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l'Eglise, c'était le jour choisi pour célébrer la primauté romaine; et cette fête réunissait à Rome nombre d'évfiques des régions les plus diverses de l'Italie. Le lendemain de leur arrivée, les souverains se rendirent, avec une suite considérable de courtisans et de soldats, à la basilique de Saint-Pierre, où ils assistèrent à la vigile et aux cérémonies liturgiques et déposèrent suivant l'usage leurs riches offrandes au tombeau du prince des apôtres. Léon y prononça en l'honneur de S, Pierre l'une de ses homélies pleines d'élévation et de pensées.
Dans les fragments qu'on en a récemment retrouvés, il parle à ses Romains du spe£lacle de la présence de la cour, speflacle devenu une rareté pour l'ancienne résidence impériale. " Voyez, s'écrie l'orateur, un homme pauvre et humble comme S. Pierre a reçu du Christ le gouvernement de la première et de la plus grande ville du monde Les sceptres des rois se sont soumis au bois de la croix; la pourpre de la cour s'est assujettie au sang du Christ et des martyrs. L'empereur avec son brillant diadème et sa suite innombrable de guerriers vient implorer l'intervention du pêcheur, aux mérites duquel il reconnaît plus d'éclat qu'aux pierres précieuses qui couvrent ses vêtements. Quel mystère de la sagesse! Quelle merveilleuse opération de la dextre de Dieu! Les riches sont avides de s'enrichir des mérites des pauvres; les nobles et les puissants se prosternent au tombeau d'un homme de la plus humble condition " ■ 1
Avant que la famille impériale quittât Saint-Pierre, Léon s'adressa personnellement à elle pour lui exposer la misère de l'église d'Orient. La peinture de ces calamités, le sentiment de l'importance du moment firent que sa voix fut étouffée par les sanglots. Il conjura les souverains d'agir par lettres auprès de l'empereur d'Orient Théodose H dont il redoutait tout, pour qu'il le laissât lui, chef de l'Église, juger librement le brigandage d'Éphèse; il fallait que Théodose se prêtât à la tenue en Italie d'un concile pour rétablir la paix.
Touchés de ces représentations, les souverains promirent leur concours empressé à l'apôtre Pierre. Nous avons encore les lettres qu'écrivirent séparément à l'empereur d'Orient Vaientinien, Eudoxie et Placîdie. Placidic exprime entre autres cette idée : " Nous devons un tribut de respeft à cette ville de Rome, reine de tous les pays. Nous devons abandonner le jugement au siège apostolique auquel l'apôtre, qui a reçu les clefs du ciel, a laissé la préséance sur l'épiscopat " '.
236. Le concile n'eut lieu qu'en oftobre 451 sous les successeurs de Théodose n, Marcien et Pulchérie, et non pas en Italie, mais en Chalcédoine, par suite d'un édit un peu hâtif de l'empereur; Léon finit par y prêter son consentements. Il envoya comme ses représentants pour présider l'assemblée conciliaire, Paschasin, évêque de Lilybée en Sicile, i'évêque Lucentius et les prêtres Boniface et Basile4. Il avait déclaré à la cour ne pouvoir entreprendre person-
■ Homélie anonyme publiée partiellement par doin Morin qui l'emprunie à un manuscrit du Musëe britannique (Add. 30853, fol. 30), Antcdota matedsolana, t. 1 (1893), p. 409. L'attributian à Léon et à la cété-
' Ep. ^6 parmi celles de Léon ; cf. Bp. ^,
ex praeeepto chripTiitcipum et ex consensit apes/olicae sidis placuit congregari. (Ep. 114). Cf.
t rendue indubitable pat la com- [ mes ÂnaUfia, l, 1, p. 331; Bldtzer, Der hei-
paraison avec Tillemont, HUloirt teelisiastique, E. XV, p. 600, et Ballerini. dans Migne, P. L., t. LIV, col. 858 (sur VEp. S5 de Léon).
lige Stuhl und die ëkunieniscAen Synoden des
Alterikums au t. X (1886) de \^ Zeitsckrift
fUr kaih. Therlogie, p. 67-106. et surtout p.Sj.
