‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 57 sur 69 · LUTTE DE LA JN'KIJSTRIK · texte numérisé non relu

LUTTE DE LA JN'KIJSTRIK

iiarchie et de barbarie, où la force publique elieniéme ne se manifestait et ne se maintenait que par l'arbitraire et la violence; il ne pouvait guère faire le bien dont les uns le louent, sans commettre aussi beaucoup de ces actes que d'autres qualifiaient de cruautés et d'injustices.

Vainqueur de l'aristocratie barbare en Burgondie, Kbrouin résolut de l'attaquer en Âustrasie; mais ici elle était plus forte, plus compacte; la lutte devait être plus pénible et les résultats en furent bien différents. Il faut la reprendre d'un peu plus haut, du moment où les Burgondiens et les Austrasiens, après avoir renversé de concert Thierry IIl et le maire Ebrouin, se séparèrent pour jouir, chacun à part et chacun à sa manière, du fruit de la victoire commune.

Monarque de la Gaule franke et transplanté en INeustrie, Childéric II était devenu, pour ainsi dire, étranger aux leudes austrasiens; il leur devint bientôt suspect par sa répugnance à maintenir leurs piiviléges et par sa haine pour eux. Ils résolurent donc de se donner un roi plus commode; ils allèrent en 678 chercher en Irlande ce fils de Sigebert m que Grimoald y avait caché dans un monastère, il y avait vingt-deux ans , et le proclamèrent roi d'Austrasie, sous le nom de Dagobert II. Mais tels furent les vices, l'abrutissement et la stupidité de ce moine couronné , que rien de plus heureux (jue son règne ne j)0uvait arriver pour les chefs austrasiens qui méditaient des entreprises ambi-

ET DE L.VLSÏRAbIH. 47 J

lieuses, el qu'usait ^èiiés jus({iie là le iesj)ecl tiaclitionel des Franks pour les tlescendanls de Mélovée.

Entre ces chefs se distinguaient aisément deux jeunes leudes de race illustre. C'étaient deux frères, nommés l'un Martin et l'autre Pépin II , ou l'Ancien, ou encore Pépin d'Héristal, nés du mariage d'Anseghise, fils d'Arnulplie et de Begga, fille du premier Pépin, dit le Vieux, et sœur du maiie du j)alais Grimoald. Tous les deux à la fleur de l'âge, iiahiles , vaillants et avides de gloire, ils avaient hérité de la popularité et de la puissance de leurs aieux, dans des temps qui leur permettaient de tenter de plus grandes choses qu'eux. Dès le début du règne de Dagobert II, ils s'étaient déclarés les protecteurs des libertés ou des prétentions germaniques contre leur propre roi et contre celui de \eustrie, ou, pour parler plus exactement, contre le maire Ebrouin. Suivant l'exemple que leur avait donné le vieux Pépin, ils s'étaient prévalu des atteintes que le pouvoir royal était incessamment réduit à porter aux propriétés ecclésiastiques pour s'offrir aux prêtres à titie de protecteurs et de cham- [)ions; en 677 ils se trouvèrent en état de faire à la royauté mérovingienne un outrage dont elle ne devait pas se relever^.

Ils convoquèrent un concile d'évèques de leur parh, (lovant lecpiel ils traduisirent Dagobert II

(1} Fitdog. Conlin. II. XCMl. Ccsla Frantoi. \LM.

li']G LLTTfi DE LA ÎStlJSTRIE

comme violateur de ses vœux monastiques. Le misérable fantôme , je ne sais si je dois dire de moine ou de roi, y fut condamné, et comme marqué d'un sceau de réprobation et de mort; il fut poignardé par des assassins obscurs et son corps jeté sans sépulture à la voirie.

