‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germainsChapitre 29 sur 35 · RÈGNE ET PRÉPONDÉRANCE 1) EURIC, ETC · texte numérisé non relu

RÈGNE ET PRÉPONDÉRANCE 1) EURIC, ETC

parties de la Gaule et de l'Espagne qui niobéissaient point encore aux Barbares, il était probable qu'elles s'obstineraient à méconnaître l'autorité romaine aussi long-temps que cette autorité resterait aux. mains de Ricimer.

Léon avait résolu d'envoyer un empereur à Rome, et son choix s'était fixé sur Anthemius. Anthemius, petit-fils du préfet de ce nom qui s'était distingué au gouvernement de l'Empire, durant la minorité de Théodose, avait rempli avec distinction plusieurs grands offices civils et militaires, et l'empereur Marcien lui avait donné en mariage sa fille Euphémie. C'était un homme d'un caractère sage et modéré ; mais plus propre à bien user du pouvoir dans des temps ordinaires qu'à le relever à une époque de désordre et de décadence.

C'eût été folie d'envoyer un empereur en Italie, sans s'être assuré d'avance des sentiments du sénat ou du moins de ceux de Ricimer. Léon entama donc avec l'un et l'autre, à ce sujet, des négociations dont les résultats furent : i° qu'Antliemius serait proclamé empereur d'Occident à Rome ; 1" qu'il donnerait sa fille pour épouse à Ricimer; 3° que les deux Empires sommeraient de concert Genseric de cesser ses ravages en Italie et de délivrer les princesses qu'il retenait prisonnières ; 4" qu'en cas de refus de sa part les deux empereurs U'ii feraient la guerre avec leurs forces réunies *.

( T j Prisons. Exrerpta rx historia.

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Ces clioSes convenues, Anthemius partit pour . Rome, où il entra au mois d'avril 467*. Son arrivée, son couronnement et le mariage de sa fille avec Ricimer furent le sujet de fêtes brillantes et même populaires , à cause de l'espoir que l'on attachait au retour de la bonne intelligence entre les deux. Empires 2.

A. peine le bruit s'était-il répandu dans la Gaule îomaine du rétablissement d'un empereur légitime en Occident que les Gallo-Romains saisirent avec empressement cette occasion de se réunir à l'Empire, dont ils étaient détachés depuis la mort de Majorien. Une députation fut aussitôt nommée pour aller à Rome féliciter Anthemius sur son avènement et traiter avec lui des affaires de la Gaule. De tous les membres de cette députation un seul nous est connu, mais c'en était le chef; c'était Sidoine Apollinaire, qui, déjà célèbre par son talent et appelé à Rome par l'ordre exprès d'Anthemius, avait naturellement le plus de chances d'y faire valoir les pétitions des Gaulois. La fortune vint encore accroître ces chances. Le temps approchait oià l'empereur devait être inauguré au consulat de Tannée 468, et le panégyrique du nouveau consul était une partie obligée de la cérémonie. Un Romain , grand personnage, ami de Sidoine , lui conseilla de composer et de réciter ce panégvrique,

(i) (^luoiiograplnis Ciispin. — Mar( ollinus in chronir. (2) Sidon. Apolliiiar. Epistol. I. 5.

DAi\S LA GALLE. Jo I

rassurant qu'il pourrait lui en revenir de grands avantages personnels et un surcroît de crédit favorable aux intérêts de la Gaule*. Sidoine se laissa facilement persuader; il composa et récita au jour convenu, devant Anthemius, un panégyrique en vers des plus durs et des plus boursoufflés qu'il eût faits. Mais les vers étaient devenus rares à Rome, même les mauvais; ceux de Sidoine plurent, et à peu de jours de là le panégyriste fut nommé préfet de Rome, la troisième dignité de l'Empire 2,

Il est impossible de dire à quel moment précis furent réglées les affaires de la Gaule, si ce fut avant ou après l'élévation de Sidoine, c'est-à-dire dans la seconde moitié de 467 , ou au commencement de 468. Les mesures prises pour la réorganisation de l'autorité impériale dans ce pays doivent probablement être réparties entre les deux époques, et, plus probablement encore ,*ftfdoine intervint par son crédit et par ses conseils dans toutes ces mesures. Les bommes qui furent alors appelés aux plus hauts offices de la préfecture des Gaules étaient tous liés avec lui d'affection ou de parenté. Arvande, qui fut nommé préfet, et Pragmatius, son assesseur, étaient l'un et l'autre de ses amis; Gaudentius, qui fut élu vicaire des Gaules, ét^it un de ses neveux; enfin ce fut à son beaufrère Ecdicius, fils de l'empereur Avitus , que fut

(i) Sidon. Apollin. Epist. I. 9.

(aj Id. loc. cit.

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conféré l'effice de maître des milices, avec promesse , pour un temps prochain , de celui de patrice. C'était la plus haute promesse que pût faire alors un empereur*; mais Ecdicius était un caractère héroïque auquel nulle dignité ne pouvait être supérieure.

