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3o6 RÈGNE ET PREPONDliRANCE d'elRIC
pour rompre avec l'Empire. Voulant néanmoins faire, en attendant , la guerre à quelqu'un, il alla la faire aux Suèves au-delà des Pyrénées. Les Visiffotlis semblaient avoir juré l'extermination de ces Suèves. On se souviendra que Tliéodoric II avait fait plusieurs campagnes contre eux, qu'il les avait à demi subjugués en Galice, et leur avait enlevé la Lusitanie et Mérida. Ayant repris depuis de la force et de l'audace , ils s'étaient de nouveau jetés dans la Lusitanie où il paraît qu'ils exerçaient à peu près la même domination qu'en Galice. Ce fut pour les en chasser une seconde fois qu'Eu rie descendit en Espagne.
Il fit contre eux deux expéditions consécutives (en 468 et 469 ), mais dont on ne sait presque rien. Idace, le seul historien qui en parle, se borne, comme à son ordinaire, à en rapporter quelque incident désastreux sans dire un mot de leur résultat. Ainsi l'on sait par lui qu'en 468 les Visigoths, étant entrés à Coïmbre par trahison , la pillèrent , la dévastèrent horriblement , et en emmenèrent la population prisonnière ; que l'année suivante, Lisbonne, reprise de force sur les Suèves, fut aussi maltraitée que Coïmbre*. Mais il nous laisse ignorer à qui resta le pays. Il semble qu'il dut passer, au moins pour c[uelque temps, sous la domination des \isigotlis.
Il n'y avait jusque là, ni par la, rien de changé
(i) Idatii Chronic. ad an. /i68 et '169.
DANS LA GAULE. Zc]
dans les relations d'Euric avec l'Empire. Mais tandis que le jeune roi guerroyait contre les Suèves , soit en personne, soit par ses généraux, il se passait, dans la Gaule romaine, des choses étranges qui allaient le décider à rompre sur-le-champ avec Anthemius.
J'ai parlé ailleurs d'un parti en faveur des Visigoths , qui s'était formé peu à peu parmi les chefs gallo-romains. Mais depuis la reddition de Narbonne, par laquelle il s'était déclaré, ce parti était resté dans l'inaction, n'ayant eu ni motif urgent, ni occasion propice de faire quelque chose. Aussi long-temps que le brave ^ïlgidius avait commandé en Gaule il avait rallié à lui tous les Gallo-Romains. A l'avènement d'Anthemius, le concert des deux Empires, les immenses préparatifs de l'expédition contre Genseric, la tranquillité intérieure de l'Italie, qui semblait assurée par une étroite alliance de parenté entre Ricimer et l'empereur, tout cela avait pu faire espérer une espèce de restauration de l'Empire d'Occident, et justifier l'eFnpressement avec lequel la Gaule avait saisi la première occasion qu'elle avait eue de se rallier à la domination romaine.
Mais en moins de deux ans les choses avaient repris leur premier cours; l'expédition contre Genseric avait eu lieu et avait totalement manqué. On* pouvait déjà prévoir que la concorde ne durerait pas entre Anthemius et Ricimer ; il était enfin mieux constaté que jamais que ia Gaule n'avait rien
3o8 RÈGNE ET PRÉPONDÉRANCE d'eURIC
à espérer de l'Empire, dans le cas où elle serait de reclief attaquée parles Barbares. De là de nouvelles inquiétudes , de nouvelles intrigues, de nouvelles tentatives pour traiter avec les Germains , et eu particulier avec les VisigotLs, sans l'intermédiaire au moins superflu du gouvernement impérial.
Celte fois les tentatives partirent de haut; elles partirent du préfet du prétoire lui-même , d'Aivande, que j'ai déjà nommé et dont c'est ici le cas de dire quelque chose de plus, ne fût-ce que pour préparer le lecteur à la surprise que doivent naturellement causer divers traits de la conduite de ce personnage*.