Par cet assassinat, tous les hommes puissants, tous les leudes de l'Austrasie se trouvèrent dans une sorte d'indépendance, gouvernant, chacun comme il l'entendait, son duché, son comté, sa ville, et cherchant à se gagner le plus grand nombre possible de leudes subordonnés, pour se défendre ou s'agrandir, selon les besoins ou les circonstances. Ce fut, pour ainsi dire, un moment, dans toute sa réalité, l'état de choses auquel avaient aspiré depuis le premier jour de la conquête franke les principaux chefs de bande de Clovis et de ses enfants. C'était là le but auquel tendaient leur cupidité, leur ambition grossière , leurs habitudes d'indiscipline et d'indépendance. Entre tous ces hommes puissants, satisfaits de n'avoir plus de chef, Martin et Pépin avaient sans doute une certaine suprématie de position et de fait; mais ils n'étaient point encore en mesure d'exercer directement les pouvoirs publics; ils n'étaient encore <[ue les plus puissants parmi leurs égaux.

Un tel état de choses ne pouvait être, pour ainsi dire, que d'un moment. Il était clair qu'à la première nécessité d'agir en commun pour la défense c\v leurs intérêts, les leudes ausliasi<'ns seraient,

ET DE LALSTRAsIE. 477

obligés de s'organiser, de recoiniaître des chefs; et ces chefs, désignés d'avance, ne poiKaient être que les petits-fils d'Arnulphe et de Pépin. Or, la nécessité dont il s'agit, nécessité qui existait déjà par le seul fait de la rivalité politique de l'Austrasie et de la ><eustrie, devint urgente par le retour d'Ebrouin au gouvernement de ce dernier pays.

Les leudes burgondiens ou neustriens que le maire de Thierry III persécutait, qu'il menaçait encore après les avoir dépouillés de leurs offices et de leurs biens, fuyaient de toutes parts de devant lui. Les uns se réfugiaient en Vasconie, d'autres chez les Visigoths; mais la plupart passaient en Austrasie, où ils étaient sûrs d'être bien accueillis, surtout par Pépin et par son frère, qui leur promettaient de les ramener victorieux en Neustrie et qui avaient le plus grand intérêt à leur tenir parole.

Le nombre de ces émigrés grossissait rapidement; en 680 ils composaient une force si considérable que leurs deux jeunes patrons crurent le moment venu de tenter, avec eux et avec des renforts austrasiens, une invasion en Neustrie. Ils se mirent donc en campagne et s'avancèrent jusqu'à Loixi,près de Laon, où ils rencontrèrent Ebrouin. Les combattants étaient braves et nombreux; l'intérêt qui les animait était grave pour tous et personnel pour des milliers d'entre eux. Les chefs étaient des braves de renom ; la bataille devait être longue et sanglante ; elle le fut. Mais à la fin Ebrouin et les Neustriens la gagnèrent, et, pour-

'l^S ILTTE DE L\ AEUSTIUE

suivant les vaincus jusqu'en Austrasie, mirent tout à feu et à sang sur leur passage *.

Martin se renferma dans Laon , où il aurait pu soutenir un long siège; mais il eut l'imprudence de venir à un rendez-vous que lui avait assigné Ebrouin , comme pour traiter avec lui ; et fut assassiné en y arrivant 2. Pépin se sauva: mais la cause de l'aristocratie germanique semblait irréparablement compromise par sa défaite, et l'Austrasie était prêle à subir, comme la Burgondie , la domination neustrienne. Il ne fallut peut-être rien moins que la mort d'Ebrouin pour remettre les chances des événements en faveur de Pépin. Cette mort fut, dans la grande lutte du maire neustrien contre les leudes, un incident caractéristique qui aide à comprendre à quel point la rigueur lui était nécessaire pour gouverner. Un certain Hermanfroi ayant été accusé d'avoir malversé dans je ne sais quel emploi fiscal dont il était revêtu, le maire du palais le menaça de lui enlever tous ses biens, en réparation du dommage qu'il avait causé. Hermanfroi, troublé de cette menace, voulut en prévenir l'effet par un coup désespéré. Il assembla quelques affidés , se posta sur le chemin par où il savait qu'Ebrouiu devait se rendre à l'église , se jeta sur lui à l'inqii oviste et l'assassina ^.

Les trois maires du palais donnés l'un après

(i) Fredeg. Cont. II. XCVII. Gesta Fiaucor. XL\ I,

(2) Iil. loc. cit.

(3) Gesta Framor. XLVII. Frcileg. Cont. II. XCMII.

