CHAPITRE IX
LES GÉOLOGUES ü’ A UJ OU R o’ II U I.
Les maîtres contemporains. — Neptuniens et'plutoniens. — La théorie des soulèvements et celle des causes lentes. — Défaut de méthode dans la nomenclature des terrains. — Classifications de d'Orbigny, de Rogers, de Lycll. — Projet d'une classification rationnelle.
La géologie positive, qui occupe un rang si distingué dans les sciences naturelles, est née d’hier, comme on vient de le voir. Il n’y pas un siècle que les théories cosmogoniques, partant de bases désormais certaines, ont donné à la partie philosophique de la géologie une assiette qu’elle n’avait pas eue jusque-là.
Dès lors la science a été brillamment fondée par une pléiade d’observateurs, et elle est tout à coup entrée dans le domaine des faits réels. Elle y est entrée si franchement, que l’on pour-
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rait citer nombre de vaillants disciples presqu’aussi illustres que les maîtres.
La phalange serrée des géologues reconnaît aujourd’hui pour chefs les deux Brongniart, MM. Ëlie de Beaumont et Dufrénoy, en France; M. d’Omalius d’Halloy , en Belgique; de La Bêche, Buckland, Sedgwick, MM. Murchison et Lyell, en Angleterre; Humboldt et de Buch, en Allemagne; Saussure et M. Agassiz, en Suisse , et ce dernier aussi en Amérique.
Les leçons de tous ces maîtres ont eu pour premier résultat d’asseoir sur des bases définitives la classification générale des terrains, désormais divisés en éruptifs et sédimentaires, en plutoniens et neptuniens, comme on disait d’abord. 11 a été ensuite facile de reconnaître ces terrains à leur âge, marqué surtout pour les sédimentaires, par leur ordre de superposition et la nature des débris organisés qu’ils renferment, et pour les éruptifs, par Fâge luimême des assises neptuniennes qu’ils ont traversées ou soulevées les dernières.
Les épithètes de neptunien et de plutonien , empruntées à la fable, réveillent dans l’esprit
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le souvenir des vieilles querelles géologiques, dont on peut lire l’histoire dans les livres. Celles-ci sont maintenant assoupies, et il n’était pas trop tôt. Un compromis s’est enfin établi entre les deux systèmes, et les débats ont pris une autre direction, car il faut toujours qu’on dispute.
Deux écoles se partagent aujourd’hui le monde géologique : l’une peut s’appeler l’école révolutionnaire ou des soulèvements ; elle a été grandement inaugurée par Cuvier et M. Élie de Beaumont, et admet dans les périodes géologiques, comme en histoire, des époques de révolution et de calme. Pour elle , toutes les montagnes ont été violemment soulevées par des phénomènes dynamiques, pour ainsi dire instantanés. L’extinction de nombreuses familles d’êtres organisés a accompagné ces cata- 'clysmes, après lesquels de nouvelles espèces sont apparues.
L’autre école, que l’on pourrait nommer pacifique ou des causes lentes, veut que tout se soit accompli en ce monde avec paix et lenteur, suivant l’axiome que la nature ne procède pas par
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bonds, nalura non facit sallus. Cette école ne reconnaît, comme raison de tous les phénomènes passés, que des causes physiques lentes, analogues à celles qui agissent encore actuellement. Elle a eu autrefois à sa tête un savant français, Constant Prévost, qui répondait à Cuvier que les montagnes ne poussaient pas comme des champignons; elle est aujourd’hui glorieusement défendue par un géologue anglais, M. Lyell; une partie des géologues français suivent aussi volontiers cette bannière.
Si l’on veut savoir comment se classe en France, notamment à Paris, l’enseignement de la géologie, on peut dire que l’École des mines est révolutionnaire, avec M. Élie de Beaumont; la Sorbonne, pacifique, avec les disciples de Constant Prévost. Les idées de l’École des mines régnent en partie au Collège de France, au Muséum, à l’École normale, mais avec un grand éclectisme; une nouvelle théorie se fait même jour dans ces trois dernières chaires, qu’on pourrait appeler la théorie des causes chimiques, parce qu’on y invoque les phénomènes du laboratoire pour expliquer ceux de la formation de la terre.
