le gouvernement neustrien ; mais ils n'avaient pas la force de s'y opposer. Quelques-uns s'enfuirent pour éviter de prendre part à une conspiration qu'ils désapprouvaient ; d'autres, qui ne purent fuir ou ne le voulurent pas, cédèrent à la menace d'être assassinés ou brûlés dans leurs maisons, et se laissèrent enrôler par les conjurés.

Le plan de ces derniers était très simple; les Burgondiens devaient d'abord reconnaître pour roi Childéric II, roi d'Auslrasie, après quoi les leudes réunis des deux pays fondraient sur la rSeustrie, en chasseraient Thierry III, qu'ils tenaient pour mal élu , l'ayant été sans leur participation, et donneraient son royaume à son frère*. Ce plan fut sans doute exécuté habilement et avec célérité, puisque Ebrouin n'eut pas le loisir de se mettre en défense. A l'approche des Austro-Burgondiens il prit la fuite avec Thierry III ; mais tous deux furent arrêtés , tonsurés et renfermés avec des moines , le roi à Saint-Denis, et le maire du palais à Luxeuil^. Chil-

(i) 7d. loc. cit.

(i) Fii-deg. Cont. T. XCI\ .

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délie II fut alors reconnu soiiveiaiii t\e toute lu Gaule fraiike; mais il transféra son siège d'Austrasie en Neustrie. On ne remplaça pas Ebrouin; les deux pays n'eurent qu'un seul maire du palais, ce même Wulfoald récemment élevé à ce poste par les Austrasiens. Mais la Burgondie eut son maire du palais à elle, et ce fut le chef victorieux de la conspiration, Léger lui-même ^.

Eu se servant de Cliildéric II pour renverser Ebrouin , les leudes burgondiens et austrasiens ne s'étaient pas oubliés; ils avaient exigé et obtenu diverses garanties contre les violences et les usurpations arbitraires de l'autorité royale. Il est très probable que ces garanties ne sont rapportées ni en entier ni bien exactement par les chroniqueurs ou les biographes. Cependant, parmi celles dont ils ont tenu compte, il en est d'importantes, comme marquant bien quel avait été, de la part des chefs austrasiens et burgondiens, l'objet de leur lutte contre le gouvernement neustrien, et quelle était, en général, la position respective actuelle des rois et des leudes; celles-là doivent être notées.

1° Bien des actes de l'autorité royale, passés en usage et en droit, étaient des violations manifestes des lois germaniques; il fut convenu que ces lois, aussi bien que la loi romaine et que celle des autres nations soumises aux rois franks, seraient exactement observées à l'avenir 2.

^i) Id. xcv.

[■1) Hiiderico legi cxpetunl univcrsiiit talia ilaiol dccrela, per

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'i" Quand les rois suspectaient ou craignaieui un gouverneur de province, ils envoyaient contre lui le seigneur d'une autre province avec une armée pour le déposséder de force ou pour affaiblir son pouvoir en partageant avec lui l'office auquel ce pouvoir était attaché; il fut stipulé cpie le duc ou le comte d'une province ne pourrait plus être envoyé dans une autre.

3* Enfin le pouvoir des maires du palais, confié à un seul et même individu pour toute la durée de sa vie, paraissait, surtout depuis Ebrouin, une insupportable tyrannie; et il fut accordé aux leudes que cet office alternerait temporairement entre les principaux d'entre eux*.

Ces diverses restrictions imposées à l'autorité royale par la force prépondérante des chefs austroburgondiens marquaient assez clairement l'intention d'un retour vers les anciennes institutions germaniques, vers ces premiers temps de la conquête franke, où les rois n'étaient encore que des chefs militaires qui devaient compte à leurs compagnons d'armes de tous les profits de la victoire.

tria quœ obtinuerat régna, ut iiniusciijusque patriœ legem vet consuetudinem observaret... et ne de provincia uua rectores in aliam introirent... Vita S. Leodegar. ap. script, rer. francicar. I. p. 6i3.

(i) Nequeulius ad instar Hebroini tyrannidem assumeret, et post modum suos conlubernales, ut ille, despicerel; sed duni mutua sibi successioue culminis habere cognoscercnt, nullus se alii auteferre auderet. Jd. loc, cit.

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Léger lut, selon toute apparence, eu celle occasion, le négociateur du parti germanique; et l'un des panégyrisles du saint nous atteste eu effet, bien qu'en termes un peu vagues, que les réformes politiques de son héros tendaient à ramener les choses des Franks à leur état primitif ou à un état regardé comme tel. « Tout (c'est lui qui parle), tout ce que saint Léger trouva de disparate avec les lois des rois anciens et des grands leudes de louable vie, il le ramena à l'état premier*.»