- Plus les ressources militaires de l'Empire étaient faibles dans la Gaule, plus Anthemius mit de zèle à s'y assurer des auxiliau'es étrangers. En vertu d'un traité conclu avec eux, les Bretons, au nombre de douze mille hommes et sous le commandement d'un chef nommé Riothime, occupèrent le Berry , pour le défendre au besoin contre les Visigoths. La plupart des historiens , se fondant sur le témoignage de Jornandès, ont regardé ces douze mille Bretons comme des Bretons insulaires. En effet , sans dire précisément d'où venait cette armée, Jornandès la fait arriver par mer, ce qui implique qu'elle était partie de la Grande-Bretagne 2; mais ainsi entendue, cette notice de l'historien goth est plus que suspecte ; je nhésite point à la déclarer fausse, k dater du moment où ils s'étaient séparés de l'Empire , les Bretons insulaires n'avaient pUis eu la moindre relation avec lui; et ce n'était pas à une épocjue où ils étaient vivement aux prises avec les Saxons, et déjà trop faibles pour leur résister, qu'ils pouvaient s'aviser d'envoyer

(i) Sidonii A-polliiiar. Epistol. passini. (2') De Rébus Getic. XLV.

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douze mille hommes sur le continent, au service d'un empereur romain. D'ailleurs , parmi leurs chefs de ce temps on n'en trouve aucun du nom de Riothime.

Tout, au contraire, est vraisemblable et naturel dans l'expédition dont il s'agit , si on l'attribue aux Bretons armoricains, eux qui, pour occuper le Berry, n'avaient que la Loire à passer, qui avaient toujours été les auxiliaires des Romains contre les Visigoths, et chez lesquels on trouve à cette époque un chef dont le nom de Riothame n'est certainement qu'une légère variante de celui de Riothime^.

Anthemius chercha de même à renouveler ou à resserrer l'ancienne alliance de l'Empire avec les Burgondes. Les deux successeurs de Gundicaire, Gundiokh et Chilpéric, étaient morts, celui-ci sans enfants, le premier laissant (juatre fils, tous d'âge viril, Gondobald, Godegisile , Chilpéric II et Godomar. Ces quatre frères s'étaient partagé les pays sur lesquels avaient dominé leur oncle et leur père, mais les circonstances de ce partage sont ignorées; il est seulement certain que Lyon fut la capitale de l'un des quatre royaumes burgondiens qui furent alors créés. C'était celui des quatre qui s'étendait le plus au Midi ( il allait probablement jusqu'à la

(i) Parmi les lettres de Sidoine Apollinaire, il y en eut une fin, 9.) adressée à un Breton nommé Riolhame, qui a l'air d'être le même personnage que le Riothime des historiens.

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Duiaiice), celui qui touchait par le plus de points à la partie de la Gaule demeurée à l'Empire , et avec lequel celui-ci devait par conséquent avoir les relations les plus immédiates et les plus importantes.

Du reste , quel qu'il eût été , le partage dont il s'agit ne subsista pas long-temps ; il s'éleva de bonne heure entre les quatre frères des démêlés qui le bouleversèrent et dont je rendrai compte en leur lieu. Il me suffit de noter ici , d'une manière générale, qu'à l'avènement d'Anthemius, les Burgondes se rallièrent à lui et redevinrent les auxiliaires de l'Empire , comme ils avaient été auparavant, à ce qu'il semble, ceux d'.'Egidius.

Il y a des motifs de présumer qu'Anthemius ne négligea pas non plus de s'assurer la bienveillance et l'appui des Franks établis dans la Gaule-Belgique; quelques-uns des faits subséquents semblent supposer un accord au moins momentané entre les officiers romains et Childéric.

Par ces précautions et ces mesures, Anthemius se flattait probablement d'obliger les Visigoths à la paix. Des propositions furent sans doute faites à ce sujet à Euric, qui venait de succéder à son frère Théodoric II ; mais ces propositions sont ignorées; l'histoire parle seulement de celles que Genseric lui faisait en même temps.

II avait été convenu, comme je l'ai dit, entre lefe empereurs Léon et Anthemius, qu'ils enverraient à Genseric des députés pour sommer, au nom des deux Empires , le roi des Vandales de se tenir dé-

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sormais tranquille en Afrique et de s'abstenir de tout brigandage sur les côtes d'Italie, Les députés avaient été envoyés, la sommation avait été faite, et Genseric y avait répondu par un refus insolent*. Depuis lors les deux empereurs se livraient de concert aux préparatifs d'une immense expédition en Afrique, et Genseric cherchait, par toutes sortes de moyens , à leur susciter des embarras et des obstacles. Contre Léon il souleva les Ostrogoths , et il envoya des députés à Euric , pour l'engager à attaquer vivement Ânthemius^, ajoutant, selon Jornandès, les présents aux instigations '.

Euric n'avait guère besoin d'être excité. Jeune, avide de gloire et de pouvoir, doué du même instinct de civilisation que ses prédécesseurs, il avait encore plus de goût, plus de génie qu'eux pour la guerre et des motifs plus relevés pour la faire. Arien exalté, il aurait voulu conquérir le monde entier à sa croyance, et il aspirait de toute la vigueur de son caractère à lui soumettre au moins l'Espagne et une bonne partie de la Gaule ^.

Toutefois, il ne céda pas aux sollicitations de Genseric; il crut devoir attendre un autre moment

(i) Priscus. loc. cit.

(2) Idatii Ctironic. ad an. 467.

(3) Jornandès. de Reb. Get. XLVII-

(4) Tantuin, ut feiunt, ori, tantuin pectori ïao catholici mentio nominis acet, ut ambigas, amplius ne su£e gentis, an subc sectœ teneat principatum. — Sidon. Apol!. Epist. VII. 6.

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