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Le mal ne serait pas grand, si les écoles géologiques d’aujourd’hui, françaises ou étrangères, bornaient là le sujet de leurs disputes et de leurs dissensions ; mais aucune classification méthodique des terrains n’existe , aucune * entente entre les divers auteurs au sujet de la nomenclature, et c’est là que l’inconvénient devient des plus graves.
D’abord le point de départ de la classification est faux. Parce que Werner, s’inspirant du reste en cela de son prédécesseur Sténon, et à une époque pleine de ténèbres qu’il a eu la gloire de dissiper, avait créé les terrains primitifs, qui formaient ce qu’il regardait comme la première écorce du globe, puis les terrains secondaires ou dépôts de seconde formation ; parce qu’il avait placé entre les deux terrains tous ceux d’origine incertaine, qu’il appelait terrains de transition, était- ce une raison pour continuer à suivre jusqu’à aujourd’hui, sans rien en retrancher, les errements du maître? Aujourd’hui, quoique la géologie ait marché à grands pas depuis Werner, on entend toujours parler des terrains primitifs et
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de ceux de transition. Et cependant les terrains que le célèbre mineur allemand nommait primitifs sont déchus de leur rang , puisqu’ils ont fait éruption à toutes les époques, en changeant toutefois et par intervalles de composition et d’aspect ; et quant aux terrains de transition, outre que le terme est loin d’être scientifique, ne pourrait -on pas trouver de ces terrains entre toutes les formations, pour ménager au besoin les passages d’une époque à une autre , passages souvent si difficiles à débrouiller? N’est -il pas mieux, comme nous l’avons fait avec quelques géologues encore trop rares, de renoncera ces classifications inexactes, douteuses, de donner avant tout aux terrains dits naguère primitifs le seul nom d’éruptifs ou d’ignés, et de les intercaler à leur vraie place , comme des accidents, dans les formations qu’ils traversent? N’est-il pas mieux de diviser une fois pour toutes les formations sédimentaires d’après leur âge, en primaires, secondaires, tertiaires et quaternaires? Mais cet exemple a été bien peu suivi, et c’est ici surtout que le défaut de méthode s’est fait vivement sentir.
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Les faits que nous venons de relater sont • d’autant plus regrettables, que c’est le manque d’une classification bien faite qui éloigne les gens du monde, et même les jeunes étudiants, de l’étude de la géologie, qui offre cependant tant d’attraits. Encore, si les classifications n’étaient que mal faites, ce serait un noviciat à tenter, et l’on s’y résoudrait; mais chaque école, chaque pays, chaque savant, ont voulu apporter des termes à eux dans cette tour de Babel , et la classification géologique est devenue la confusion des langues. Pour imposer des noms nouveaux à tel ou tel terrain, à tel ou tel groupe, on a scindé, on a dédoublé les formations; on a fait dépendre la structure de l’édifice terrestre de telle ou telle assise microscopique, et de même que les adversaires de Werner accusaient le maître de croire que Dieu avait fait le monde sur le modèle de la Saxe, de même, et avec plus de raison, on a pu reprocher à quelques géologues de ne voir dans tous les terrains que le type des bassins de Londres et de Paris, ou même celui de leur pays natal. C’est ainsi que la science a été
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livrée aux ergoteurs , qui , semblables aux moines du Bas-Empire, ont discuté pendant des années sur des infiniment petits, et cherché entre des formations lointaines des parallélismes impossibles. Ce que voyant, le public qui écoutait aux portes, en essayant de comprendre quelque chose au débat, a pris en pitié les géologues, et il a dit d’eux ce que Cicéron disait des augures , qu’il ne comprenait pas que deux géologues pussent se regarder sans rire.
Aurons-nous après cela le courage d’aborder la classification géologique telle que l’ont faite les savants, et de porter une main, môme discrète, sur cette espèce de pandémonium? Déjà nous avons fait pressentir le trouble et la cacophonie qui existent dans la nomenclature, où tout, hors la méthode, a été misa contribution. Les caractères géographiques, minéralogiques, paléontologiques et bien d’autres, ont tour à tour été invoqués. En s’adressant à la géographie pour dénommer les formations, les fondateurs de la géologie anglaise sont partis d’une base fâcheuse. D’abord on n’est jamais sûr d’avoir trouvé
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le véritable type dans tel ou tel pays. Ensuite, par esprit de clocher ou par raison de nationalité, les géologues refusent presque toujours d’adopter tels ou tels noms, et en créent d’autres qu’ils regardent comme équivalents et qui souvent sont moins bons que les premiers. C’est ainsi qu’en Angleterre, le terrain cambrien a été presqu’à sa naissance débaptisé, et transformé en cumbrien , parce que dans le Cumberland, disait-on, il était mieux défini, plus complet que dans le pays des Cambres ou anciens Cimbres dont est formé le nord du pays de Galles. Aux États-Unis, ç’a été bien autre chose, et nous savons que B rother- Jonathan a opposé à son ami John-Bull les terrains taconien, laurentien, canadien, pour faire pièces aux terrains cambrien, silurien, devonien.
