‹ Historie de Marie AntoinetteChapitre 8 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

confidente^ de Marivaux, et un ballet nouveau de Noverre, les Bcrt^ers de Tempe,

Le 17, l’archiduchesse, qui allait devenir Dauphine, faisait, suivant Tusage observé en pareille circonstance par la maison d'Autriche, sa renonciation solennelle à la succession héréditaire, tant paternelle que maternelle, dans la salle du conseil, devant tous les ministres et les conseillers d’État de la cour impériale et royale. La renonciation lue par le prince de Kaunitz, l’archiduchesse la signait et la jurait sur un autel, devant l’Évangile, présenté par le comte Herberstein (1).

Alors commençaient les fêtes du Belvédère, qui duraient jusqu’au 26, jour du départ de l’archiduchesse.

L’archiduchesse arrivait le 7 mai à la frontière de France, emportant de Vienne cette instruction écrite par Marie-Thérèse, pour ses enfants, ôù il semble que l’avenir avertisse et menace déjà la jeune Dauphine en ces lignes : (c... Je vous recommande, mes chers enfants, de prendre sur vous deux jcyurs tous les ans pour vous préparer à la mort comme si vous étiez sûrs que ce sont là ?" deux derniers jours de votre vie... »

(1) Gazette de France, 1770, n* 30.

Le pavillon de remise dans une île du Rhin. — Portrait de U Dauphine. — Fêtes à Strasbourg, à Nancy, à Châlons, à Soissons. — Arrivée à Compïègne. — Réception de la Dauphine par le Roi, le Danpiiin et la cour. — La Dauphine à la Muette. — Cérémonies de mariage à Versailles. — Accident de 1» ulace Louis XV.

11 avait été construit, dans une île du Rhin, au-^ près de Strasbourg, un pavillon meublé par le gardemeuble du Roi et décoré de tapisseries représentant, funeste présage I le tragique hymen de Jason et de Médée. Ce pavillon devait être la maison de remise (1). La Dauphine mettait pied à terre dans la partie du pavillon réservée à la cour autrichienne. Là elle était déshabillée selon Tétiquette, dépouillée de sa chemise même et de ses bas, pour que rien ne lui restât d’un pays qui n’était plus le sien (2)

(1) Mercure de France, mal 1770.

(2) Mémoires de if®* Campan, vol. I.

LIVUE PREMIER.

R’habillée, elle se rendait dans la salle destinée à la cérémonie de la remise. Elle y était attendue par le comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire du Roi pour la réception de la Dauphine, par le secrétaire du cabinet du Roi, et par Je premier commis des affaires étrangères. La lecture des pleins pouvoirs faite, les actes de remise et de réception de la Dauphin® signés par les commissaires, le côté où se tenait la cour française de la Dauphine est ouvert. Marie-Antoinette se présente à sa nouvelle patrie; elle va au devant de la France, émue, tremblante, les yeux humides et brillants de larmes. Elle paraît : elle triomphe.

La Dauphine est jolie, presque belle déjà. La majesté commence en ce corps de quinze ans. Sa taille, grande, libre, aisée, maigre encore et de son âge, promet un port de reine. Ses cheveux d’enfant, admirablement plantés, sont de ce blond rare et charmant plus tendre que le châtain cendré. Le tour de son visage est un ovale allongé. Son front est noble et droit. Sous des sourcils singulièrement fournis, les yeux de la Dauphine, d’un bleu sans fadeur, parlent, vivent, sourient. Son nez est aquilin et fin, sa bouche, petite, mignonne et bien arquée. Sa lèvre inférieure s’épanouit à Tautrichienne. Son teint éblouit : il efface ses traits par la plus délicate blancheur, par la vie et l’éclat de couleurs naturelles. dont le rouge eût pu suffire à ses joues (1). Mais ce qui ravit avant tout, dans la Dauphine,

(!) Mémoires pour servir à' V histoire de la République des lettres, voL VIII.

c’est l’â^me de sa jeunesse répandue en tous ses dehors. Cette naïveté du regard, cette timidité de l’attitude, ce trouble et ces prejmières hontes où tant de choses se mêlent, embarras, modestie, bonheur, reconnaissance ; l’ingénuité de toute sa personne emporte d’abord tous les yeux, et gagne tous les cœurs à cette jeune Grâce apportant l’amour pudique à la cour de Louis XV et de la du Barry !

Chaque personne de la suite autrichienne de la Dauphine est venue lui baiser la main, puis s'est retirée. Le comte de Nouilles puésente à laD auphine son chevalier d honneur, le comte de Saulx- Tavannes ; sa dame d’honneur, la comtesse de Noailles. Madame de Noailles, à son tour, lui présente ses dames : la duchesse de Picquigny, la marquise de Duras, la comtesse de Mailly et la comtesse de Tavannes; ie comte de Tessé, premier écuyer; le marquis Desgranges, maître des cérémonies; le commandant du détachement des gardes du corps, le commandant de la province, l’intendant d’Alsace,, le préteur royal de la ville de Strasbourg, et les principaux ofliciers de sa maison.

La Dauphine monte dans les carrosses du Roi pour entrer dans la ville. Les régiments de cavalerie du Commissaire-Général et de Royal -Étranger, en bataille dans la plaine, la saluent. Une triple décharge de l’artillerie des remparts, les volées des cloches de toutes les églises annoncent son entrée en ville. A la porte de hi ville, le maréchal de Conlades reçoit la Uaiiphine devant un magniüijue arc de triomphe. En passant devant l’hotel de ville, la

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