SOCIÉTÉ, MOEURS
trevoit encore dans la Gaule au cinquième siècle , exigeraient des recherches qu'ils ne méritent probablement pas. Ce qu'il y a de mieux constaté à cet égard, c'est que l'on désignait par le nom de clients deux sortes de personnes : d'abord les colons affranchis, puis certains petits propriétaires, dans le principe cultivateurs libres de leurs propres terres , mais qui, réduits à l'impuissance de payer des impôts de plus en plus onéreux, finissaient par se mettre, eux et leur propriété, sous le patronage de quelque riche et puissant personnage qui les couvrait de son immunité, et vis-à-vis duquel ils se trouvaient dès lors dans une sorte de dépendance personnelle*.
Au milieu de toutes ces classes plus ou moins privilégiées, plus ou moins asservies, qui constituaient dans la Gaule romaine la société générale, s'était formée depuis deux siècles une classe particulière qui, se multipliant, se renforçant, s'élevant peu à peu , avait fini par être la plus active et la plus puissante de toutes; c'est le clergé chrétien que je veux dire.
Dès les commencements du quatrième siècle le clergé des parties méridionales de la Gaule avait formé une corporation déjà fortement organisée, et plus vénérée encore pour la gravité et la pureté de ses mœurs que pour ses lumières et pour son zèle à maintenir les vraies doctrines du christia-
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nisme. Celle classe s'élait suiloul signalée par le courage et la persévérance avec lesquels elle avait combattu l'arianisme, alors tout-puissant, et qui, protégé par les empereurs , avait été plus d'une fois sur le point d'être déclaré l'opinion orthodoxe de l'Église.
Au commencement du cinquième siècle ce vénérable corps était déjà peut-être un peu déchu en sainteté , en dignité et en vraies lumières ; mais (juant à l'organisation, il avait plutôt gagné que perdu ; il formait une société plus nombreuse , plus compacte , plus forte qu'elle ne l'avait encore été; et celte société était indubitablement ce qu'il y avait, dans le pays, de plus énergique, de plus moral et de plus éclairé, ce qui avait le plus de droit et le plus de chances de survivre à ce vieux monde romain qui croulait, qui finissait ou changeait de tous côtés.
Il y avait très certainement encore alors en Gaule des restes tenaces de paganisme grec ou romain, très probablement même de paganisme gaulois; mais déjà néanmoins la grande majorité des populations était chrétienne, et l'était avec la ferveur d'une foi nouvelle long-temps persécutée. Le sacerdoce qui enseignait et prêchait cette foi en partageait nécessairement l'empire ; c'était l'unique pouvoir pour lequel il y eût alors, dans les masses des popidations, du respect, de la confiance et du dévouement.
Et ce pouvoir n'était pas uniquement moral et