En France, A. d’Orbigny, renchérissant sur tout cela, a créé trente terrains représentant toute la série géologique, et a mêlé de la façon la plus désordonnée tous les caractères dans sa nomenclature. 11 s’en est donné d’abord à cœurjoie avec les caractères géographiques, et les
terrains aptien, albien, bajocien, bathonien,
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callovien, toarcien, sinémurien, sont venus dérouter les géologues français eux-mêmes. Puis d’Orbigny, manquant à tout esprit de méthode, a détrôné le terrain silurien , qu’il a appelé murchisonien en l’honneur du géologue qui le premier l’avait étudié. Il a baptisé le terrain houiller et celui du lias des noms baroques de carboniférien et liasien, pour les faire rentrer dans sa terminologie ; enfin il a créé les terrains conchylien, saliférien, corallien, comme si l’on ne trouvait que dans les terrains ainsi nommés des coquilles, du sel et des coraux fossiles. Quel savant oserait appliquer de pareilles classifications à la géologie des pays étrangers, l’Asie ou l’Amérique par exemple? D’Orbigny, qui avait visité avec tant de soin cette dernière contrée, n’aurait pas dû oublier que les formations terrestres affectent souvent, même aux plus lointaines distances, une grande analogie, une complète similitude. Ce fait aurait dû l’inspirer dans sa classification , et il eût dû chercher à rendre celle-ci la plus générale possible.
' Des géologues français ou belges, sans tenir
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compte de toutes ces raisons, et dignes élèves de d’Orbigny, ont renchéri sur la nomenclature du maître, et de nouveaux terrains, entre autres le cognassien, l’angoumien, le séquanien, créés par des géologues français; l’hervien, le nervien et toute leur cohorte, par le géologue belge Dumont, célèbre à d’autres titres, tous ces noms sont venus, à la grande joie des rieurs, jeter encore un peu plus de trouble dans la langue géologique.
Tout n’est pas dit. Dans l’Amérique du Nord, M. Rogers , divisant à son tour les époques géologiques comme celles de la journée, crée les terrains de l’aurore, du matin, de midi, de l’aprèsmidi, du soir; malheureusement il s’arrête en chemin, commence avec la série des sédiments, mais finit avant elle, si bien qu’il donne le nom de terrain du soir au terrain houiller, à celui qui marque l’époque de végétation peutêtre la plus luxuriante par laquelle la terre ait jamais passé.
L’idée imaginée par un savant français, M. de Barrande, de désigner les divers étages des terrains par la série des lettres alphabétiques
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ou des chiffres, n’est pas plus heureuse; c’est supposer que toutes les formations sont irrévocablement connues, ce qui n’est point. De là l’impossibilité de baptiser convenablement de nouvelles assises intermédiaires à mesure qu’on les découvre.
