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Ces dispositions faites, Ebrouin se précipite avec ses Iximles sur la ^eust^ie; ni Thierry, ni son maire Leudesius, ni personne à sa cour ne s'attendaient à cette brusque invasion. Us ont à peine le temps de se dérober par la fuite à l'armée qui fond sur eux ; ils sont poursuivis , le trésor royal est capturé et pillé, Leudesius arrêté et assassiné, au mépris des garanties qui lui ont été données, et tout le parti qui venait de tremper dans l'assassinat de Childéric il, après avoir autrefois conspiré pour lui contre son frère Thierry , est en un instant anéanti, dispersé et menacé de la plus vive persécution*.
Quant à Thierry III, une fois isolé des ennemis personnels d'Ebrouin, il valait mieux pour celui-ci (ju'un fantôme de roi dont la descendance méro- \ingienne, seule condition alors exigée des rois franks, était suspecte à tous. Ebrouin replonge donc bien vite dans les ténèbres d'où il Pavait tiré son prétendu fils de Clotaire, rétablit Thierry III sur le trône, et, avec son titre de maire du palais, il reprend toute la puissance qu'il avait eue avant sa chu te ^
Trois ans d'humiliation et de captivité avaient exaspéré encore la haine qu'il avait toujours portée aux leudes factieux, et il avait un prétexte plus spécieux que jamais pour les poursuivre , les dépouiller et les exterminer, celui de venger la mort de Chil-
(1) MXCVII.
(:i) Iil lor. ril.
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délie 11, celle mort qu'il avail sinon provoquée au moins désirée. Jamais; depuis l'origine de leurs querelles avec les rois, les leudes affectionnés aux, vieilles mœurs germaniques n'avaient été si vivement persécutés qu'ils le furent à la suite de cette restauration d'Ebrouin; mais c'était principalement aux leudes burgondiens et à Léger, leur chef, que le terrible maire s'en prenait de tous les désordres dont sa chute avait fait partie. Un de ses premiers soins fut d'envoyer en Burgondie une armée nombreuse, avec la double mission de réunir le pays à la Neustrie et de s'emparer de la personne de Léger *.
L'évéque eut le temps de s'enfermer à Aulun et d'y faire des préparatifs de défense; il y soutint courageusement un siège de quelques jours, et, selon ses panégyristes, il n'avait qu'à dire un. mot pour décider les habitants à braver pour lui les risques d'une défense désespérée. Mais plutôt que d'attirer les derniers malheurs sur ses diocésains, il se livra lui-même aux généraux d'Ebrouin; on lui fit d'abord arracher les yeux, après quoi on l'enferma dans un monastère. A quelque temps de là, il fut traduit devant un concile pour s'y justifier d'avoir trempé dans l'assassinat de Childéric II ; il ne se justifia pas, la chose était impossible, et il fut livré, comme coupable de lèse-majesté, à Ebrouiu (jui lui Vu trancher l.i \v\c on 678 . après des for-
;i) Vil.i. S. Lrodcg. p. 617.
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tmes plus inliuiiiaines les unes que les autres*. Par ]a mort de saint Léger, la Buigondie rentra sous le gouvernement de la Neustrie, et la royauté y eut de nouveau quelque prise sur l'ordre des leudes.
Au dire des panégyristes de saint Léger, le nombre des grands personnages que le maire Ebrouin persécuta, exila ou fit périr de diverses manières, et pour une cause ou pour l'autre, serait immense. Chaque persécuté aurait été un innocent et le persécuteur un monstre d'injustice et de cruauté; mais ces panégyristes sont des historiens bien suspects. D'autres écrivains, ecclésiastiques comme eux et non moins dignes de foi, rendent un meilleur témoignage des motifs et des résultats de la conduite politique d'Ebrouin. Il en est un, entre autres, d'après lequel le formidable maire de la Neustrie, n'aurait été que l'intrépide restaurateur de l'ordre public. « Le comte Ebrouin, dit-il, s'opposait courageusement à toutes les iniquités et a toutes les méchancetés qui se faisaient dans le pays, et, punissant de leurs crimes les hommes iniques et superbes, il avait rétabli partout une paix entière et parfaite. » L'opposition de ces témoignages sur les mêmes faits et sur le même homme est- plus ap- ])arente que réelle; Ebrouin n'était et ne pouvait être (pie l'homme de son temps, d'un temps d'a-
( I ) Voir pour les dclails de ces événements les deux bio{;raphies de sainl Léger, dans le preujier volume du iccueil des Hislor. de Frnurc.