Mais plus ces avantages arrachés par les seigneurs austro-burgondiens étaient dans l'esprit des anciennes institutions germaniques, et moins ils étaient compatibles avec la royauté telle que la concevaient et l'exerçaient depuis long-temps les successeurs de Clovis. Childéric II ne les avait concédés que par force et chercha bien vite à les retirer. Par une exception frappante au caractère des lois franks après Dagobert, Childéric est le seul qui eût des volontés à lui et un vif sentiment des intérêts de la royauté. Ce ne fut probablement pas sans intention et sans calcul qu'il transporta sa résidence d'Austrasie en Neustrie, où il savait qu'il lui serait plus facile de trouver des appuis. Du reste il avait beaucoup plus d'orgueil que d'adresse, et des accès de colère brutale et de passion plutôt qu'une force

(i) Quidquid maxime adversus leges anliquoruni reguin, ac magnorum procerum, quorum vita laudabilis constabat, lopcrit iiieptuin, ad pristinum reduxit statum , etc. S. Leodegar. vita, auctor. TIrsino, srrip. rcr. fr. I. p. GfÇ).

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rontinue de caractère, et il y avait peu d'apparence qu'il réussit à dompter les leudes.

L'évêque Léger s'était en quelque sorte constitué le garant des privilèges qu'il avait stipulés pour sa faction ; il s'était établi à la cour de jNeustrie comme pour y surveiller et y assurer l'observance de ces engagements que Childéric II avait souscrits malgré lui, et auxquels il ne désirait rien tant que de pouvoir manquer. Le roi avait donc pris bien vite en aversion l'évêque maire du palais et chef de parti. Il l'écarta d'abord le plus possible de sa personne et finit par le renvoyer à son siège épiscopal. Là Léger se rendit bientôt plus redoutable ou plus suspect encore qu'en Neustrie;Cliilpéric le fit arrêter en 673 et l'envoya prisonnier au monastère de Luxeuil,le même où Ebrouin était renfermé depuis trois ans *.

Réunis par une infortune pareille et victimes des mêmes ennemis, les deux adversaires eurent l'air de se pardonner réciproquement le mal qu'ils s'étaient fait autrefois, vécurent paisiblement ensemble et se crurent peut-être réconciliés.

Ayant ainsi écarté des affaires le chef le plus habile et le plus influent de ces leudes qu'il abhorrait, Childéric se crut fort et se livra sans ménagement à ses caprices contre ses officiers. Il ordonna un jour d'en attacher un à un arbre et l'y fit ignominieusement battre de verges. C'était un Frank

(1) Vila S. Leodeg. p. fii5.

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nomiiié Édelon, homme d'un haut rang et d'un cœur fier qui résolut de se venger et trouva sans peine des mécontents avec qui conspirer. Quelques écrivains affirment qu'il eut des intelligences avec Ebrouin à Luxeuil; cette assertion me parait difficile à concilier avec les faits ultérieurs. Si du moins Je maire prisonnier eut connaissance des projets d'Edelon et y prit quelque part, il y a lieu de sup- ])oser que ce ne fut pas d'une manière décisive ni bien directe. Les communications des conjurés avec Léger sont mieux constatées, et il parait certain que, du fond de sa prison, l'évéque dirigea tout leur complot et leur envoya son frère Warin pour agir avec eux, comme son lieutenant*.

Ces menées eurent leur effet; Childéric II fut tué à la chasse , dans la forêt de Bondi , et avec lui furent égorgés un de ses fils et la reine Bilicliild, sa femme, alors enceinte, circonstance qui semble indiquer dans les leudes franks un surcroît de leur férocité native ou de leur aversion pour les rois^. Le premier résultat de l'assassinat de Childéric fut de remettre sur le trône son frère Thierry III , auquel on donna pour maire du palais Leudesius, fils de l'ancien maire Lrkinoald.

A. la, première nouvelle de la mort de Childéric, Ebrouin et Léger s'évadent en même temps du monastère de Luxeuil, mais déjà de nouveau divisés

(i ■ Eratquc... in hoc consilio B. Leudegarius, el Geiinus IValer ^jus lonsenlienles. Gesta. Francor. XLV.

[■f. Frcdrg. Cont. I. XCV.

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par leurs projets et par leurs espérances *. Ce dernier se flattait de recouvrer paisiblement son ancien pouvoir parla faveur du maire du palais Leudesius, à l'élection duquel il avait puissamment contribué. Ebrouin visait de son côté à ressaisir le gouvernement de la Neustrie; mais sa tâche était plus difficile. Son ancien poste de maire du palais était occupé par un autre; la plupart de ses ennemis personnels venaient de se lallier autour de Thierry , et continuaient à lui fermer tout accès au pouvoir; il n'y pouvait rentrer que de force.

Une fois libre, son premier soin fut de réunir autour de lui ses anciens partisans, les nombreux compagnons de sa disgrâce et de son exil, aussi avides que lui de dédommagement et de vengeance, mais ne se trouvant pas encore assez fort avec eux pour ce qu'il méditait, il se jeta en Austrasie 011 il grossit son armée d'une multitude d'aventuriers de tout rang, auxquels souriait toute occasion de piller ou de bouleverseï- la Neustrie. Ebrouin n'avait personnellement aucun grief contre Thierry III; mais il ne pouvait battre le parti qui s'était pour ainsi dire amalgamé à lui sans l'attaquer lui-même , et pour l'attaquer avec plus d'assurance il crut devoir lui opposer un roi de sa façon , on ne sait quel enfant qu'il salua du nom de Clovis 111 et prétendit être le fils du dernier Clotaire^.

(l) Vita S. ]-eocl(;g. p. (. i G [:>:} Id XCYl.

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