LIVRE PREMIER
la Dauphine, et madame du Barry n’avait plus de craintes le jour où il échappait au Roi, dans une parole amère comme un remords : « Je sais bien que Madame la Dauphine ne m’aime pas I »
Les filles de Louis XV, les tantes du Dauphin, que leur âge, leur position à la cour, leur affection pour le Dauphin appelaient à être les tutrices de l’inexpérience et de la jeunesse de la Dauphine, qui étaient-elles, et qu’allaient-elles être pour Marie- Antoinette? Mesdames étaient de vieilles filles, au fond desquelles était resté quelque chose de leur éducation de couvent et de l’inepte direction de cette madame d’Andlau, sur laquelle la lettre du Dauphin renseigne si tristement. Elles n’avaient rien en elles de l’indulgence des grand’mères, mais toutes les sévérités de l’âge et toutes les aigreurs du célibat. Mesdames vivaient dans les froideurs de l’étiquette, dans le culte de leur rang, dans fennui et la roideur d’une petite cour calquée sur celle de la feue Dauphine, la princesse de Saxe,
lel 1770, lettre dans laquelle l'a Dauphine s’exprime en ces
termes sur le compte de la favorite : « Le Roi a mille
bontés pour moi et je Vaime tendrement mais s’est à faire pitié la foiblesse qu'il a pour du Rarrxj qui est la plus sotte et impert 'inant créature qui soit imaginable, elle a joué tous les soirs avec nous à Marly elle s’est trouvé deux fois à côtés de moi mais elle ne m’a point parlé et je n’ai pxoint tachée juste^ ment de lié conversation avec elle mais quand il le faloit je lui ai pourtant parlé » La lettre est curieuse comme ortho-
graphe et comme témoignage de la bien incomplète connaissance de la tangue française que possédait la Dauphine à son arrivée en France. {Maria-Theresia und Marie- Antomette, von Arneth, 1866. J
5eur belle-sœur, qui de sa cour sévère avait fait comme un reproche à Louis XV. Dans cet intérieur dévotieux et sans sourire, il n’y avait d’humain que les benoîtes recherches de la vie des nonnes, les aises de la vie, les petites chatteries du boire et du manger, les tours de force d’un artiste en maigre, un cuisinier cité dans tout Paris pour faire de la viande avec du poisson. Les quatre princesses vivaient à l’ombre dans le palais, ne voyant le Roi que par éclairs, au débotté, enfermées et enfoncées dans les principes et les rancunes de leur frère, les professant ou plutôt les confessant avec la rigueur d’esprits étroits et l’entêtement d’imaginations sans distractions.
Les quatre princesses n’avaient qu’une volonté, la volonté de Madame Adélaïde, qui commandait à ses sœurs par la tournure mâle et le ton impérieux de son caractère. Madame Louise retirée aux Carmélites, Madame Adélaïde entrait en une possession plus entière encore de la bonne mais faible nature de Madame Victoire, de la faible et sauvage nature de Madame Sophie.
Du premier jour, les rapports futurs de Madame Adélaïde avec Marie-Antoinette ne se laissent que trop deviner. M. Gampan, venant chercher ses ordres au moment de partir pour aller recevoir la Dauphine à la frontière. Madame Adélaïde répond à M. Campan « qu’elle n’a point d’ordre à donner pour envoyer chercher une princesse autrichienne (1). »
(1) Mémoires de Campa?i. vol. 1.