• Hefele, t. II, p. 422 (tr. fr.. i. Ill, p. 3.)
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nellement le voyage d'Orient, sa présence' étant rendue indispensable à Rome par les pressantes nécessités du moment'.
L'assemblée considérable, — il n'y eut pas moins de 600 évêques — est l'une des plus brillantes de l'ancienne histoire de l'Eglise. Elle réussit dans l'objet que les nouveaux souverains d'Orient dans leur bienveillance pour l'Église désignèrent dès l'abord comme sa tâche : " de prendre pour le bien de la foi et la paix de l'Eglise des décisions dans le sens indiqué par l'évéque de Rome et de juger sous son autorité " '.
Le point capital de la pacification fut la lecture à la seconde session et l'acceptation solennelle de la fameuse " épitre dt^matique " de I^n à Ftavien. ' Par Léon Pierre a parlé ! " Tel est le cri dont, à cette session, les évêques firent retentir la basilique de la martyre Euphémie, devant le tombeau de laquelle se tenait l'assemblée.
Le concile se livra paiement à un examen complet et consciencieux des motifs de la condamnation des monophysites. II fallait " instruire tes hésitants " 3 par la démonstration du dt^me, disent tes pères du concile. La décision de Léon demeurait pour eux " une r^le indubitable de la foi " *.
L'Église adhéra avec une force et une chaleur merveilleuses à cette lettre de Léon à Flavien. Elle devait être dans les troubles de l'époque et de celles qui suivirent une étoiie lumineuse. En Occident des synodes épiscopaux manifestèrent leur reconnaissance et leur admiration. Les évêques de Gaule déclaraient l'accepter comme " un symbole de foi " s.
Nous avons comme un écho de l'autorité de cette décision dans la belle légende qui avait cours à Rome au temps de Grégoire le Grand et qui traversa tout le moyen âge, Léon, disait-on, déposa la lettre sur le tombeau de S. Pierre et pendant quarante jours se livra au jeûne et aux veilles, priant l'apôtre d'achever, si besoin, la lettre; et quand il la reprit, il y trouva des améliorations faites par le prince des apôtres lui-même *. A ce récit s'en ajouta un autre qu'on trouve au VII*' siècle dans Moschus. Au temps du patriarche d'Alexandrie Euloge, contemporain de Grégoire le Grand et plein de zèle pour la conversion des monophysites, le pape Léon aurait apparu à maintes reprises dans la demeure de l'évêque pour le remercier au nom de S. Pierre d'avoir suivi et exécuté sa lettre à Flavien?.
Le mémorable concile œcuménique de 451 ne borna pas son rôle à U rédaflion de la formule de foi connue sous le nom de symbole de Chalcédoine; il rendit encore un certain nombre de canons disciplinaires. Le 28* fut dans l'oeuvre de paix une cause de division, et amena les protestations de Rome. Il
■ Ep. 37 à Thrfodose-
'£>). /JCPuIchérieiLéon) : (ol inioKoiroL) ooû aù6tvTo3vTo« ipiousn ; 77 (Marcien à Léon) ; xaiBiiï J] «tj if.utavfT\ xaTà roi; (xicXt]-
3 Ut gui dubitanl Hoce^tlur.
' Regiilafidti, "cùitoc ftiTtEuiï. Cf. mon article cit^ sur Léon I", col. 1756, Greger. M.
registrum, VI, n. 2, p. 38a; Jaffë-Ewald, n. 1381 : Si cuis autem contra harurit quatuor tynodorunt fidtm et contra sanctae memûriae Leerùs papae tomum alçue
defiiiilionem aliquid loqui umguam pr^ suniat, analkima sït. Grégoire donne ainsi à la décision de Léon une autorité égale à celle des quatre premiers conciles œcuméniques.
s Ita ut symiolum fidei. Ravennius, Rnsticus, etc., à Léon {Ep. 99).
' Moschus, Pratum spiritualê, c. H7 (Mjgne, P.Gr. . t. LXXXVII, coL 301 1); Jacque de Voragine, Legtnda aurea (éA CraW t. III, 1890, p. 368).
' Moschus, ibid., c. 148.