Arvande était le seul individu de sa famille qui se fût élevé au-dessus des honneurs municipaux; il avait été déjà une fois préfet du prétoire des Gaules, et, bien que parvenu d'assez bas à ce poste éminent , il y avait figuré avec honneur. C'était un homme d'un caractère simple, généreux et fier, mais dissipateur, présomptueux , vain jusqu'à l'extravagance, et d'une ignorance des lois romaines inconcevable dans un préfet du prétoire. Il entra dans sa seconde préfecture accablé de dettes et assailli dç toutes parts de créanciers. Humilié , troublé de leurs poursuites, il devint ombrageux, exigeant, tracassier, et se rendit odieux à tout ce
(i) Tout ce qui suit sur le caractère, la conduite et le procès <]' Arvande est tiré d'une lettre de Sidoine (I. 7.), à tous égards l'une des plus curieuses et des plus iiiléressanles de son recueil.
DANS LA GALLE. 3o()
qui avait affaire à lui. Cette position i)éuible fut peut-être pour quelque chose dans ia déterniiiuition téméraire qu'il prit de se jeter dans ie parti d'Euric , auquel il écrivit une lettre dont l'objet était de le dissuader de faire la paix avec Anthemius, de lui démontrer la nécessité d'attaquer le corps de Bretons stationné sur la Loire, et de s'entendre avec les Burgondes pour partager la Gaule entre eux et lui. On ne sait point au juste quand fut écrite cette lettre, mais ce dut être au plus tôt en 468, en 469 au plus tard.
Le conseil d'Ârvande était une traliison , mais il n'était pas insensé. Peut-être, au point où en étaient les choses , ce qui pouvait arriver de moins fâcheux à la Gaule était-ce qu'il fût suivi. Arvande ' écrivit d'autres lettres, fit d'autres démarches dans le même sens que la première , et l'on ne peut guère douter qu'il ne fût en tout cela secondé par des complices ; mais on n'en connaît aucun, car je doute qu'il faille compter pour tel un certain Seronat, dont il est beaucoup question dans Sidoine Apollinaire.
Ce Seronat remplissait, chez les Arvernes, on ne sait quel grand office , peut-être celui de président, peut-être celui de comte. Sidoine le nomme le Catilina de son siècle, et en fait dans plusieurs lettres des portraits un peu burlesques, à force de vouloir être effrayants. Ce qui résulte le plus clairement de ces petites Catilinaires de Sidoine, c'est que Seronat était un agent dévoué des Goths, qui
3l() RÈGNIi ET PRÉPOINDEÎWINCE d'eLRIC
conspirail ouvertement pour eux, qui leur offrait les provinces de l'Empire à dévorer ; toujours en course, tantôt à Toulouse, tantôt dans la Novempopuianie , pour aller rendre compte aux rois des Visigotlis de ce qu'il avait fait, et prendre consigne sur ce qu'il y avait encore à faire pour eux; c'est enfin que cet homme avait poussé les choses au point d'inspirer aux Arvernes une terreur égale à celle qu'ils auraient pu avoir d'un ennemi étranger en armes autour de leuis murs, et prêt à montera l'assaut.
.Ces intrigues de Seronat avaient un peu devancé celles d'Arvande, avec lesquelles rien n'autorise k les confondre ; c'étaient deux conspirations tendant au même but, mais a>ant chacune son chef, ses moyens et sa marche à part. Je reviens à celle d'Arvande, la plus importante et la mieux connue. Arvande ne mettait probablement pas beaucoup de mystère dans ses menées; les originaux ou des copies de plusieurs de ses lettres furent surprises , celle entre autres dans laquelle il dissuadait Euric de faire la paix avec l'Empire. Ce fut une explosion générale d'indignation contre lui; il fut arrêté, envoyé à Rome où il resta libre sous la caution de Flavius Asellus, comte des largesses sacrées. Les Gallo-Romains nommèrent aussitôt trois députés chargés de se rendre à Rome pour accuser Arvande devant le sénat et munis de toutes les pièces nécessaires à cet effet. Les députés furent Tonantius Ferreohis , préfet du prétoire des Gaules à l'épo-
DA.JNS LA CILLE. 3l l
que de rinvasion d'Attila, Tliauinaste, un des neveux de Sidoine, et Petronius d'Arles, avocat ou jurisconsulte célèbre.
