RÈGNE ET AVENTURES DE CHILDERIC, ROI CES
FRANKS MEROVINGIENS.
Personne ne méconnut l'œuvre de Ricimer dans la mort imprévue de Majorien. Il y avait déjà du temps que le Barbare en était au regret d'avoir consenti à l'élection d'un si bon empereur et projetait de s'en débarrasser. Du reste, content d'être le maître en réalité, il fit conférer le titre d'empereur à mi certain Sévère, personnage inconnu, sous le nom duquel il domina tyranniquement jusqu'en 466*. Mais sa domination fut restreinte à l'Italie; deux puissants ennemis lui enlevèrent, l'un les pays au-delà de l'Adriatique, l'autre les provinces en-deçà des Alpes. Le premier était ce même Marcellin dont il a été déjà plusieurs fois question; l'autre, le comte /Egidius dont c'est ici le moment déparier.
Les historiens ne sont pas d'accord sur la patrie
(i) Chronographus Cuspin. - — Idal. in flhronic.
^GIDIUS ET CHILDÉRIC. SiGg
d'it^gidius; Isidore de Séville, Grégoire de Tours et d'autres le désignent parle surnom de j^omain *, et semblent indiquer par-là qu'ils regardaient Rome comme sa ville natale, Priscus dit expressément qu'il était Gaulois, et je trouve à son témoignage plus de vraisemblance qu'à tout autre 2, Le point sur lequel s'accordent tous les écrivains qui ont parlé d'yEgidius, c'est à le célébrer comme un personnage du plus haut mérite. Les uns vantent sa piété et la pureté chrétienne de ses mœurs, les autres son héroïsme à la guerre, et Sidoine Apollinaire, qui l'avait vu de près, l'égale aux hommes les plus glorieux de Rome antique ^.
Majorien, avec lequel il semble qu'il avait été fort lié, lui avait donné à commander une grande partie de l'armée avec laquelle nous avons vu cet empereur passer en Espagne^. Deux ans après, en 461 , ou peut-être dès la fin de 460, à son retour de Carthagène et au moment de redescendre en Italie, il l'avait laissé en Gaule, avec le titre de maître des milices ^.
j^gidius était probablement encore à Arles lorsqu'il apprit coup sur coup les nouvelles de la déposition et de l'assassinat de Majorien. Révolté de la
(i) yEgidius Romanus, iEgidius ex Romanis.
(2) Excerpla ex hisloria, XIV.
(3) Carmen V. v. 553. sqq.
(4) Priscus. loc. et.
(5) Gregor. ïnron. Hislor. II, 11.
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tyrannie de Ricimer, il était en position d'y mettre un teri^e. Il avait à ses ordres une armée nombreuse*, principalement composée de Gaulois qui, ayant suivi Majorien outre les Pyrénées, avaient eu le temps et les occasions de s'affectionner à lui, et qui, imputant sa mort à cette même faction romaine parles intrigues de laquelle avait périAvitus, étaient prêts à tout tenter pour venger d'un seul coup les deux empereurs. Assuré de ces dispositions, yEgidius résolut d'en tirer parti et de porter la guerre en Italie , au Barbare Ricimer. Le bruit de cette résolution, bientôt parvenu jusqu'à Rome, suffit pour y répandre l'inquiétude.
Le dessein était bardi et il ne semble pas qu'.4igidius put s'y engager sans avoir pris auparavant diverses mesures , soit pour renforcer autant que possible l'armée dont il avait besoin, soit pour assurer la paix de la Gaule en son absence. Or, cette paix dépendant désormais des Barbares, soit Germains soit autres, déjà établis dans diverses parties du pays, c'était avec ces Barbares qu'il lui fallait en
traiter; c'était eux qu'il devait mettre dans ses intérêts. L'bistoire ne dit point expressément ce qu'il fit ou essaya dans cette vue; mais elle a noté çà et là, bien que d'une manière trop vague, des événements auxquels il est difficile de ne pas soupçonner <|uelque relation avec ses plans.
Et tel est d'abord un traité d'alliance avec les
(i; Priscus. ioc. cit.
Bretons armoricains, traité dont l'existence sera démontrée par les faits subséquents.