El DE L\ NEdSTRIE. \-]i)

Taiilre pour successeurs à Ebrouiii n'eurent à beaucoup près ni son expérience, ni son courage politique, ni sa capacité militaire. Chacun d'eux gouverna à sa façon et tous gouvernèrent mal. L'un temporisa làchementavecraristocratie;rautre l'attaqua sans s'y être convenablement préparé, et comme pour se faire battre ; le dernier fut un pe«-sonnage qui, à une nullité complète, joignait des ridicules et des travers. Beaucoup de ÎNeustriens , jusque là fidèles à la cause mérovingienne, en déses])érèrent sous un tel chef; ils allèrent en Austrasie se réunir à leurs premiers émigrés et s'abandonnèrent comme eux à la fortune de Pépin.

Avec des adversaires si peu habiles , celui-ci avait eu le loisir de se remettre de sa défaite et de se mieux préparer à une seconde guerre. Aux émigrés de Neustrie et aux Austrasiens qui composaient le noyau de ses forces, il avait adjoint des auxiliaires qu'il avait attirés d'Outre-Rhin, Saxons, Frisons , Cattes et Hessois, Thuringiens et Allemanes.

Aussitôt que Pépin eut terminé tous ses apprêts de guerre, il somma le roi de Neustrie de rappeler ses exilés et de leur restituer leurs biens; il voulait être refusé, il le fut; et les armées des deux pays ou des deux partis marchèrent l'une contre l'autre, commandées , celle de Neustrie par le maire du palais Berthaire, et celle d'Austrasie par Pépin. Elles se rencontrèrent non loin de la frontière des deux royaumes, auprès d'un lieu nommé Testri , sur les bords do la Somme.

/j8o LUTTE l)t LA NEUSTRIE

Les chroniqueurs carlovingiens rapportent un discours qu'ils mettent dans la bouche de Pépin , exhortant ses compagnons d'armes à bien faire leur devoir. Que ce discours ait été réellement tenu et qu'il exprime bien les vraies raisons pour lesquelles le chef austrasien recommençait la guerre, c'est de qtioi il y a beaucoup à douter. Mais il n'en est pas moins curieux pour l'histoire; car les motifs qui y sont allégués , s'ils ne sont pas les motifs intimes du chef, sont néanmoins puisés dans des faits , et les plus spécieux qu'un homme habile pût alléguer dans la circonstance donnée.

Ecoutez-moi, font- ils dire à Pepin,"et apprenez ce qui me contraint à cette guerre. J'y suis d'abord provoqué par les lamentations des prêtres et des serviteurs de Dieu , qui plusieurs fois sont venus me trouver afin que je secourusse par les armes les églises injustement dépouillées de leurs patrimoines. Un second motif m'a porté à cette pénible entreprise; ce sont les gémissements et les larmes des nobles franks réfugiés auprès de moi, qui, accablés par tant de malheurs , pensent que je puis (en les secourant) mériter le suffrage du ciel *.

La bataille fut aussi sanglante que celle de'Loixi et la victoire aussi disputée ; mais cette fois les Austrasiens l'emportèrent. Berthaire, le maire de Neustrie, fut tué; Thierry III, qui avait été amené là plutôt qu'il n'y était venu, prit la fuite jusqu'à

(i) Annal. Mettenses ad an. 687. Frctleg. Cont. II. C.

F.T DE l'aTSTRASIE. l\^ \

Paris, où Pépin le suivit et s'assura de sa personne. Il le fit aussitôt reconnaître roi par les Austrasiens, et se fit donner à lui le titre de maire de iNeustrie sous lequel il exerça le même pouvoir qu'Ebrouin avait exercé en Neustrie et en Burgondie, outre le pouvoir plus personnel que lui assuraient en Âustrasie sa richesse, sa position et la popularité de son nom. Il passa de la sorte, en un instant, du simple rôle de chef militaire d'une faction au rôle de chef politique d'un grand pays.