Ils arrivèrent à Rome déjà d'accord sur le plan de l'accusation. Ils espéraient surtout tirer un grand parti de la fameuse lettre qu'ils tenaient fort secrète, afin que, produite à l'improviste et contre toute attente, elle causât d'autant plus de trouble à l'accusé. En attendant , Arvande continuait à montrer la plus grande sécurité, dédaignant les conseils qu'on lui donnait pour sa défense, convaincu qu'il n'avait qu'à parler pour être déclaré innocent , et menaçant déjà ses accusateurs d'une poursuite en réparation. Il continuait à se promener aux environs du Capitole , assailli de salutations et de compliments ironiques auxquels il avait la simplicité de répondre d'un air affable. Il entrait dans toutes les boutiques, faisait étaler devant lui les étoffes de soie, les pierreries, les objets rares, examinant, marchandant tout et ne trouvant rien d'assez beau , laissant par intervalles échapper quelques plaintes sur l'iniquité des lois et des hommes, sur l'ingratitude de l'empereur et du sénat, qui le livraient à ses ennemis au lieu de le venger d'eux.
Cependant le jour fixé pour le procès était arrivé, Arvande se rend au sénat, tondu de frais et dans l'ajustement le plus recherché. Les trois députés gaulois arrivent à leur toui-, mais dans une tenue négligée à dessein, et enlèvent par cela seul à Ar-
3ia RÈGKE ET PRÉPONDÉRANCE d'eURIC
\ande l'intérêt qui s'attache naturellemeiil à l'accusé. Les deux parties adverses sont placées en face Tune de l'autre, selon l'usage, et à quiconque de l'une ou de l'autre a exercé les fonctions de préfet du prétoire , permission est donnée de s'asseoir.
Là- dessus Arvande s'élance lestement, et d'un air aisé prend place au beau milieu des sénateurs, choquant de nouveau l'assemblée par cette inconvenance. Ferreolus, sans s'écarter de ses deux collègues, s'assied d'un air timide et embarrassé sur le rang de sièges le plus bas , et cette modestie achève de lui concilier les esprits.
Tous les sénateurs étant arrivés, les accusateurs se lèvent de leur côté, l'accusé du sien, et les débats commencent , débats dont personne ne prévoyait la brusque conclusion. Ferreolus et ses deux collègues donnent d'abord communication de leurs pouvoirs et de leur commission , après quoi ils passent à la lecture des pièces sur lesquelles est motivée leur accusation , en commençant par la fameuse lettre à Euric. Ils n'avaient pas encore achevé de la lire qu' Arvande, emporté, on ne peut dire par quel sentiment ou quel trouble, s'écrie que cette lettre est de lui , que c'est lui qui l'a écrite. « Il n'est que trop vrai que vous l'avez écrite et qu'il était criminel de l'écrire , » répondent les accusateurs.
A cette apostrophe Arvande furieux, hors de lui, mais dominé encore par l'orgueil de ne pas se démentir , répète deux ou trois fois que la lettre
DANS LA GAULE. 3l3
est de lui et que c'est bien lui qui l'a écrite. Prenant acte de cet aveu, les députés démontrent alors qu'il y a dans cette lettre délit de lèse-majesté; la preuve est admise par les sénateurs dont chacun y ajoute la sienne; mille formules de droit, anciennes et nouvelles, sont évoquées à la fois contre x\rvande, qui est condamné à l'unanimité. Arvande était loin de se croire si coupable, bornant, comme il semble qu'il faisait, dans son esprit, l'idée du crime de lèse-majesté à l'usurpation du pouvoir impérial.
Dégradé des honneurs de la préfecture et rendu à son rang de plébéien, il fut, selon l'usage, conduit dans la petite île du Tibre, dite l'Ile d'Esculape, pour y être exécuté au bout de trente jours, si dans cet intervalle l'empereur ne lui faisait grâce de la peine capitale. Anthemius se contenta de le reléguer dans je ne sais quelle île déserte, et il ne fut plus parlé de lui.
C'était un sort encore assez triste. Cependant, personne ne le plaignit ; le public romain aurait volontiers pardonné à Arvande d'avoir voulu livrer la GauleàEuric; il ne lui pardonna pas de s'être présenté devant ses juges orné et paré. Son successeur à la préfecture des Gaules n'est point connu.
