‹ Historie de Marie AntoinetteChapitre 21 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

railieiir qui dormait au fond de l’enfant. 11 encou* ragea l’archiduchesse, par l’exemple* et l’applaudissement, à ces définitions, à ces épithètes, à ces petites guerres de la parole, à ce rire où elle mettait si peu d’amertume, mais qui, en France, et dins une cour où les sots ont des oreilles, devait lui faire tant d’ennemis. Ajoutez à cela l’horreur de l’ennui, ie mépris de l’étiquette, la négligence de son rôle de princesse, vous aurez tout le mal fait chez Marie- Antoinette par une éducation qui la voulait plus près de son sexe que de son rang.

Que la jeune femme souffrit, tombée soudainement de la direction de M. de Vermond, ce railleur impitoyable des puérilités de la grandeur, sous la férule de madame de Noailles, la personne de France la plus entêtée du cérémonial français ! Vainement la jeune princesse essaya de se renouveler, elle ne put y parvenir. Mais aussi madame de Noailh les la soutint peu dans cette lutte contre les enseignements et le pli de toute sa jeunesse. Madame de Noailles était une femme pénétrée du respect d’elle-même, un personnage important qui ne descendait jamais à se dérider, ni à avertir sans gronder. Elle semblait véritablement une de ces mauvaises fées des contes de Fées, hargneuse et chagrine, et toujours tourmentant une pauvre princesse. Aussi, du premier mot, la Dauphine la baptisa-t-elle madame V Étiquette (1); et plus tard, un

(I) Portefeuille d’un talon rouge contenant des anecdotes gahmtes et secrètes de la cour de France, A Paris, de Vimpri^ merie du comte de ParadèSm

jour de son règne où, étant montée à âne, elle s’était laissée tomber: n Allez chercher madame de « Noailles^ — fît en riant Marie-Antoinette, — elle n nous dira ce qu'ordonne V étiquette quand une n reine de France ne sait pas se tenir sur dex « ânes (1). ))

Le mauvais vouloir d’une autre femme contre la Dauphine servit les mécontentements de madame de Noailles. Madame de Marsan, à laquelle l’estime de la cour donnait une grande considération, était la personnification sévère et empesée des vertus du temps de Henri IV. N’ayant pu garder la fraise et le vertugadin, elle conservait le port et la roideur d’un portrait de Clouet. Il restait encore en elle un peu du sang et de l’humeur de cette Marsan fameuse qui, au temps des dragonnades, s’était fait distinguer par le zèle de la persécution. Et quels tourments de toutes les heures de Marie-Antoinette, les sermons éternels de l’amie et de l’alliée de madame de Noailles! Aux yeux de madame de Marsan, celte démarche légère et balancée de la Dauphine, c’était une démarche de courtisane ; cette mode des linons aériens, elle l’appelait un costume de thrâlre cherchant à produire un irritant effet. La Dauphine levait-elle les yeux, madame de Marsan y voyait le regard exercé d’une coquette ; portait-elle les cheveux un peu libres et flottants, les cheveux d’une bacchante l murmurait-elle; la Dauphine parlaitelle avec sa vivacité naturelle, c’était une rage de

(1) Mémoires historiques par Soulavie, voL VI.

Page 1