De 687, époque de cette mémomble bataille de Testri, où Pépin s'empara de tout ce qui subsistait encore alors des forces de la conquête franke, jusqu'à 714? année de sa mort, s'écoulèrent \ingl-sept ans qu'il employa heureusement à consolider sa puissance. Les événements de cette période sont presque inconnus, ceux surtout d'après lesquels on pourrait se former une idée des changements politiques préparés ou commencés par le triomphe de Pépin. Mais la période de la domination de Charles Martel n'étant au fond que le complément plus clair et plus prononcé de celle de son père , l'histoire de Tune pourra jusqu'à un certain poiiit suppléer à celle de l'autre; et je me bornerai ici à suivre rapidement le fil qui mène de la première à la seconde.

Durant les vingt-sept ans (pie dura la. nïah;if f^"

le règne de Pépin d'ïléristal, il vit passer dcvn ni

lui quatre rois inérovin<j;icns , à. cluicun desuuds il

ne manqua pas de sn'osti'uer religieusement riiéri-

48i LUTTE DE LA NEUSTRIE

lier le plus direct et le plus légitime. Le ies|)ect héréditaire des Franks, déjà, selon toute appai-encc, usé en Auslrasie et en Burgondie, ne l'était pas encore tout-à-fait en Neustrie ; et tant qu'il ne l'était pas, il y avait du risque pour Pépin à vouloir réunir en lui, sous un seul et même titre , le pouvoir réel et le pouvoir nominal. Du reste il avait peu de chose à faire , même en Neustrie , pour achever d'y flétrir ce titre de Mérovingiens dans des enfants rachitiques, vieillards à vingt ans, rejetons avortés d'une race usée par des débauches effrénées.

Il importait davantage, et il était, ce me semble, un peu plus difficile d'avilir le titre de maire du palais, dont l'institution, aussi ancienne que la conquête franke, était restée nationale à travers toutes les modifications qu'elle avait subies , et qui était devenue comme une partie indivisible, comnafe l'ame de la royauté mérovingienne. Pépin aurait cru manquer et aurait peut-être manqué son but en essayant d'attacher définitivement le pouvoir effectif, dont l'avait investi la victoire, à ce litre de maire du palais, titre pour ainsi dire corrélatif de celui de 3Jérovingien, et qu'il eut toujours rappelé. En gouvernant tout sans aucun titre déterminé , il prouvait bien mieux que son autorité élait attachée à sa personne, qu'elle élait son œuvre, sa conquête et sa propriété.

Du reste il mit une gradation habile dans ce ([u'il fit à cet égaid. Il commença par se faire nommer maire de Neustrie; ])uis en celle ({ualité il se

ti Dï l'alstkasif. 4^3

donna un lieutenant qui^résidait en iNeustrie, tandis (jue lui-même séjournait en iVustrasie ou partout où bon lui semblait. Enfin à des rois enfants il finit par associer des maires enfants, comme pour leur donner des compagnons de jeux; et le titre de maire du palais devint peu à peu un titre presque aussi insignifiant que celui de roi.

Malgré tant de ménagements et d'habileté, la puissance de Pépin fut sur le point de disparaître avec lui. 11 fallut des circonstances impossibles à prévoir pour qu'elle passât finalement à celui des siens à qui le sort gardait la gloire de la compléter et de la fixer dans sa race.

II avait trois fils, deux de sa femme légitime, Drogon et Grinioald; le troisième lui était né d'une maîtresse nommée Âlpaïde et se nommait Karl , comme le plus ancien connu de ses aïeux*. C'était pour les deux premiers que Pépin avait tout fait et tout disposé; c'était à eux qu'il s'était flatté de transmettre son pouvoir en héritage ; mais tous deux moururent avant lui , Drogon de maladie en 708, et Grimoald assassiné en 714.

Pour ce qui est de Karl ou de Charles (Martel), pour ne point changer un nom consacré par l'admiration populaire, non-seulement Pépin n'avait fondé aucun dessein sur lui , mais il le tenait à l'écart comme prisonnier, et ne laissait voir pour lui qu'une aversion extraordinaire. Charles

{ FriMleg. Clonl. II. (].