La conspiration de Seronat ne finit pas^plips heureusement que celle d' Arvande. Les Arvernes, encouragés et soutenus par Ecdicius, le livrèrent au sénat qui le condamna à la peine capitale; mais on
3i4 RÈGN£ ET Pr.£PONDÉRA.]VCK D liLlllC
n'a point les détails de son procès. Sidoine Apollinaire n'en dit qu'un mot, mais un mot remarquable.* C'est que Seronat ayant été condamné à mort, le gouvernement impérial n'osa qu'à peine exécuter la sentence. Un tel mot suppose un conspirateur redoutable, ayant avec les Visigoths les relations les plus intimes.
Tandis que le sénat romain et l'empereur Ântheinius condamnaient Seronat et Arvan de, Euric s'apprêtait à les venger et à suivre leurs conseils. Il y eut un point sur lequel il suivit à la lettre ceux d'Arvande; il commença la guerre contre l'Empire par une campagne contre les Bretons fédérés, chargés de la défense du Berry. Dans le courant de l'année 469, tandis que ses généraux guerroyaient en JEspagne contre les Suèves, il marcha sur Bourges avec des forces probablement assez considérables, que Jornandès dit innombrables pour se dispenser de les compter ^.
Sans attendre quelques renforts de troupes romaines qu'on leur promettait et dont ils avaient en effet besoin , les Bretons, informés de la marche des Goths, s'avancèrent bravement à leur rencontre, jusqu'au bourg de Dole ou de Déols, sur la petite rivière de ce nom. Il y eut là, entre les deux peuples, unebataille sanglante, dans laquelle Riothime perdit la plus grande partie de ses Bretons et fut obligé de battre en retraite avec le reste 2. Ayant gagné la
(1) DeReb. GcJ. XLV.
(21 Gïcgoritis Tiuon. liistor. il. 18.
DANS LA GAULE. 3l5
Loire par ie plus court cliemin, il la tiaversa et se réfusfia chez ies Burgondes , alors alliés , comme lui , des Romains, abandonnant ainsi aux Yisigoths Bourges et tout le pays environnant. Euric marcha droit sur cette ville et l'occupa, non, à ce qu'il parait, sans quelque résistance de la part des habitants et du clergé, auxquels des maîtres ariens ne pouvaient être agréables. Il prit de même, à ce que l'on peut croire, possession de tout le pays jusqu'à Tours *.
L'année suivante {^jo), Euric, poursuivant sa marche et ses conquêtes le long de la Loire, rencontra une forte armée qui s'était avancée pour lui barrer le passage. C'était une armée levée, selon toute apparence, par les ordres et les manœuvres de Syagrius. Elle était composée de milices romaines, de Bretons, de quelques bandes des Franks de Childéric, et commandée par ce même comte Paul (}ui s'était emparé d'Angers, où il dominait. Grégoire de Tours, par qui nous savons cette expédi- {ion, n'en donne point le résultat; il se contente de dire que le comte Paul y ht du butin 2. C'est une manière indirecte d'avouer qu'il ne chassa point Euric des conquêtes que ce roi venait de faire le long de la Loire.
Et tout en défendant ces conquêtes récentes, le jeune guerrier ne laissait pas d'en faire de nouvelles
fi) Hisl. (le Lnngiiecl. I. j). 117.
■■i) Gre^. Fur. lî, i 8.
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sur d'autres points. Ce fut très probablement dans le cours de cette même année 470 ou de la suivante qu'il s'empara du Limousin , du Rouergue et du Vêlai, et des autres cantons de la première Aquitaine qui avaient résisté à ses prédécesseurs. Il ne lui restait plus à prendre que le pays des Arvernes, pour être le maître de toute la rive gauche de la Loire, et cette proie ne pouvait lui échapper. Toutefois, elle devait être le sujet d'une guerre plus longue et plus pénible qu'il ne s'y attendait, et d'une guerre qui offre l'intérêt tout particulier d'être le dernier effort d'héroïsme fait pour la gloire et la défense du nom romain. Mais, avant d'en entamer le récit, je dois rendre compte des événements généraux de l'Empire qui y ont rapport.
