‹ Historie de Marie AntoinetteChapitre 10 sur 30 · LIVRE .PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE .PREMIER

rUniversité. Après avoir dîné en public, la Dauphine allait visiter aux Cordeliers les tombeaux da sa famille (i). La Dauphine repartait, couchait à

(l) Je n’ntilise pas, à mon grand regret, pour rautolnographie de Marie-Antoinette, les lettres des recueils d’IIunolstein et P'euillet de Couches. S’il n’y avait, contre ces lettres, que la langue, les tournures de phrase, enfin, selon l’expression de M. GeiTroy, le ton littéraire et moral, je n’aurais pas la défiance absolue des éditeurs allemands et du critique français pour ces documents ; car. pour moi, la princesse qui a écrit au comte Rosemherg, dans cct autographe indiscutable : « Vom conviendrez que f aurais assez mauvaise grâce auprès d*une forge, je n'y serais pas Vulcain et le rôle de Vénus pourraii lui (le roi) déplaire beaucoup plus que mes goûts qu'il ne dé* sapprcuve pas ; i) cette princesse aurait bien pu écrire certaines lettres des recueils d’IIunolstein et Feuillet de Couches. Malheureusement il est des arguments plus puissants auxquels, je dois l’avouer, M. Feuillet de Couches n’a pas répondu. Est-ce répondre quand on affirme qu’il n’a jamais existé aux Archives impériales de Vienne — fait ou défait — un cahier de copies de lettres de l’archiduchesse Dauphine.1 Est-ce répondre catégoriquement que de dire : « A coup sûr une semblable objection ne saurait émaner des Archives elles-mêmes! » Comment ne pas apporter une attestation officielle des Archives, déclarant si ce cahier existe ou a existé : oui ou non ! Est-ce réponilre quand on affirme à propos d’une lettre qui fait assister Louis XVI le U janvier i775 à la représentation d'Iphigénie en Autide et qu’il est établi que le roi ne venait pas aux spectacles de Paris; est-ce répondre catégoriquement que de dire : € Un curieux de Londres possède une lettre de Gluck constatant la présence du roi, qui en raison du deuil trop récemment déposé avait voulu garder l'incognito complet I » Comment M. Feuillet de Couches, qui a couru toute l’Europe à la re* cherche d’autographes, n’a-t-il pas fait le voyage de Londres, pour rapporter, à la confusion de ses adversaires, le texte triomphant de l’autographe 1 Est-ce une réponse acceptable, à propos de cette lettre, où Marie- Antoinette dit : « Je ne vous ai jamais parlé de Dubarry, » que la version qui fait de cette phrase à la seconde lecture : « Je ne vous ai jamais rer>arlé de M»*** Dubarry » et la transforme définitivement à la troisième lecture, avec l’aide d’un conseil d’experts et de con-

Bar, recevait à Lunéville les honneurs militaires riu corps de la gendarmerie, du marquis de Castries et du marquis d'Aulichamp. A Commercy,, une petite fille de dix ans présentait à la Dauphine des fleurs et un compliment.

Le 1!,, la Dauphine descendait à Ghâlons, à Thotel de l’Intendance. Six jeunes ülles, dotées par la ville à l’occasion du mariage du Dauphin de France, lui récitaient des vers. Les acteurs des trois grands spectacles, venus de Paris, jouaient devant la Dauphine la Portk de chasse de Henri / K et la comédie de Lucile. Le souper de la Dauphine était précédé d’un feu d’artifice et <\ù\\ d’une illumination figurant le temple de l’Hymen..

Le 12, laDauph^ie continuait sa route par Iteims. A Soissons, la bourgeoisie et la compagnie de l’Ar-

naisseurs armés de loupes, en la phrase concordante avec les lettres du recueil ü’Ariieth : « Je ne vous ai jamais a<ssez reparlé de Duhai ry ! »

Par quel miracle enfin les originaux de M. d’Hunolstein de 1770, de 1771, de 1772, sont-ils écrits de la petite écriture conforme à l’écriture des autographes connus de la reine et non à la première grosse et informe écriture de la Daupliine, à l’écriture des lettres qu’elle écrivait alors à Marie-Tliérèse. ..? Puis pourquoi ce secret et ce silence suspect sur la provenance des autographes, et de qui vraiment M. d’Hunolstein les tient-il?

Ce sont ces arguments et bien d’autres encore, qu’il serait trop tong d’émimerer ici, qui, selon moi, imposent le devoir à tout écrivain amoureux de la vérité historique, de ne pas se servir de ces documents, devant être considérés comme apocryphes, jusqu’à ce qu’une commission — je ne la veux pas de littérateurs et de savants — une commission de paléographes et de marchands d’autographes ait prononcé en dernier ressort sur l’authenticité des lettres des recueils d’Hunolsteia et de Feuillet de Couches.