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fut, non sans motif, soupçonné d'avoir tue son frère Grimoald , et rien n'expliquerait aussi bien que cette violence la répugnance mystérieuse et obstinée de son père pour lui. Quoi qu'il en soit. Pépin partagea à sa mort les terres immenses et les duchés déjà héréditaires dans sa famille entre deux fils de Drogon. Grimoald avait laissé un fils naturel qui n'était encore Agé que de six ans. Par un acte signalé de mépris pour les usages mérovingiens, Pépin le donna pour maire du palais à un troisième Dagobert , monarque alors régnant, lequel n'était guère plus âgé. Ainsi donc à sa mort le vainqueur de Testri laissa la Gaule franke sous le gouvernement d'un enfant, ayant pour lieutenant un autre enfant; et tous les deux pour tutrice une vieille femme , Plectrude sa veuve *.

Il paraît qu'une fois en possession de l'autorité publique Pépin avait contenu d'une main vigoureuse les anciennes factions , tant celle dont il avait été le chef et pour laquelle il avait combattu, que celle qu'il avait vaincue et dont la Neustrie était le principal foyer. Il y a cependant lieu de penser que les leudes austrasiens avaient joui sous lui de plus de sécurité, qu'ils avaient été moins souvent troublés dans la possession de leurs honneurs et de leurs biens que sous les maires du palais, agissant dans l'intérêt des rois mérovingiens ou par des motifs personnels.

(i) Fredeg. Cont. II. CIV.

ET UE l'ai STKASIE. 4^5

Quant aux ^eustriens, leudes ou autres, on ne peut guère douter que les vingt-sept années de domination de Pépin n'eussent été pour eux , en général, une période d'oppression et de soumission forcée à l'Austrasie. Peut-être seulement y avait-il autant de patriotisme et de vanité que de raisons politiques dans leur mécontentement. A force de se faire la guerre, et tout le mal qui s'ensuivait, la IVeustrie qt l'Austrasie en étaient venues depuis long-temps à une véritable antipathie nationale l'une pour l'autre.

Il ne fallait pas aux Neustriens toute la force et toute l'énergie qui leur restaient pour secouer le joug d'une femme et de deux enfants. Ils prirent les armes d'un mouvement unanime et spontané, et marchèrent à la rencontre dePlectrude, qui venait avec une armée austrasienne et avec son petit-fils Grimoald s'installer à Paris, en qualité de régente de l'empire. Les deux armées se rencontrèrent à Compiègne et s'attaquèrent avec l'acharnement accoutumé; les Austrasiens furent battus et mis en iuile, et les Neustriens, affranchis d'une domination qu'ils tenaient pour étrangère et pour hostile, se donnèrent un maire national, un leude nommé Raginfred, jusque là inconnu*.

Dagobert III venait de mourir, et le premier soin du nouveau maire fut de lui trouver un successeur. Quoique ce Dagobert eut un fils, on choisit pour

i) W.CV.

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le leinplacei un certain moine noniuié Daniel, (jiie l'on alla chercher au fond d'un cloître, fils véritable ou prétendu, légitime ou bâtard de Childéric II, et à qui l'on donna pour nom mérovingien celui de Gliilpéric 11^. Cette formalité remplie, Raginfred n'eut plus qu'à s'occuper de la guerre contre l'Austrasie; il la poursuivit avec ardeur et habilement. Radbode, duc des Frisons, qui aspirait à se rendre indépendant et s'était déjà plusieurs fois révolté contre Pépin, était fort disposé à se soulever de nouveau contre le faible gouvernement de ses successeurs ; Raginfred i\ décida en s'alliant avec lui ^.

Envahie à la fois au nord par les Frisons et au midi par les Neuslriens, l'Austrasie était en péril imminent d'être conquise. Dans leur détresse , les Aiîstrasiens s'avisèrent d'avoir recours au fils disgracié de Pépin, à Charles; ils le tirèrent de sa prison et le mirent à leur tête. Charles répondit en héros aux espérances de son parti; battu dans les premières rencontres, il ne perdit point courage et finit par relever la fortune de sa famille. En 717 , il se trouva en état de prendre l'offensive et s'avança contre les iNeustriens, résolu de leur livrer une bataille décisive 5.

' 'Ce que des chroniqueurs carlovingiens ont noie

^l) Id. loc. cil.

f 2^ /d. CVI.

