LIVRE PREMIER
capacités, toutes les lumières, lo ties les intelligences du clergé avaient été gagnées à ce septicisme, à ces afliches de dédain et de mépris pour le grand et le resi)ectè, à cette irrévérence et à cette ironie qui estle cœur du dix-huitièmesiècle, deDubois àFigaro. Au-dessus du malheur des mœurs particulières, il s’était tait comme une température morale de la nation plus malheureuse encore, une atmosphère de persillagè, de paradoxe, de légèreté, dont l’ordre du clergé n’avait pas été le dernier à subir l’influence. Railler la raison était devenu la raison de la France, railler TÉtat était devenu le signe des hommes d'Éta^, railler la règle devint le ton des hommes d’Église. Poussé par ses habitudes de salon au premier feu et à la place d'honneur de la causerie, brillant et écouté, abandonnant la chaire et l éloquence pour les prédications du coin du feu, le jeune clergé, les coudes arrondis sur les bras d’un fauteuil de bois doré, enseignait aux femmes, penchées vers le sermon, à ne point s’incliner devant les grands mots, à ne prendre au sérieux que le moins possible de choses, à faire un débarras des préjugés, à se venger de la vie en riant, à tout punir par le ridicule, à tout supp )rter par l’esprit. L'esprit ! voilà ce que le jeune clergé entretenait et ravissait, chez les femmes, avec l'onction d’hommes d’Église et le sel d’hommes d’esprit. C’était à Tesprit des femmes que le clergé frappait, les engageant à se dérober à leurs charge> et à fuir leurs ennuis, diminuant en un mot la théorie du devoir. Ce n etait point la séduction mignarde des abbés de Pou-
ponville, mais une séduction plus dangereuse, la séduction du plus mortel de l’esprit français, mais si bien manié sentait sous le coupla
plaie et la ruine.
Parmi ces maîtres de la femme, et de la société par la femme, dans ce grand parti du clei gé qui s’appelait lui-même le clergé à grandes mœurs (1), le parti des abbés de Balivière, des abbés d’Espagnac, des abbés Delille, de tous ces instituteurs de médisance et d’irrespect qui commençaient entre deux portes de salon l’œuvre des États généraux, Tahbé de Yermond avait le premier rang. Il était un parfait persifleur, avec un sourire qui ne croyait à rien, les lèvres minces, l’œil perçant (^) et comme mordant; un des plus méchants, un des plus aimables parmi ces abbés badins, à l’écorce philosophe, qui, logés dans la monarchie, faisaient tout autour un feu de joie des religions de la monarchie, sans songer à l’iilcendie (3).
Un tel précepteur eût fait bien du ravage dans une jeune fille moins bien douée que la jeune archiduchesse. Il pouvait glacer ses illusions, instruire son cœur, le mûrir et le flétrir. Mais si le cœur de Marie-Antoinette lui échappa, M. de Yermond toucha à son esprit. Il développa en elle ce germe
n) Mémoires; secrets de la R&j. publique des lettres^ vol. XXI.
i'{) Mémoires de Weber, vol. I.
( 1) Le porirait est-il un peu poussé au noir? Mercy-Ar^en- /e'.n s’exprime favorablement sur le compte de l’abbi^ Mais il
faut pas oublier que l’alibé de Vermond est fliomme de Mnrie-Tliérèse et de son ministre. Disons qu’il fut un des prenners familiers de la Reine qui émigrât.