La tranquillité de l'Italie dépendait de la concorde entre l'empereur Anthemius et son gendre; c'est dire qu'elle ne pouvait être de longye durée. Dès l'année 471 le féroce et tracassier Ricim.er était brouillé avec son beau-père. Au mois de mars de l'année suivante, il fit à Milan, où il résidait, un empereur de son goût, ce fameux Olybrius, dont le nom est devenu celui de tout valet accidentellement affublé d'un titre auguste, et mena aussitôt cet empereur à Rome, pour l'y faire reconnaître et l'y installer. Le 1 1 juillet de la même année Ricimer introduisit de force Olybrius à Rome, et Anthemius y fut massacré *; mais ce nouveau crime
(i) Cassiodori et Marcellini Chionic.
DANS LA GAULE. Sl^
du Barbare fut le dernier. Le 20 £(oût suivant, quarante jours après la mort d'Antbemius, Ricimer n'existait plus; et l'empereur fait par lui ne lui survécut que de deux mois; il mourut le ^3 octobre*.
Les lenteurs de Léon donnèrent aux cliefs des factions de l'Italie le temps et la confiance de désigner le successeur d'Olybrius. Ce fut un obscur personnage nommé Glycerius , (]ui n'entra en fonctions qu'au mois de mars de l'an 473. C'est ici que le fil général des événements de l'Empire nous ramène à l'bistoire importante, mais fort obscure, des chefs des Burgondes de la Gaule. Je vais tâcher de la démêler autant que le permettront des données aussi incomplètes que celles qui existent pour cela.
Ainsi que je l'ai annoncé, la concorde dura peu entre les quatre fils de Gundioklî qui s'étaient partagé la Gaule burgondienne. Il parait que deux des frères, Chilpéric et Godomar, conspirèrent contre les deux autres, Gondebaud et Godegesile , les battirent, les chassèrent, et, s'emparant de leurs royaumes, en doublèrent les leurs 2.
On ne sait ce que devint Godegesile après sa défaite; peut-être suivit-il la destinée de son frère Gondebaud , lequel alla chercher fortune en Italie. Lyon, probablement jusque là la capitale du royaume [de ce dernier, devint alors celle du royaume de Chilpéric II ^.
(1) Cluonographus Cuspin.
(2) Gregor. Turon. HisLor. IL 28. — Gesta Fraticor.
(3) Ce fait paraît constaté par diverses lettres de Sidoine Apol-
3l8 RÈG^E KT PRÉPONDÉRANCI' d'iiURIC
Il y a dans les lettres de Sidoine Apollinaire quelques allusions au gouvernement et au caractère de Cliilpéric II, allusions qui, faute de renseignements historiques plus directs, méritent d'être notées. Elles nous apprennent ([ue ce roi avait embrassé l'arianisme, et nous autorisent à présumer que sa femme, nommée Agrippine, était galloromaine et catholique. Sidoine représente cette reine comme une sainte matrone affectionnée à Patiens, vénérable évèque de Lyon, dont elle encourageait, par ses applaudissements, la vie austère et l'admirable charité. Il nous la montre indulgente, bienfaisante et toujours prête à demander grâce pour les malheureux sur lesquels tombaient la colère ou le mécontentement de son mari.
Quant au gouvernement de Cliilpéric, la seule idée que l'on puisse s'en faire, d'après les traits de Sidoine qui y ont rapport, c'est celle d'un pouvoir ombitigeux, inquiet, se maintenant par la persécution ou par la menace; d'un pouvoir entouré d'une foule corrompue de Gallo-Romains, amis du désordie, enrichis par les calamités publiques, et qui exploitaient à leur profit les soupçons et les défiances de la tyrannie.
La date à laquelle se rap^^ortent ces troubles {^[\']i-[\']Z) est importante en ce qu'elle peut en rendre raison. Chilpéric II avait effectivement alors de justes raisons d'être inquiet et de s'agiter pour
îinaire, écrites vers l'époque de ces doubles uu royaume des Burgoiuies.
dajNS la. gadle. '5\q
le maintien de son pouvoir; il s'était passé et il se passait au-delà des Alpes des événements de sinistre augure pour lui.
