LIVRE PREMIER
iespotisme : révolte dont les vieilles filles se jèrent en cherchant à créer une grande situation \ la comtesse de Provence. «
Marie-Antoinette avait-elle mieux à attendre des autres femmes de la famille? Madame Élisabeth n’était encore qu’une enfant. Madame Clotilde était entraînée vers une amie de son âge. Llle était poussée vers la Dauphine par cette loi des conlrail es, qui est souvent la loi des sympathies : calme, lente, paresseuse, elle se rapprochait instinctivement de cette gaieté vive dont elle aimait le coup de fouet et l’aiguillon. Malheureusement, madame de Marsan était là qui la retenait (1).
Le triomphe de Marie-Antoinette avait été complet et de premier coup sur le plus jeune de ses beaux frères, le comte d’Artois. Plus jeune encore que la Dauphine, sortant de l’enfance, le comte d’Artois annonçait déjà le vrai modèle d’un prince français. Déjà il réalisait les traits d’un héros de chevalerie, et c’est demain que le monde le surnommera Galaor. Il avait les grâces de sa bellesœur, ses goûts, ses aspirations. Il commençait la vie, il courait comme elle au plaisir, et, dès l’arrivée de la femme de son frère, quel ménage d’amusements, d’illusions, de confidences et de badinages font ces deux enfants qui semblent les princes de la jeunesse (2)! Et quelles fêtes plus tard! et quels deux grands enfants 1 Comme la Reine re-
(1) M'^moires de Campan^ vol. I.
(2) Mémoires autographes dr ¥• le prince de Montbarey, Paris, 1826, vol. IL
trouvera son imaginalion et son rire de Dauphine pour dessiner, de moitié avec le prince de Ligne, le scénario des réjouissances qui célèbrent la convalescence du comte d’Artois! Voyez l’amusement, l’enfance et la folie de ces jeux : le convalescent tenu de force sur un trône par le duc de Polignac et Esterhazy masqués en Amours, et lui montrant son portrait fait à la diable avec cette devise : « Vive Monseigneur le comte d’Artois ! » le duc de Guiche en Génie et maintenant la tête du prince; le duc de Coigny chantant : « V’ià le plaisir ! Y’ià le plaisir 1 » suivi du prince de Ligne qui en porte le costume, avec deux grandes ailes semblables, à celles des chérubins de paroisse. Tous chantent des couplets avec mille témoignages grotesques de respect et d’amour, mais des couplets si fades, mais des couplets si bêtes, que le pauvre prince se démène comme un possédé sur le trône où il est garrotté, tandis qu’entourée des bergères Polignac, Guiche et Polastron, et du chevalier de l’Isle en berger avec un mouton, Marie-Antoinette, la reine, déguisée en bergère, encourage les chanteurs, Lovation et le supplice (1) !
Le comte de Provence, moins jeune que le comte d’Artois^ moins jeune surtout de cœur et d’esprit, d’un sang plus froid, d’un caractère moins ouvert, de goûts moins vifs le comte de Provence luimême s’abandonna au charme de sa belle sœur iusqu’à devenir son courtisan et son poète. Le
(1) Fragments inédits des mémoh'es du prince de Ligne, La ^vue nouvelle. 1846.