VICTOIRES D AETIUS
Ces concessions furent probableiiienl faites k des conditions de service militaire, et paraissent se l'attacher à un même plan, celui de garder l'Isère comme une ligne de défense pour la contrée au midi de cette rivière, contrée où nous avons vu que s'était réfugiée , en Gaule , la domination romaine. Les stations assignées aux Alains et aux ]5urgondes avaient déplus l'avantage d'être voisines des points habituellement menacés par les Goths, et devenaient de la sorte un moyen de défense contre ceux-ci.
On ignore comment les ordres de l'Empire furent exécutés dans les pays cédés aux Burgondes; mais dans ceux abandonnés aux Alains ils causèrent de grands troubles. Les habitants des environs de Valence prirent les armes pour la défense de leurs terres, et il v eut , à ce qu'il paraît, entre eux et les Alains une guerre véritable, dans laquelle ils furent battus et chassés. Les Barbares victorieux s'établirent de vive force dans le pays et l'occupèrent tout entier*.
Le cours des événements me reporte à l'extrémité occidentale de la Gaule. J'ai mentionné ailleurs, par anticipation, une expédition de guerre contre les Bretons armoricains, expédition sur laquelle j'ai promis de revenir; c'en est ici le lieu. On ne sait guère rien de cette expédition , si ce n'est qu'elle se fit en 4^9 et sous les ordres de Li-
(i) Idatius, ad an. 4'V-^-
Sllll LLS UARCAUES. 2lo3
loiiiis. On ne voit point par quel motif elle avait été entreprise, si ce fut simplement une tentative pour remettre sous la domination romaine un peuple qui s'en était détaché , ou si , comme je serais plus tenté de le croire, il fallut repousser quelque irruption hostile des Bietons sur les terres de leurs voisins restés sujets de Rome. Quel qu'en fût le but, l'expédition fut heureuse, du moins à s'en tenir aux indices du seul écrivain qui en parle, et qui donne à entendre que Litorius ne quitta la Bretagne qu'après l'avoir soumise *.
La soumission dura peu; en 44^ l^s Bretons, franchissant de nouveau leur frontière, envahirent les bords de la Loire et les remontèrent jusqu'à Tours , dont ils essayèrent de s'emparer. Aétius envoya au secours de la ville et du pays des forces commandées par Majorien, qui avait succédé à Litorius dans le commandement militaire de la Gaule. Majorien était un homme d'une ame antique , un brave officier que nous verrons porter à l'Empire, comme pour mieux prouver l'impossibilité d'en relever la gloire.
Majorien repoussa probablement les Bretons des environs de Tours ; mais il ne les mit pas hors d'état d'y revenir quand bon leur semblerait. Aussi Aétius prit-il bientôt après, à leur sujet, un parti plus décisif, mais qui avait plus l'air d'une vengeance de Barbare que de l'acte d'un pouvoir civi-
(i) Sidonii Apollinaris Pancj;yi-. Avili.
Qo/| VICTOIRES DAETIUS SUR LES BARBARES.
lis(''. Un corps nombreux d'Allemanes était entré, on ignore quand, au service de l'Empire; le cheC de ce corps, nommé Eocarikh oHi Evcarikh, désirait et avait demandé qu'on lui donnât les Bretons à contenir et à soumettre , à condition , à ce qu'il paraît, d'être mis, en possession d'une partie de leur territoire. La demande fut acceptée, et les Allemanes, entrés en Bretagne, y furent aux prises avec les habitants^. Ce qui arriva de cette lutte, l'histoire ne ledit pas; mais il n'est plus fait mention des Allemanes par la suite , et l'on revoit bientôt après les Bretons aussi indépendants et aussi redoutables quejamaisà leurs voisins. Ils avaient donc exterminé ou chassé les premiers. Ces faits suffisent pour constater que la Bretagne avait déjà pris dès lors, sous les Romains, l'allure hostile et sauvage qu'elle devait garder des siècles en face des conquérants germains.
(i) Constantius, in Vita S. Germani.
ÉTABLISSEMENT d'uNE TRIBU FRANKE DANS LE PAYS