‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 8 sur 69 · A.VANT CLOVIS · texte numérisé non relu

A.VANT CLOVIS

en chemise et sans chaussure sur la haie ou sur la clôture quelconque (jui entourait sa maison. Cela fait, tout était fait. Les trois parents par-dessus l'épaule desquels il avait jeté sa poignée de terre étiiient tenus de payer, soit individuellement, soit collectivement, la compensation due par lui. Ceuxci n'avaient-ils pas de quoi la payer? le coupable était condamné à la peine capitale*.

Ceux à qui cette obligation de payer pour le délit de leurs proches pouvait paraître onéreuse ou injuste avaient un moyen de s'en affranchir; une loi le leur avait ménagé, et cette loi n'était, comme la précédente, que la traduction en langue usuelle d'un antique usage tout symbolique, d'une cérémonie pittoresque, selon toute apparence observée bien long-temps avant d'être écrite .

Le Frank qui voulait rompre a-vec ses parents ^ leur devenir légalement étranger, se rendait pour cela, par-devant le tunghin, ou centenier. Là, il prenait quatre bâtons d'aune ou de peuplier , qu'il brisait sur sa tête et dont il jetait les morceaux à terre , déclarant qu'il entendait par-là se retirer de toute communauté d'intérêt et d'affaire avec tels et tels parents qu'il nommait. Cela fait, il avait perdu toute espèce de droit à l'héritage de ces mêmes parents, mais il était dispensé aussi de concourir à l'acquittement des compensations auxquelles ils pouvaient être condamnés 2.

(i) Tit. LXI. de Chrcnechmda.

{1) Tit. LXIII 1. I.

a4 riîS FRANKS DAKS LA r,AULE

Enfin, au nombre des usages germaniques primitifs consacrés par la loi salique il faut comprendre la cérémonie par laquelle un homme en désignait un autre pour héritier ou pour donataire de la totalité ou d'une partie quelconque de son bien. Cette cérémonie se bornait, de la part du donateur, à jeter dans le sein du donataire ou à lui mettre entre les mains une branche de verdure , un jonc, un brin d'herbe ou tout autre chose pareille, en nommant et spécifiant la chose donnée*.

J'aurai par la suite mainte occasion de revenir sur les mœurs et les institutions primitives des Franks; mais je crois dès à présent en avoir dit assez pour constater l'unique chose que j'eusse besoin de constater ici sur eux. Je crois avoir montré qu'à l'époque où ils commencèrent à être régis par la loi salique, c'est-à-dire un peu avant Clovis, les Franks étaient encore, dans toute la force et toute la propriété historique du terme, un peuple germanique; je veux dire qu'il n'y avait encore, dans ce qui est connu de leur condition sociale et politique, rien qui se présente comme le résultat obligé d'une influence étrangère, romaine ou autre, rien qui nese déduise facilement des anciens usages germaniques, qui ne s'annonce clairement pour en être un simple développement, une pure modification.

Maintenant, y avait-il dans cotte con(hlinn des

( I ; Tit, XT.VIII. De arfaloiuio.

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Franks, comparée à celle des Germains de Tacite, un perfectionnement quelconque, un progrès dans le sentiment et la pratique de la \ie politique et civile? A s'en tenir à des vraisemblances un peu vagues et fondées sur des raisonnements plutôt que sur des faits, on pourrait, on devrait même croire à ce progrès. La loi salique sous laquelle ils vivaient (peu importe ici qu'ils l'eussent faite ou adoptée) semblait être, à tout prendre, plutôt un perfectionnement qu'une altération des anciens usages, des institutions traditionnelles de la Germanie; et ce perfectionnement, s'il était réel, en impliquerait naturellement plus d'un autre. Mais pour conclure quelque chose de la loi salique relativement à la culture générale des Franks, c'est moins au texte, à la substance de cette loi qu'il faudrait avoir égard, qu'à la manière dont elle était entendue et pratiquée. Or, c'est là sur quoi l'on ne sait rien de positif et sur quoi l'on est embarrassé à former des conjectures.

Le fait est qu'en rapprochant et en combinant toutes les données d'après lesquelles on arrive à se faire quelque idée des Franks, à l'époque dont il s'agit et long-temps après, on ne peut se les figurer que comme un peuple de mœurs très rudes et très grossières, comme un peuple encore franchement et décidément barbare, ne connaissant encore d'autre force que la force matérielle et ne pouvant en mettre d'autre à i ieu de ce qu'il entreprenait. Jeté brusquement parla conquête au milieu d'une

l6 LES FRANKS DANS LA GAULE AVANT CLOVIS.

civilisation corrompue, amollie et désorganisée, un tel peuple ne devait y chercher que les moyens de satisfaire ou d'exalter les passions naturelles du Barbare, l'avidité, la cruauté, le besoin effréné de jouissances matérielles. Mais je ne veux point anticiper sur les événements, et je reprends, parle tableau du règne de Clovis, des récits trop longtemps interrompus.

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