ÉLÉVATION ET CHLTE o' WITTTS
llhône, sur l'emplacement de laquelle on croit (ju'est aujourd'hui situé Beaucaire. Âvitus trouva là des partisans, arrivants ou arrivés en foule de toutes les parties de la Gaule, des Alpes et des Pyrénées, des bords du Rliin et des côtes de la Méditerranée. On voit, à cet empressement, que l'ancienne prétention gauloise de faire des empereurs n'était pas tout-à-fait anéantie par les derniers désastres et les dangers toujours croissants de l'Empire *.
Avitus continua à jouer adroitement son rôle; il parut tiiste et comme déjà accablé des soucis du gouvernement au milieu de cette foule, joyeuse de le saluer du titre d'Auguste^. Sidoine Apollinaire fait tenir à un des personnages de cette assemblée un discours dont l'objet est d'exhorter le noble Arverne à ne point refuser ce titre. Ce discours est indubitablement une invention de Sidoine; mais il est plein de traits qui expriment si bien la situation actuelle de la Gaule que l'on se figure aisément tous les membres de l'assemblée d'Ugernum pensant ce ((ue le poète fait dire à l'un d'eux. Voici ce discours dépouillé autant que possible des exagérations du panégvriste.
«De combien d'infortunes nous avons étéacca- « blés sous le règne funeste d'un enfant, il serait
(i) Sidonius ;\.p(illiiiar. lue. cit. v. 5"24- sqq.
fa) Aggreilitur niiiiio ctirarinn poiifieie tiislein
Gaiultiis tmha vinun
/(•/. lor. vit.
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-drop long de le dire, illustre chef; et qui doit le «savoir, si ce n'est toi, sur qui est tombé le plus «lourd du fardeau, à qui les maux de la patrie ont (( coûté tant de larmes et donné de si grands soucis ? «Pour nous, vivre au milieu de tels désastres, ascsister aux funérailles de l'Empire, a été pis que « mourir. Et cependant, par respect pour nos pères, « nous sommes restés fidèles à des lois impuissantes! «Nous nous sommes fait un pieux devoir de niain- « tenir le passé , malgré le mal qui devait nous en «revenir! Nous avons été écrasés par le simulacre «de l'Empire; et cédant à l'habitude plutôt qu'à «l'autorité, nous avons supporté la domination et «les vices d'un peuple dégénéré, d'un peuple qu'il «nous faut vêtir de pourpre. Tout récemment en- «core, lorsque Maxime s'emparait de Rome trem- •tblante, quelle belle occasion la Gaule n'avait-elle «pas d'user de sa force à son avantage? Personne « n'ignore quels sont ceux d'entre nous qui ontsou- «levé alors les plaines de la Belgique et les côtes «de l'Armorique, qui ont excité les Goths à une «rupture. Dans toutes ces guerres nous avons cédé; «mais nous n'avons cédé qu'à toi, illustre chef. «Maintenant, une plus haute destinée t'est offerte. «L'Empire est vacant; il est délivré du lâche qui «l'occupait. Le moment est critique, et les périls «extrêmes n'attendent pas les grands hommes, ils «vont lès chercher. N'élude pas davantage les vœux «de la patrie; chacun de nous se croira libre, si « c'est toi qui es le maître. »
s'jS l'xLVATiON ET CHi: rr d'amïus.
Avitus ayant répondu au vœu de l'assemblée, il fut décidé q^iie son couronnement aurait lieu au iDOUt de trois jours, qui furent employés à en faire les préparatifs. On rassembla de tous côtés à Ugernum le plus grand nombre possible de milices romaines ou d'auxiliaires barbares, et, lejour convenu, Avitus fut proclamé empereur, avec toutes les cérémonies d'usage *. Il transmit aussitôt, ou peutêtre avait-il déjà transmis la nouvelle de son élection à Marcien , alois en possession de l'Empire d'Orient, et au sénat romain. Marcien reconnut sans difficulté le nouvel empereur, et le sénat romain , bien que sans doute un peu piqué de recevoir un empereur de la Gaule, donna son assentiment à l'élection d' Avitus, et se montra prêt à le bien |
accueillir quand il arriverait 2.
Le seul bomme qui aurait eu le pouvoir de s'opposer à l'admission d'Avitus à Rome, c'éîait Ricimer, alors général des milices barbares de l'Italie, et luimême de race barbare. Par sa mère, fille de Wallia, il était issuijdu sang des Gotbs; par son père, il descendait des Suèves. Or, comme ces deux peuples étaient depuis long-temps ennemis et rivaux, il est à présumer que Ricimer ne vit pas sans ombrage descendre en Italie un empereur fait au loin par des adversaires de sa nation et dévoué à leurs intérêts. Toutefois, il ne se prononça pas tout de suite
(i) Idatius. !oc. cit.
(2) Idatius. loc. cit.
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contre Avitus, et celui-ci fit une entrée solennelle à Rome, où il fut proclamé Consul*. Ce fut à cette occasion que son gendre Apollinaire, qui l'avait* suivi, prononça son panégyrique, tel que nous l'avons encore. C'est l'ouvrage d'un bel-esprit plutôt que d'un poète; la louange y est si crue et si enflée, elle déborde tellement le sujet, qu'elle en laisse, pour ainsi dire, à nq le fond liistorique, dès lors facile à démêler.
L'Italie était dans un état déplorable. Genseric, non content d'avoir pillé Rome, infestait toutes les côtes du pays par de fréquentes descentes. Avitiis essaya d'obtenir la paix de l'intraitable et insatiable barbare; il y échoua. Actif et brave, il aurait sans doute volontiers marché pour repousser par les armes ces terribles incursions des Vandales, qu'il ne pouvait prévenir par la paix; mais il n'aurait eu, pour cette guerre, que des troupes qui lui auraient mal obéi, que des Barbares dévoués à Ricimer. Celui-ci demeurait donc seul chargé de la défense de l'Italie et y devenait de jour en jour plus nécessaire, plus fort et plus menaçant.
Avitus perdit, dans les molle^; habitudes de Rome, la considération jusque là due à son expérience, à ses talents militaires et à ses longs services. D'un tempérament amoureux que l'âge n'avait point refroidi, il blessa divet's sénateurs par sa conduite
(i) Idatius. — Sidonius Apollinaris.
(*Aj Priscus. Excerpta. r\ hisloiia p. 217.