Est-ce tout ? Non pas, certes. En Angleterre, M. Lyell lui-même, le grand Lyell, tu quoque! outre le tort de commencer l’étude de la géologie par les terrains supérieurs, comme si l’on pouvait visiter un édifice en allant du grenier à la cave , et non de la cave au grenier ou mieux des fondations au faîte ; M. Lyell a introduit dans la série des terrains tertiaires une synonymie étrange, qui a été adoptée cependant, grâce à une consonnance harmonieuse, dans presque tous les camps géologiques, et y a laissé une trace ineffaçable. Remarquant qu’au début de la série tertiaire, les mollusques analogues à ceux d’aujourd’hui naissent, puis deviennent de plus en plus nombreux, le géologue anglais a eu l’ingénieuse idée d’appeler le terrain tertiaire inférieur du nom d’éocène, empruntant cette épithète à deux mots grecs qui signifient aurore et récent,
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comme qui dirait aurore de ce qui est récent, de ce qui existe aujourd’hui. Cela fait, M. Lyell appelle miocène le terrain tertiaire moyen, pour indiquer qu’il contient moins de ce qui est récent, non par rapport à celui qui précède, mais par rapport à celui qui va suivre , le terrain . tertiaire supérieur, qu’il appelle alors pliocène, ou terrain qui contient plus de ce qui est récent. Franchement cela serait risible, si cela n’était triste; car des imitateurs sont venus brocher sur le tout, et créer à Ibur tour l’oligocène, le néocène , l’orthocène , le proïcène, l’holocène et autres semblables, sans doute pour faire concurrence à M. Lyell qui, non content de sa triade, a imaginé de la couronner par le pléistocène et le post-pliocène. Ne faudrait-il pas renvoyer tous les géologues à l’école, et leur souhaiter un Molière, un Voltaire au besoin, pour leur apprendre à parler une langue qui soit intelligible?
Il est vrai que plus d’un savant pense qu’en géologie la classification définitive ne pourra se faire qu’une fois que la science sera définitivement établie, que tout le globe sera connu, dis-
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séqué, et qu’en attendant, les meilleurs termes sont ceux qu’on comprend le moins. A ce propos on a cité les expressions de trias, de lias, qui ont fait partout fortune. Fort bien , mais étaitce une raison pour que M. Marcou vînt nous imposer le dias? L’Allemand M. Geinitz a cueilli le mot au passage, et voilà le dias lancé. Lias, trias, dias, rappellent, sauf moins d’harmonie, la trilogie de M. Lyell. Et puis, qui nous dit que le dias se rencontrera partout avec deux étages seulement? Déjà ont réclamé les pères du terrain permien, que le diasique veut détrôner, et MM. Murchison, de Keyserling et de Verneuil ont tour à tour lancé leurs foudres sur le nouveau-né de M. Marcou.
Les noms que l’on comprend le moins, avonsnous dit , sont ceux qui en géologie sont assurés du plus grand succès. Cela n’est malheureusement que trop vrai. C’est ainsi que la grauwacke , le zechstein, le rothe-tode-liegende, le mushelkalk, le gault, le corn-brash, le keuper, le crag, le coral-rag, le flysh, le lehm, le lœss, le drift, nous prenons au hasard , sont cités en France à tout propos. La
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plupart du temps on applique chaque nom à des formations très - dissemblables , eu égard au moins aux caractères lithologiques , de celles qui ont dans le principe été baptisées ainsi en Allemagne ou en Angleterre. A Paris, pour n’en montrer qu’un exemple, les noms de lehm et de lœss sont donnés indistinctement à tous les dépôts diluviens de la vallée de la Seine, qui n’ont rien du limon, comme sembleraient le faire croire ces termes germaniques , appliqués dans le principe au diluvium de la vallée du Rhin.
Que dire enfin de ces savants qui, empruntant à des caractères qu’ils ont eux -mêmes inventés ou qui ne sont pas des caractères distinctifs , les termes de leurs classifications, ont créé des terrains que nous ne voulons pas nommer, et ont apporté un nouvel élément de perturbation dans un camp déjà en désarroi ?
L’étroitesse des idées s’est mêlée à la cacophonie du langage géologique. Au lieu de regarder le monde, on n’a regardé que l’espace autour de soi ; au lieu de lire le grand livre de
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la nature, ou de s’inspirer des écrits des devanciers, des illustres contemporains, et de parcourir au moins la terre avec eux, beaucoup n’ont fait, en France surtout, que de la géologie locale et même de cabinet, et quelquefois ont étiqueté les terrains sur le vu de quelque fossile douteux. Ils ont de la sorte inspiré de nouveau au public une bien triste idée des géologues. Celui-ci, après avoir fait dépendre le nom à donner à une assise de l’existence de tel ou tel fossile, a reconnu ensuite que ce fossile était faux ou mal défini. Cet autre, grâce à une petite coquille, à quelque empreinte de plante incertaine, trouvée dans un étage regardé jusque-là comme appartenant à la période tertiaire ou secondaire, a bouleversé de sa propre autorité cet étage, et l’a vieilli ou rajeuni en le haussant ou l’abaissant dans la série des formations. Comme on n’a pas trouvé encore de chronomètre bien précis pour marquer la durée des époques géologiques, chacun a fait marcher à son gré les aiguilles.
