‹ Historie de Marie AntoinetteChapitre 16 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Que pouvait Marie-Antoinette contre de telles préventions? Que pouvaient sa gaieté, sa sensibilité, tous ses dons auprès de cette âme dure, sèche et hautaine? Quel lien d’ailleurs entre la femme du Dauphin et sa tante? L’esprit naturel et peu nourri de la Dauphine se heurtait à cette encyclopédie de connaissances acquises, avec une volonté de fer, par Madame Adélaïde au sortir du couvent. Libertés, vivacités, bonheurs indiscrets de la parole, jolies audaces, gracieuses ignorances, choquaient à toute heure cette science glacée, cette religion pédante, cette expérience gourmée et grondeuse. Et que si Ton voulait montrer l’opposition de ces deux princesses jusque dans le détail et le menu de leurs goûts, les Mémoires contemporains nous apprendraient que la table même ne les rapprochait point : la Dauphine satisfaisait son appétit d’un rien, et sa r<uf d’un verre d’eau (1).

idndame Victoire, douce et excellente personne si elle eût eu le courage de s’abandonner à ses instincts, peinée du triste accueil que sa sœur faisait à tant de grâces, s’essaya un moment à se faire la consolation et le conseil de la jeune épousée. Elle rappela et l’autorisa près d’elle. Elle tenta, par l’attrait de quelques fêtes données chez madame Durfort, de s’approcher de la confiance de la Dauphine et de l’attacher à sa compagnie ; mais madame de Noailies d’un côté. Madame Adélaïde de ne tardèrent pas à avoir raison de ce«^ positions de Madame Victoire.

(1) Mémoires de ilf“« Camparif vol. I.

La séduction de Louis XV par la naïveté de la Dauphine, par la bonne humeur de ses vertus, accrut le mauvais vouloir de Madame Adélaïde. Avant la faveur de madame du Barry, Madame Adélaïde avait un moment gouverné Versailles. Sa causerie soutenue de lectures, son esprit radouci et plié à l’amabilité, avaient plu à Louis XV. Faisant la cour aux goûts du Roi, Madame Adélaïde montait à cheval avec lui, et, au retour, elle faisait les honneurs de soupers de bonne compagnie, où Louis XV ne s’ennuyait point trop. Madame Adélaïde ne pardonna pas h la faveur de la Dauphine de faire renoncer ses espérances à ce rêve d’ambition, qu’elle se flattait de renouer^ madame du Barry tombant en disgrâce.

Cependant, il faut le reconnaître, la correspondance de Mercy-Argenteau nous apprend que les différences des manières de voir et les antipathies de caractères entre Mesdames de France et la Dauphine n’amenèrent pas de suite l’éloignement et la froideur. A son arrivée en France la Dauphine, surtout avant le mariage du comte de Provence, se trouvant sans un cercle de femmes, s’abandonna à ses tantes, se confia sans réserve, embrassa un peu étourdiment les haines de ce monde, répéta les propos indiscrets, et parfois un peu gais, des quatre sœurs contre la favorite, s’aliénant ainsi raffection du Roi. Ce ne fut guère qu’en 1773 que Marie-Antoinette, éclairée et mise en garde contre les imprudences que Mesdames tantes lui faisaient' commettre, se déroba à leur tyrannie, à leur petit

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