En arrivant en Italie Gondebaud s'était présenté au patrice Ricimer, qui l'avait très bien accueilli. On ignore si c'était avant de se réfugier en Italie que le premier avait épousé une proche parente de celui-ci, ou si ce fut depuis qu'il l'épousa; mais toujours est-il certain qu'ils furent étroitement liés de parenté, et que Ricimer ne cessa pas un instant de protéger ou de favoriser l'exilé burgonde. Après avoir élevé Olybrius à l'Empire, une des premières choses qu'il avait exigées de lui c'était le rang de patrice pour Gondebaud , qu'il avait parlà rendu son égal ^. Ricimer étant mort, il lui avait en quelque sorte succédé, et lorsque après le décès d'Olybrius il avait fallu mettre un autre empereur sur le trône, c'était Gondebaud qui y avait poussé un inconnu, un de ses subordonnés, ce Glycerius qui l'occupait en 47^ ^.
S'étant de la sorte assuré l'appui d'un empereur, Gondebaud crut qu'il était temps de recouvrer le royaume qu'il avait perdu, et repassa les Alpes dans ce dessein, probablement avec quelques troupes d'Italie.
A une époque qu'il ne précise pas, mais, selon toute probabilité, dans le cours de l'année 47^,
(i) Chronograplius Cuspin.
i^9.) Cassiodovi Clironic.
320 RÈGNE ET PRÉPONDJÉRANCE d'eURIC
Sidoine Apollinaire représente Chilpéric II comme fort troublé et fort courroucé d'un mouvement qui avait eu lieu à l'extrémité méridionale de son royaume, et par suite duquel la ville de Vaison, encore alors très ini])ortante, avait passé au parti d'un nouveau prince'^.
Ce nouveau prince était sans doute Gondebaud, lequel reparaissant dans un royaume mécontent et qui avait été le sien, y soulevait aisément un parti en sa faveur. Chilpéric lui résista, et il y eut entre les deux chefs burgondes une guerre sanglante, dont il n'existe d'autre témoignage que les alarmes de Sidoine pour sa famille, résidant à Lyon, el par son élévation exposée à toutes les chances des troubles politiques 2, C'est indubitablement à cette guerre que le spirituel évéque fait allusion dans diverses lettres à ses proches, quand il leur parle de ce temps de guerre, de ce temps de terreur publique, de ces furieuses invasions d'ennemis, au milieu desquels ils vivent en Burgondie.
Quant au résultat de la guerre, nous le savons avec certitude; c'est Grégoire de Tours qui nous l'apprend en ces termes, que je me borne à traduire : « Gondebaud fît périr par le glaive son frère Chilpéric; il fit jeter sa femme, une pierre au cou, dans l'eau; il envoya en exil ses deux filles, dont l'aînée, nommée Chrona, embrassa la vie
(i) Epist. V. 6.
(2) Sidon. Apolliaar. Epist. passim.
religieuse, et dont la plus jeune se nommait Chlolilde 1. »
Des deux autres fils de Gundiokh, nous verrons l'un, Godegesile, régner par la suite à Genève, ce qui porte à supposer qu'il fut compris dans la restauration de son frère Gondebaud, comme il l'avait été dans sa disgrâce. Quant à Godomar, on ne sait ce qu'il devint; Grégoire de Tours semble vouloir insinuer qu'il fit une fin précoce et tragique, mais sans dire où ni comment.
Le règne de Glycerius, qui se rattache, par la restauration de Gondebaud , à l'histoire des Barbares de la Gaule, s'y lie encore par un autre événement; c'est sous ce règne qu'une moitié des Goths orientaux vint, des bords du Danube à ceux du Rhône, se joindre aux Visigoths, qu'elle renforça d'autant. Je ne puis ni me dispenser de rendre compte de cet événement, ni en rendre compte sans remonter sommairement dans l'histoire des Ostrogoths jusqu'à la destruction de l'enjpire des Huns. Attila était mort en 4^3, laissant trois fils qui s'entre-battirent pour le partage de son vaste empire. Enhardis par leurs querelles, la plupart des peuples sur lesquels ils dominaient se soulevèrent et se liguèrent contre eux. La querelle fut décidée à Nétad en Pannonie, dans une grande bataille où les Huns furent vaincus avec une perte immense, et les peuples insurgés émancipés à jamais 2.
(1) Histor. Francor. II. 28.
(2) Jornand. de Rcb. Cet. L.