; w. io( . cit.

ET UE LAISTRASIE. 4^7

de la dinéienle coniposilioiide raimée neustriciino cl de celle d'Auslrasie est runique Fait un peu positif (jui nous reste, pour constater que cette nouvelle guerre était, comme les précédentes, une guerre d'opposition politique, une guerre entre une aristocratie et une royauté à peu près également barbares. Ils disent que l'armée de Charles a était la moins nombreuse, mais composée en entier de braves éprouvés à la guerre*. » Ce détail indique une armée dont les rangs sont principalement formés de guerriers de profession, d'hommes delà i.ice conquérante, de leudes de tout ordre, combattant pour leurs privilèges.

L'armée des Neustriens, ajoutent-ils, était com- ])osée d'une innombrable multitude, mais entremêlée de peuple commun , » c'est-à-dire sans doute , mi-partie de Franks et d'ancien.s habitants du pays , deGullo-Romains combattant pour le maintien d'un j)OUvoirqui les protégeait parfois contre les leudes, et dont l'intérêt était naturellement plus d'accord avec le leur que celui de ces derniers.

Ces deux armées se rencontrèrent à Vincy, proche Cambrai, en 717, Jamais les Neustriens et les Âus- Irasiens n'avaient combat lu , les uns contre les au-

^i, Hiljjericus »um inniiiiierabili oxeicilu, sed viilgan quideni roinmixta plehe, Caroli advenlum expcctabal; Karolus verô prin- ( cps ciim pauciori quidem agmine, sed probatissimis ad certanien ^i^is acirm iii liostpm diri;^p|)«t \ tmal. Mf II ad an 717.

/jH8 LUTTJi UK LA NEUSTRIE

très, avec tant d'obstination et de fureur que cette ibis. De part et d'autre le carnage fut tel qu'il fit oulilier tout ce que les traditions rapportaient des plus horribles tueries des batailles passées. Les Austrasiens gagnèrent celle-ci et poursuivirent les débris de l'armée neustrienne jusque sous les murs de Paris.

Cette victoire de Charles à Vincy ne fut cependant pas si avantageuse pour lui que l'avait été pour Pépin celle de Testri. Elle ne lui donna que l'Austrasie, dont il se fit nommer duc , titre nouveau qui lui suffisait pour le moment; il voulut aussi, par un surcroît de prudence, faire un roi d'Austrasie; il appela Clotaire IV, le fantôme mérovingien, qu'il mit alors sur le trône, et l'on sait à peine où il le prit.

Les Saxons s'étant révoltés contre les Franks en 718, Charles mena les Austrasiens contre eux poulies soumettre de nouveau*, et les Neustriens prolitèrent de ce répit pour se refaire de leur déroute de Vincy. La principale mesure de Raginfred, pour se mettre en état de poursuivre la guerre, fut de conclure une alliance avec Eu don , duc souverain de Vasconie et d'Aquitaine. L'année d'après, ce duc, passant la Loire à la tète d'une armée, vint se réunir aux INeustricjis, et marcha avec Kaginfred contre les Austrasiens. Cliailes ne les attendit pas;

(î) Fredeg. Cont. II. CVIII.

ET DE LALSTRASIE. /|8<)

il vint au-devant d'eux et les poussa sans combat jusqu'à Paris*.

A son passage par cette ville , Eudon en enleva le roi Chilpéric II et son trésor, et continua paisiblement, avec cette proie, sa retraite vers la Loire. Mais peu de temps après, Charles lui ayant proposé son alliance, à la condition de lui remettre entre les mains le roi enlevé et son trésor, il accepta le traité et renvoya aussitôt Chilpéric II en jNeustrie.

Chilpéric ne pouvait arriver plus à propos; le roi d'Austrasie, Clotaire IV, venait de mourir, et Charles cherchait quelqu'un pour le remplacer. Chilpéric n'avait aucune vertu qui le rendît impropre à cet usage; il fut donc reconnu roi d'Austrasie, comme il était déjà censé l'être de la INeustrie et de la Burgondie, et Charles fut dès lors le vrai souverain des trois pays.

(i) Id. loc, cit.

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