Tels sont encore certains changements survenus vers le même temps dans la conduite politique des Burgondes, changements qui, étant dans les vues d'i^gidius, semblent par-là même avoir dû être aussi son œuvre. J'ai laissé les Bursrondes en-decà des Vosges, déjà maîtres du bassin de la Saône, peut-être même de Lyon et de Vienne , et prêts à faire dans ces pays leur premier acte connu de conquérants et de dominateurs. L'année Zp56 est notée comme celle où ils s'approprièrent une partie des terres des sénateurs gaulois *.
Ayant ainsi pris solennellement possession de leur part de la Gaule, ils allèrent, sous le commandement de leurs deux chefs, Gundiokh et Chilpéric, joindre le roi des Visigoths , Théodoric II, qu'ils suivirent en qualité d'auxiliaires dans cette expédition contre les Suèves que j'ai déjà racontée 2. En voyant les Burgondes intervenir de la sorte dans une guerre pénible, où ils n'avaient point d'intérêt propre et dont tous les profits devaient être pour les Visigoths, on est en droit d'en conclure qu'il y avait alors, entre les deux peuples, des relations assez intimes, dont l'histoire fournit quelques autres indices et laisse entrevoir pins d'une raison. Mais ces relations, et les sympathies
(1) Marins, in Chronico.
(i) .loriiand. de Reb. gct. XLIV"^
2 7'^ a:gidius
politiques dont elles étaient le témoignage, n6
furent pas de longue durée.
A une époque impossible à préciser, mais qui semble coïncider avec le début du gouvernement d'-^gidius en Gaule, on voit les Burgondes abandonner le parti des Visigoths pour suivre dès lors de préférence celui des officiers de l'Empire. Or ce fut là une sorte de révolution à laquelle il est per* mis, je le répète, de soupçonner qu'/Egidius eut quelque part, y ayant un intérêt si direct, et nemanquant d'ailleurs, pour faire valoir cet intérêt, ni de puissance ni de renommée.
Mais c'est surtout avec les Franks Mérovingiens qu'JLgidius se trouva , dès son arrivée en Gaule, dans des relations singulières , dont il serait très important de saisir clairement les motifs et les conséquences. Malheureusement c'est là un point d'histoire que les chroniqueurs originaux ont laissé dans des ténèbres et des incertitudes inextricables. Grégoire de Tours n'y a pas été plus heureux que les autres ; rien de plus vague, de plus incohérent, de plus tronqué que la portion de son récit qui se rapporte au point dont il s'agit, je veux dire aux relations d'yEgidius avec les Franks Mérovingiens et avec leur chef Childéric. Le bon évêque parait avoir été surtout embarrassé de l'histoire de ce dernier; et, à vrai dire, il y avait de quoi l'être.
Pour quiconque étudie soigneusement la vie de Childéric, et la prend avec toutes les variantes qu'elle offre dans les anciens documents de l'his-
Xawt franke, cette vie ne peut être qu'un curieux, et hardi mélange de \TaisembIance historique et de fictions manifestes. Childéric fut un de ces chefs aventureux sur la renommée desquels les peuples barbares jettent, sans le vouloir et comme à leur insu, le plus de merveilleux qu'ils peuvent ; un de ces chefs qu'ils se complaisent à célébrer dans les chants nationaux dont se compose longtemps toute leur histoire. Les diverses traditions relatives à Childéric , consignées dans les chroniques frankes , ne sont évidemment que des fragments de récits romanesques ou de chants épiques composés en son honneur dès son vivant, et diversement remaniés après sa mort; et, il est bon de le noter ici d'avance, ces fragments ne sont pas les seuls de leur genre qui se rencontrent dans les documents primitifs de l'histoire franke; nous en trouverons par la suite plus d'un autre non moins curieux et non moins caractérisé. Il y a toute apparence que ces traditions fabuleuses , relatives ù Childéric, étaient déjà en circulationdu temps de Grégoire de Tours, qui dut en avoir connaissance, car il semble s'en être défié et avoir eu le dessein formel de les faire disparaître de son récit. Mais ce n'est pas chose facile que ce départ de la vérité et de la poésie dans les documents primitifs où elles ont été une fois confondues; et il n'est pas étonnant que Grégoire y ait mal réussi. Il n'a donné un certain air de vraisemblance historique à son récit qu'en y laissant tout également dans le vague I. i8
2^4 MQlDlliS
et dans l'obscurité. J'essaierai de développer et de discuter un peu ce récit, moins dans l'espoir de l'éclaircir que de montrer à quel point il aurait besoin de l'être.