11 faut borner là ces confidences. Le grand mal, c’est que le désordre est partout, non-seu-
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lement dans la nomenclature, mais dans les idées. « Faites-moi de la bonne politique, disait un jour un ministre , l’abbé Louis , à Louis XVIII, et je vous ferai de bonnes finances. » «Donnez-vous une bonne classification, une bonne langue, pourrait-on dire aux géologues, et vous ferez une bonne science. »
L’exemple de Lavoisier et de ses savants collègues, créant la chimie par la nomenclature, la chimie qui depuis des siècles se débattait dans les langes de l’alchimie, devrait servir de leçon aux géologues. En zoologie, en botanique, il existe également des classifications bien faites, qui ont fixé ces sciences. La langue des Linné, des Jussieu, n’efiraie guère le public léger que par ses terminaisons grecques et latines. Pourquoi la géologie, qui fait partie comme la zoologie et la botanique de l’histoire naturelle, n’aurait-elle pas aussi une véritable nomenclature? Encore une fois la science ne progresse que par de bonnes classifications, et celles-ci lui sont tout aussi indispensables que l’est au commerce un bon système de poids et mesures.
En géologie il ne serait pas nécessaire, pour
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arriver à une nomenclature définitive, de se remettre à parler la langue d’Homère ou de Cicéron. . Que l’on prenne des termes généraux qui soient communs aux principales langues de l'Europe, et qui soient déjà tirés des langues mères, le latin et le grec, l’ on aura fait le premier pas vers une entente scientifique universelle. Que les savants se mettent avant tout d’accord sur ce premier point; il sera possible ensuite d’arriver à bien, dut-on provoquer un congrès géologique international, et profiter dans ce but des grandes assises des peuples, de ces pacifiques olympiades comme l’exposition universelle de 1867 en ouvre une à Paris.
Tout d’abord il faudrait bien s’entendre, et ne pas faire de la mauvaise synonymie ; procéder d’une façon méthodique, rationnelle, philosophique, et marcher par gradation. C’est ainsi qu’en zoologie, en botanique, on passe des embranchements aux classes, de celles-ci aux ordres, et successivement aux familles, aux genres, aux espèces, puis enfin aux variétés et aux individus. De même, en géologie, on pourrait marquer d’abord deux embranche-
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ments distincts , celui des dépôts éruptifs et celui des dépôts sédimentaires, et dans l’échelle des dépôts sédimentaires , diviser avant tout l’ensemble en périodes ou systèmes; les périodes en époques ou terrains ; les terrains en groupes ou séries, et les séries en étages, qui, à leur tour, comprendraient les couches ou assises, subdivisées enfin en bancs et en lits. Telle semble devoir être la base d’une véritable nomenclature, et les mots système, terrain, groupe, étage, couche, lit, correspondraient autant que le règne minéral et organique peuvent se comparer, aux mots classe, ordre, famille, genre, espèce et variété des règnes animal et végétal. C’est cette nomenclature que nous avons essayé de suivre dans les chapitres de cette histoire où s’est déroulée devant le lecteur la succession des âges terrestres. Quant aux expressions, nous les voudrions courtes, précises, faciles à saisir. On respecterait autant que possible les dénominations déjà en usage, on choisirait parmi les meilleures, n’en inventant aucune et repoussant le plus grand nombre comme inutiles. Un adjectif spécifique, • accompagnant le substantif, suffirait pour chaque
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dénomination. En tout cela on ne chercherait qu’à être logique, attendu que la base d’une classification méthodique, celle que les zoologistes et les botanistes décorent du nom de naturelle , manquera toujours en géologie. L’individu , l’unité, couche ou strate, qui pourrait servir de base à une classification raisonnée des terrains sédimentaires , ne se présente pas partout avec les mêmes caractères dans le même terrain.
A Dieu ne plaise que nous ayons la prétention d’avoir même tenté l’œuvre dont nous venons de parler, celle d’une classification géologique rationnelle , qu’il est réservé à d’autres que nous de mener à bien; mais voici , pour résumer à la fois ce chapitre et tous les précédents, un tableau récapitulatif des dépôts sédimentaires, dressé suivant nos données :
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