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LlVtlE PREMIER.

quebuse l’attendaient aux portes. Les trois rues conduisant à l’évôché étaient décorées d’arbres fruitiers de vingt-cinq pieds de hauteur, entrelacés de lierre, de Heurs, de gazes d’or et d’argent, de guirlandes de lanternes. Reçue par l’évêque au bas du perron du palais épiscopal, la Dauphine se rendait à ses appartements par une galerie magnifiquement éclairée. Après le souper, tandis que deux tables de six cents couverts, servies avec profusion, régalaient le peuple, la Dauphine, conduite dans un salon construit exprès pour elle, voyait, dans le rayonnement d’un feu d’artifice, le temple élevé par l’évêque au fond de son jardin sur une montagne d’où jaillissait une source. Un groupe le couronnait: c'était la Renommée annonçant la Dauphine à la Fi ance, et un Génie portant son portrait. Le lendemain, la Dauphine communiait dans la chapelle de l’évêque, recevait les présents de la ville, (lu chapitre et des corps, assistait dans l’après-dînée à un Te Dèum en musique. Sortie de la cathédrale, elle se montrait au peuple, qui l’applaudissait. Le lendemain 14, à deux heures après-midi, elle partait pour Gompiègne (1).

La route avait été, pour la Dauphine, un long et fatigant honneur; mais elle avait été aussi une continuelle et douce ovation. « Qu’elle est jolie, notre Dauphine I )) disaient les villages accourus sur son passage, les campagnes endimanchées rangées sur les chemins, les vieux curés, les jeunes femmes.

0) Mercure de France — Gazette de France^ mai 1770.

Vive la Dauptine I » ce n’était qu’un tr\ courant de champs en champs, de clochers en clochers. N’oubliant jamais de plaire ni de remercier, les stores de sa voiture baissés pour se laisser voir, honteuse et ravie de toutes ces louanges qui la suivaient, la Dauphine avait un sourire pour chacun, une réponse à toute chose; et même, à quelques lieues de Soissons, elle retrouvait quelques mots du peu de latin qu’elle avait appris pour répondre au comnliment cicéronien de jeunes écoliers (1).

Le Roi avait envoyé le marquis de Chauvelin complimenter la Dauphine à Châlons, le du^d’Aumont, premier gentilhomme, la complimenter à Soissons. Le dimanche 13 mai, il partait de Versailles, après la messe, avec le Dauphin, madame Adélaïde, mesdames Victoire et Sophie ; il couchait à la Muette, et le lendemain il allait attendre la Dauphine à Compiègne.

Reçue à quelques lieues de Compiègne par Tami de Marie-Thérèse, le duc de Choiseul, Marie-Antoinette rencontre dans la forêt, au pont de Berne, le Roi, le Dauphin, Mesdames et la cour en grand cortège. La maison du Roi et le vol du cabinet précèdent le carrosse du Roi dans leurs rangs ordinaires. La Dauphine descend de carrosse. Le comte de Saulx-Tavannes et le comte de Tessé la mènent au Roi par la main. Toutes ses dames l’accompagnent.

t'I} Mémoires de Weber ^ vol. l.

UVRIL PREMIER.

Arrivée au Roi. la Dauphine se jette à ses pieds: Louis XV, rayant relevée et embrassée avec une bonté paternelle et royale, lui présente le Dauphin, qui hembrasse.

Arrivés au château, le Roi et le Dauphin donnent la main à la Dauphine jusque dans son appartement. T.e Roi lui présente le duc d’Orléans, le duc et la duchesse de Chartres, le prince de Gondé, le duc et la duchesse de Bourbon, l.e prince de Conti, le comte et la comtesse de la Marche, le duc de Penthièvreet la princesse de Lamballe.

Le mardi 15 mai, la Dauphine quitte Gompiègne, s’arrête â Saint-Denis, aux Carmélites, pour rendre visite à madame Louise, et arrive à sept heures du soir au château de la Muette, où l’attend la magnifique parure de diamants que lui offre le Roi (1). Au souper, madame du Barry obtient du lâche amour de Louis XY de s’asseoir à la table de Marie- Antoinette. Mare-Antoinette sait ne pas manquer au Roi; ei. après le souper, comme des indiscrets lui demandent comment elle a trouvé madame du Barry : « Charmante, )> fait elle simplement (2).

Le mercredi 16 mai , vers neuf heures, Marie- Antoinette, coiffée et habillée en très-grand négligé, part pour Versailles, où doit se faire sa toilette (3). Le Roi et le Dauphin avaient quitté la Muette après le souper^ à deux heures du matin,

()) Mercure de France, mai 1770.

Mémoires de Weber.

Journal des événements tels qu'ils parviennent à ma co?h naissance, par Hardy. Bib. nat. manuscrits S. F. 2886.

17oo — 1774.

afin de recevoir la Dauphine. Le Roi passe chez elle aussitôt son arrivée, Tentretient longtemps, et lui présente Madame Élisabeth, îe comte de Clermont et la princesse de Conti. A une heure la Dauphine se rendait à l’appartement du Roi. De là le cortège allait à la chapelle.