On place vers l'an 4^6 le début du règne de Childéric. Ce début ne fut pas populaire; Grégoire de Tours et les Chroniques frankes accusent de concert le jeune chef de débauche et de se complaire à déshonorer les filles des Franks ^, Ceux-ci, indignés de ces outrages, finirent par lui refuser l'obéissance , et non contents de l'avoir déposé, ils voulaient le tuer. Informé de leur mauvais dessein, il s'v déroba par la fuite et chercha un asile chez les étrangers (46i )• Jusqu'ici l'histoire de Childéric n'a rien d'extraordinaire; les exemples ne sont pas rares de chefs de Germains haïs, chassés ou même tués par les leurs. Ce qui est étrange, c'est la suite immédiate de la déposition du chef mérovingien. «Les Franks, dit Grégoire de Tours 2, et disent de même toutes les chroniques frankes, élurent d'une voix unanime pour roi, à la place de Childéric, 1» comte yEgidius. » Les violences et les outrages de Childéric peuvent être admis comme une raison suffisante de sa disgrâce, mais ils n'expliquent point du tout son remplacement par un chef romain. Cette élection d'yEgidius était, pour des Franks, un acte d'un genre tout îiouveau,
(i) Hist. Francor. IL 12— Frédégaire. XI. — Gcsu FrancA I. {^•ï) Loc. cit.
un acte servile, une espèce d'abnégation de leur vieille nationalité. C'est ainsi, en effet, que la caractérisent celles des chroniques dont on peut attribuer la rédaction à des Franks , ou dans lesquelles respire un souffle d'esprit frank. Voici en quels termes en parle l'une de ces chroniques : «En élevant yEgidius pour roi au-dessus d'eux, dit-elle, les Franks suivirent un conseil mauva'S, par trop désavantageux et insensé *, »
Il n'y a, selon moi, qu'une manière naturelle et simple de concevoir toute cette histoire de la déposition de Childéric et du choix d'^Egidius à sa place; c'est de la considérer comme le résultat <l'une intrigue romaine, d'une intrigue d'^ï^gidius lui-même. J'ai déjà eu l'occasion de noter que Mérovéé avait contracté des liaisons assez intimes avec les chefs romains de la Gaule. Nul doute qu'il n'y eût dès lors dans sa tribu des hommes disposés à seconder, en toute occasion , les menées par lesquelles la politique romaine devait aspirer à renforcer de plus en plus son influence sur cette tribu. On conçoit aisément que tout chef romain , tant soit peu habile, s'y fût fait un parti à lui, et ce fut, tout semble l'indiquer, à l'aide d'un tel parti, agissant dans ses vues et par ses ordres, qu'^^gidius parvint à se faire élire chef des Franks mérovin-
(i) Franci vero, lelicto Childerico, Jîlgidium principem Romanorum elev.arunt super se regeiii, tenenles consiliiim non bonum, nimisqiie inutile atque absurdum. (Gesta Francor. VU.)
giens, au lieu de Childéric. Encore une fois, celuici avait pu encourir par des méfaits le mécontentement des siens ; mais il n'est pas aisé de Croire que, sans les manœuvres d'^gidius, ce mécontente-© ment eût éclaté avec tant d'énergie, et fût jamais allé jusqu'à faire mettre un Romain à la tête des guerriers de Clodion et de Mérovée.
Quant aux vues d'yËgidius dans cette intrigue, elles ne semblent pas difficiles à imaginer. On peut d'abord lui supposer le projet de lever parmi les Franks des auxiliaires pour son ejipédition contre Ricimer; mais il devait surtout chercher à s'assurer de leur tranquillité durant son absence. Or, il n'v avait pas grande apparence qu'ils se résignassent à rester immobiles et paisibles, aux environs de Tournai , sous le gouvernement d'un chef tel que Childéric qui, jeune, fier, entreprenant, avait à coup sûr plus de penchant à chercher à leur tête de la gloire ou du bulin qu'à les laisser oiseux s'amollir sous les influences de la politique romaine.
