‹ Historie de Marie AntoinetteChapitre 25 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

coin promettre jusqu’au coudoiement, pour surprendre et goûter la popularité dans le plus vif et le plus vrai de sa familiarité. Ce sont alors, avec la famille royale qu’elle entraîne, des promenades à pied dans le parc de Saint-Cloud. La Dauphine se môle h la foule ; elle parcourt les bas jardins, elle regarde les eaux, elle s’arrête à la cascade, perdue et se cachant parmi tous, dénoncée à tous par son enjouement et son plaisir. Avec son mari et les enfants de la famille, elle va tout le long de la fête, et de la foire des boutiques, riant où l’on rit, jouant où l’on joue, achetant où l’on vend ; bientôt reconnue, montrée, saluée de la foule, accablée de suppliques. L’écuyer qui îa suit se fatigue de les recevoir, et refuse le placet d'une vieille femme. La Dauphine le gronde tout haut, et la foule d’applaudir! La Dauphine, suivant les Parisiens et la foule, entre dans la salle de bal du portier Griel, elle se régale de regarder danser, et elle veut que les danseurs oublient qu’elle est là, et que la joie continue (1). Quelle nouveauté, « quelle révolution, » c’est le mot d’un spectateur du temps, ces princes mêlés au peuple, et s’amusant de ses jeux, côte à côte avec lui ! Et quelles louanges dans toutes les bouches, quels amours par tout le royaume de cette Dauphine chérie qui faisait le miracle de rattacher ainsi Versailles à la France! 1

La France et l’avenir souriaient à la reine future

(1) Notice d'événements^ par Hardy, 8 et 6 septembre 1773.

i7oo — 1774.

et, cependant, contre sa popularité, dans l’cnibre, ' ù. iis bruit, mais sans repos, se poursuivait l’œuvre d e haine et de destruction commencée le jour même la Dauphine avait quitté Vienne. Au-dessus de ses ennemis, Marie-Antoinette avait contre elle cetto chose abstraite, aveugle, impitoyable, un principe : la politique de l’ancienne France. Cette politique, dont le père du duc de Berry avait été l’apôtre, était la viëülle religion de la diplomatie française; elle était le prétexte et l’arme de la haine de M. D’Aiguillon contre M. de Choiseul, disgracié par M. d’Aiguillon et madame du Barry presque aussitôt l’installation de la jeune princesse à la cour de France.

Les hommes du parti français, c’est ainsi que ce parti s’appelait, ne voulaient point reconnaître que les lois d’équilibre de l’Europe obéissent au temps et se renouvellent. Ils n’étaient pas satisfaits de ce long effort de la France qui avait successivement rogné de l’empire de Gharles-Quint le Roussillon, la Bourgogne, l’Alsace, la Franche-Comté, l’Artois, le Hainaut, le Cambrésis, et l’Espagne, et Naples, et la Sicile, et la Lorraine, et le Barrois. Ils oubliaient le présent de l’Angleterre pour ne se rappeler que le passé de l’Autriche. Qu’était, aux yeux de ce parti, le mariage de Marie-Antoinette, sinon une défaite? qu’était Marie-Antoinette, sinon le gage et la garde des traités de la nouvelle politique inaugurée sous le règne de madame dé Pompadour? Le chef de ce parti, le petit-neveu du car dinal de Richelieu, l’ennemi personnel du duc de

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