ÉTABLISSEMENT DES VISIGOTHS
fut vivement repoussé, et Ataulfe, blessé, dit-on , de la main de Boniface, regagna avec précipitation son camp qui n'était vraisemblablement pas loin de là 1.
Cet échec, au lieu de décourager Ataulfe, l'excita à une résolution plus hardie. Il passa le Rhône, entra dans la première INarbonaise qu'il traversa jusqu'à sa capitale , pour s'étendre de là jusqu'au pied des Pyrénées et tout le long de la Garonne, dans ce qui formait la Novempopulanie et la partie méridionale des deux Aquitaines.
Ces pays étaient alors des plus riches, des plus florissants de la Gaule entière. Leurs habitants, on le verra plus tard , n'avaient perdu ni toute énergie, ni toute bravoure. Mais c'étaient des facultés que le gouvernement d'Honorius n'avait plus le pouvoir ni le droit d'exciter et d'user à son profit.
Narbonne fut la première ville de ces contrées dont Ataulfe s'empara; il y entra dans l'automne de 4i 2 , au moment de la vendange , et tout annonce qu'il y entra amicalement, sans avoir été obligé d'en faire le siège 2. Toulouse fut occupée ensuite, et, selon toute apparence, avec la même facilité ^. De cette dernière ville les Visigoths et les Alains s'étendirent jusqu'à Bordeaux, où il est constaté historiquement qu'ils entrèrent du gré des habitants et
(i) Olympiodor. loc. cit.
(■i) Idatii Chronio. ad A. Honorii XIX.
f3) Riitilii Numniian. Ilinerariiiin. V. /i<j''> sqq.
comme amis * . Ces trois grandes villes formaient les trois points principaux; de l'isthme des Pyrénées , dont on ne peut douter qu'Ataulfe ne fit de même occuper quelques autres points intermédiaires. Ces opérations furent terminées dans le courant de l'année l\ii. Constance n'essaya pas de s'y opposer ; il n'avait point pour cela les forces nécessaires; mais il les cherchait et les rassemblait avec activité.
En attendant, Ataulfe paisiblement établi à Narbonne, et maître déjà d'une des plus belles portions de la Gaule, poursuivait à loisir un but qui devenait de jour en jour plus manifeste. Son intention était d'user de toutes sortes de menaces et de moyens pour contraindre Honorius à traiter avec lui et à le reconnaître pour légitime possesseur des provinces qu'il avait occupées de force. Il espérait que son peuple, une fois établi à demeure dans des pays riants et fertiles , y perdrait peu h peu son goût passionné pour l'indépendance et les jouissances aventureuses de la vie barbare.
Le premier pas d'Âtaulfe vers ce but fut d'obliger Attale à reprendre la pourpre 2. C'était un moyen connu d'effrayer Honorius et de le contraindre à négocier ; au pis aller c'était un expédient pour se passer de lui. Qu'il se doutât ou non de ces motifs , Attale accepta le rôle d'empereur et se mit à le jouer aussi sérieusement que la pre-
(i) Paulini Eucliarislicon.
(2) Prosperi Clirouic. Consulaie (ad K. !^^^^).