L’AVENIR DE LA PLANÈTE
Ce qui reste vrai dans la théorie précédente, ce que proclame celle de Laplace, et ce qui est conforme à tous les faits observés , c’est que la terre a d’abord été un soleil, qui plus tard s’est encroûté, comme l’a dit le premier Descartes. La géologie peut au besoin se contenter d’ériger cette définition en principe, sans essayer de remonter au delà. Pour faire l’histoire de la terre , il suffît de consulter les archives du globe , et de passer des unes aux autres jusqu’à une période antérieure à tout monument. Ce n’est qu’ après cette période, que l’on pourrait nommer cosmogonique, que commencent véritablement les âges géologiques. Mais cette période ténébreuse est précisément celle sur laquelle s’est exercé de préférence l’esprit d’investigation des plus grands génies, des Laplace, des Bufion, des Leibnitz et des Descartes. De tout temps les théories cosmogoniques, c’està-dire celles qui se rapportent à la naissance du monde, ont préoccupé l’humanité et les grands penseurs chargés de l’éclairer et de l’instruire. Nous venons de voir ce qu’il fallait enfin certifier des origines de notre terre, et ce
|li2 HJSTOIRK DK LA TE 11 U K.
premier point était indispensable à fixer, pour tirer de là, s’il était possible, les âges géologiques ayant été passés en revue , la connaissance de ce que nous réserve l’avenir.
Revenons à la prophétique expression de Descartes, que la terre n’est qu’un soleil encroûté. Nous avons vu l’écorce de ce soleil se former, s’augmenter peu à peu, et ce travail se faire d’une manière lente, mais continue, dans la série des âges. Il est facile maintenant de calculer, non pas en années, mais en milliers d’années, on pourrait dire en millénaires géologiques, le temps que la formation terrestre a jusqu’ici exigé, la période cosmogonique écartée. Ce temps, qu’on dit volontiers infini, est limité, accessible à nos mesures, et le monde n’est pas aussi vieux que l’on serait porté à le croire. Quelques centaines de millions d’années pourraient même au besoin remplir toute la période cosmogonique.
Les formations géologiques étant comme le calendrier des âges, et les terrains, les bornes milliaires jetées sur la route éternelle du temps, c’est par la puissance totale des formations, c’est
L’A V KM 11 DK LA P LA N K T K. Il,.l
par l’épaisseur réunie des assises qui composent les divers terrains, que l’on peut déterminer l’âge actuel de la planète. Les minutes de ce chronomètre sont des siècles. Un savant américain, M. Dana, a calculé que la période quaternaire étant prise pour terme de comparaison , les phénomènes de la période tertiaire avaient demandé environ deux fois plus de temps , ceux de la période secondaire quatre fois plus, et qu’ enfin à ceux de la période primaire correspondait une durée quatorze fois plus grande.
Or, le temps que l’on, peut accorder à la période quaternaire, soit que l’on prenne pour base les érosions des fleuves sur leurs berges, l’épaisseur des dépôts diluviens, la marche des anciens glaciers, les oscillations du sol, est environ de deux cent mille ans. En partant de ce chiffre, et en tenant compte des rapports précédemment établis, on arrive à un total de quatre millions d’années ou quarante mille siècles, pour la durée des formations qui auraient précédé l’âge contemporain. T)e ces quarante mille siècles, quatre mille appartiendraient à la période tertiaire.
HISTOIRE DK LA T K R R K.
huit mille à la période secondaire et vingthuit mille à la période primaire.
11 ressort de ce calcul que le temps qu’a exigé la formation des sédiments terrestres est bien moins considérable qu’on n’aurait pensé à première vue. On peut discuter du reste les chiffres
que nous avons posés, et admettre cent mille siècles au lieu de quarante mille , pour toute la durée des phénomènes géologiques. Là n’est pas la question. Ce n’est pas l’homme qui a réglé le chronomètre des âges terrestres; il ne le voit même pas marcher, et serait tenté d’en croire les aiguilles immobiles. Mais ce que l’on ne peut nier, ce sont les durées relatives de chaque période, et sous ce rapport le calcul conduit à des conséquences du plus haut intérêt. On voit d’abord que la durée des formations géologiques est allée en diminuant d’une manière continue, depuis les temps primitifs jusqu’à l’âge contemporain. On peut dire par conséquent que tout le développement, toute la croissance de la planète, ont eu lieu, et que celle-ci, après avoir traversé les périodes de la jeunesse et de l’âge mûr, est réellement arrivée à la vieillesse,