Au pourtour du sanctuaire et dans les tribunes avaient été placés des gradins à six rangs, afin de procurer au public la facilité de voir la cérémonie. Dans la tribune du Roi était un amphithéâtre destiné aux grands dignitaires de Versailles; un autre amphithéâtre avait été monté dans le salon de la chapelle en face de la tribune du Roi, amphithéâtre fermé par-devant et d’où l’on voyait passer la cour.

Précédés du grand maître, du maître et de Laide des cérémonies, suivis du Roi, le Dauphin et la Dauphine s’avancent au bas de l'autei. L'archevêque de Reims bénit d’abord treize pièces d’or et un anneau d’or; il les présente au Dauphin, qui met l’anneau au quatrième doigt de la main gauche de la Dauphine, et lui donne les treize pièces d’or. A la fin du Pater, le poêle de brocart d’argent est tenu, du côté du Dauphin, par l’évêque de Senlis, du côté de la Dauphine, par l’évêque de Chartres (d).

Jamais bénédiction nuptiale à Versailles n’avait attiré pareille affluence. A Paris, le bureau des voitures de la cour était assiégé. Les carrosses de re- , mise se payaient jusqu’à trois louis pour la journée,

(1) Gazette de France — Mercure de France, mai 1770.

LIVUE PHEMIEH.

les chevaux de louage deux louis. Les rues sem blaient désertes (1).

Enfin Marie-Antoinette était Dauphine de France. Elle recevait le serment des grands officiers de sa maison, et M. d’Aumont lui remettait la clef d*un coffre rempli de bijoux, apporté par ordre du Roi (2). Madame de Noailles lui présentait les ambassadeurs et les ministres des cours étrangères.

(1) Journal manuscrit de Hardy, vol. I.

(.2) Je possède un curieux manuscrit intitulé : sommaire de» DÉPENSES de V argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre du Roi ordonnées par MM. les premiers gentilshommes de la chambre de Sa Majesté. Dans ce manuscrit tout un chapitre est consacré au mariage de Marie- Antoinette.

a Les dépenses lors des mariages soit du roi, soit des enfants de France, soit des princes de la famille royale, regardent les Menus.

Ces dépenses consistent dans les voitures qui sont envoyées au-devant de la princesse, accompagnées des valets de chambre tapissiers qui poitent les ameublements et lits qui doivent servir dans le voyage. Celte dépense en 1770 lors du roi alors Dauphin à 3.642 fr. 7S

Pour le jour de la cérémonie.

13 médailles d'or de 18 lignes de diamètre à

9* 6** chacune 197 fr..

2 anneaux d’or 124

2 cierges et 2 poignées de velours blanc brodés. 28

1 poêle de drap d’argent 1.099

1 coffre à bijoux des plus magnifiques 22.786

Ledit coffre était garni d’une magnifique tabatière garnie en diamants, d’une montre pareille et sa chaîne pour M“* la Dauphine, du prix de 20.746

Nota. Le roi avait fourni en outre un superbe éventail garni en diamants et un étui de pièces avec sa chaîne gui ve^ naient de feue M'^* la Dauphine^.

Le soir il y avait une table de vingt- deux couverts pour la famille Royale, les princes et les princesses du sang. Le souper était servi dans la salle de spectacle, dont le plancher avait été relevé à la hauteur du théâtre. Une balustrade en marbre, avec ornements d’or, entourait la table à distance et séparait des spectateurs les officiers qui servaient. Un salon de musique, où jouaient soixante musi-^

Plus 52 tabatières pour les présents distribués par M“* la

Dauphine montant ensemble à 71.934

51 montres, idem 53 550

9 flacons d’or 2.550

11 étuis dor 2.200

13 porte-crayons d’or garnis en diamants....... 2.256

1 paire de boutons de diamants 2.908

1 écritoire d’or 200

1 étui et tire-bouchons d’or 296

1 autre étui d’or 200

Divers autres petits bijoux et fournitures 3.236

Total des bijoux de la corbeille non compris les bijoux fournis par le roi 160.076

Tous ces présents ont été distribués aux personnes désignées dans le protocole qui a été dressé pour les dépenses des Menus. »

11 était en outre frappé 571 médailles e« or de quatre grandeurs différentes montant à 65.046. i5®7*

Et 1,226 médailles d’arg^ent montant à 8.5797»9‘*

« Il est accordé dans ces occasions aux officiers des cérémonies, aux intendants des Menus, aux huissiers de la chambre portant des masses, une somme pour droit d’habit, ainsi que des épées aux Gardes de la manche montant à 8.832 fr.

Il a été accordé au mariage de monseigneur le Dauphin une gratification de 400 fr. à chacun des huissiers de la chambre, une somme de trois cents livres à chacun des huissiers de^ l’anlichambre et valets de chambre du roi, et 200 fr. de plus à ceux qui ont été du voyage de Strasbourg.

Toutes les dépenses ci-dessus dites formant le premier état

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