Sous le gouvernement d'.^gidius, toutes les chances devenaient autres, et le moindre avantage qui pût revenir au comte romain d'être élu roi des' Franks, c'était de n'avoir plus rien à craindre de ce côté.
On ignore si /Egidius fit quelque chose pour tenter de se concilier les Visigoths, comme il s'était concilié les Bretons, les Franks et probablement aussi les Burgondes. On ne peut guère se dispenser de le
ET CHILDÉRIC. l'J']
présumer; mais, en ce cas, ses tentatives furent perdues. Théodoric II n'avait fait la paix avec Majorien que pressé par une nécessité passagère et résolu à la rompre dès l'instant où il verrait les forces de l'Empire de nouveau partagées entre diverses factions, et cet instant lui sembla venu à la mort de Majorien. Il crut dès lors devoir poursuivre son plan d'agrandissement en Gaule et en Espagne , et commencer la guerre contre ^gidius. Il aurait dû, à ce qu'il semble, attendre pour cela que le chef romain eût passé les Alpes avec toutes ses forces, pour aller guerroyer en Italie; il fut peut-être contraint, par quelque circonstance inconnue, à attaquer son adversaire plus tôt qu'il ne l'avait projeté et ne l'aurait voulu.
Quoi qu'il en soit, la rupture avec Théodoric contraria beaucoup ^^gidius, dont elle suspendait le projet favori, celui de son expédition contre Ricimer; mais du moins n'était-il pas pris au dépourvu, ayant pour résister aux Visigoths des forces qu'il destinait à une guerre plus lointaine et plus hasardeuse.
On ne sait, du reste, que fort peu de chose de celte guerre, et ce peu ce sont les chroniques qui le disent avec leur sécheresse et leur insuffisance ordinaires. Le premier, ou l'un des premiers incidents que l'on en connaisse, a beaucoup plus d'importance comme événement politique que «omme fait de guerre.
Dès les premiers temps de leur étabUssement
a 78 ^GIDIIJS
dans la Gaule , les Visigoths avaient eu pour eux les vœux des classes inférieures de la population , qui, délivrées des vexations inouïes des officiers de l'Empire, avaient continué à jouir du bénéfice des institutions et des lois romaines. Il n'en avait pas été de même des hautes classes ; blessées dans leur vanité, lésées dans leur fortune, ces classes avaient continué à détester les Barbares et à désirer de rester ou de redevenir romaines. Cependant, à mesure que la faiblesse et l'anarchie de l'Empire avaient augmenté, plusieurs chefs gallo-romains avaient fini par se ranger du parti des Visigoths. Ils pensaient qu'il valait mieux, pour eux, traiter directement^ avec ces conquérants que courir la chance de leur être livrés ou abandonnés sans <;ondition , et comme une proie de guerre , par cet -Empire romain qui n'avait plus la force de les protéger. Dès ce moment, l'ancienne opposition gauloise à la domination romaine, déjà si fréquemm:ent modifiée dans son but et dans ses moyens , s'exerça au profit des Visigoths, et nous la verrons prendre de jour en jour plus de hardiesse et de décision.
Ce fut dans le cours de cette guerre entre -"Egidius et Théodoric qu'un certain comte Agrippiniis, expressément qualifié de Gaulois, se prononça le premier, et par un coup d'éclat, en faveur des Visigoths. Résidant à Narbonne, où il remplissait un office important, peut-être celui de président de la Narbonaise première , il livra cette ville à
ET CHILDERIC. irC)
Tliéodoric *. Les chroniqueurs représentent Agrippinus comme l'ennemi d'^'Egidius ; ils peuvent avoir raison; seulement, la tradition d'une ville, et d'une ville aussi importante que Narbonne, s'entend mieux comme un acte d'inimitié politique que de haine personnelle.
Maître de Narbonne, Théodoric courut assiéger Arles où il paraît qu'il surprit et enferma /Egidius. Pressée par des forces considérables, la ville était en péril d'être emportée d'un jour*à l'autre, lorsque le chef romain fit une sortie si vigoureuse et si bien conduite qu'il battit et mit en fuite l'armée des Visigoths^. De tous les exploits attribués à egidius dans le cours de cette guerre, cette délivrance d'Arles est le seul dont l'histoire ait gardé an vague souvenir 3.
Théodoric ne fut pas plus heureux en Bretagne où il avait envoyé, sous le commandement de Frédéric, celui de ses frères dans lequel il avait le plus de confiance , une armée chargée de tâter le pays et d'en entamer la conquête. Mais egidius eut le temps d'accourir au secours des Bretons , et les Visigoths furent complètement défaits; la plupart restèrent sur le champ de bataille, et avec eux y resta leur chef Frédéric ^.
(i) Idatii Chronic. ad an. 4fi'-4 ,
[i) Paulinus Petrocor. in vita S. Marlini. VI. — Gregorius Turonens. de Miraculis S. Martin. I. a.
(3) Fortiter belluin gerebat, in qno iiuilla viii shsnui it ma- ^naninii opéra edidit. (Priscus. loc. cit.
'4^ Marii Chronic.
^-GIDILS
Lu guerre prenait ainsi de jour en jour une tournure plus défavorable à Théodoric et menaçait de lui devenir funeste, lorsque l'attention et les forces d'i^gidius furent tout à coup attirées d'un autre côté par des événements qui me ramènent à l'histoire de Childéric.
Cette brusque interruption des victoires du chef romain eut lieu en l'an 463. Or, c'està cette même année que doivent être rapportés le retour de Childéric de son ^il, ^a restauration au commandement de sa tribu , et un grand mouvement hostile de la part des Franks d'Outre-Rhin. Les auteurs des chroniques frankes attestent de concert ces divers événements, de manière à ne laisser aucun doute motivé sur chacun pris à part. Seulement ils les ont jetés l'un à côté des autres, sans avoir l'air de soupçonner de connexion entre eux.
Mais plus on considère ces événements et plus on reste persuadé qu'ils ne doivent point être pris isolément ; plus on est porté à les regarder comme intimement liés entre eux, comme nés l'un de l'autre et se rapporîant tous directement à ce que j'ai déjà dit de la rivalité d'iEgidius et de Childéric, rivalité dont ils ne furent que la conséquence et le dénouement. C/est sous ce point de vue que je vais essayer de les présenter, sans altérer d'ailleurs en rien la substance de chacun. Je reviens pour cela aux aventures interrompues de Childéric.
Obligé, comme nous l'avons vu, de fuir pour se soustraire à la haine des siens , le chef déposé cher-
ET CIIILDÉKIC. aOI
cha un asile chez les Franks d'Oulre-Rhin; il se réfugia chez Basin, roi des Thuringieiis, disent Grégoire de.Tours et les Gestes des Franks *, sur ce point beaucoup plus historiques que Frédégaire, lequel, par une licence poétique des plus monstrueuses, envoie bien aussi le héros fugitif en Thuringie, mais pour le faire aller de là à Constantinople auprès de l'empereur Maurice, qui régna cent trente ans plus tard. •
Un point sur lequel tous les documents sont d'accord, c'est que Childéric, en s'éloignant de sa tribu, y avait laissé un ami fidèle et dévoué qui devait travailler, en son absence, à le réconcilier peu à peu avec les Franks et à le remettre à leur tète. Ce point n'a rien d'invraisemblable en luimême, et peut fort bien être historique. Ce n'en est pas moins l'un de ceux dont la fiction s'est emparée avec le plus de hardiesse et de liberté pour le grossir d'accessoires romanesques. Grégoire de Tours ne nomme pas même cet ami; il ne rapporte aucun des artifices auxquels il eut recours pour rétablir le chef fugitif dans le commandement de sa tribu, et brouiller celle-ci avec^gidius; mais tout cela est raconté avec les détails le plus évidemment fabuleux par Frédégaire 2; et l'auteur des Gestes des Franks a suivi les mêmes tiadilioîis que ce dernier, bien (jue sans les développer autant.
(i) Loc. cit.
(■x) liOC. cit. •