X. LE PAPE LÉON 1 LE GRAND
renouvelait en l'aggravant le canon irrégulier du detixiètne concile œcuménique qui élevait le siège épiscopal de Constantinople au détriment des vieux patriarcats d'Orient Le pape reçut communication de ce décret contesté par ses légats en même temps que des autres qu'ils avaient confirmés. Le concile et l'Empereur dé.siraient le consentement de Rome.
Vain désir. Léon fit une déclaration dont le langage témoigne de la haute autorité de l'évêque de Rome même vis-à-vis du concile œcuménique : " Les décisions prises contrairement aux canons du concile de Nicée, nous les déclarons sans valeur et nous leur ôtons toute force en vertu de l'autorité du saint apôtre Pierre " '.
Léon exhorta aussi les patriarches d'Orient atteints par cette décision à s'appuyer sur sa déclaration . pour revendiquer sans crainte leurs droits devant la cour et l'archevêque de Constantinople : "L'église d'Alexandrie, écrivait-il, ne doit rien céder de la dignité qu'elle a reçue de S. Marc l'évangéliste, disciple de Pierre... De même la troisième église, dans laquelle S. Pierre a donné la foi aux premiers qui aient été nommés chrétiens, ne doit pas descendre de son rang : chacun doit mettre son honneur à ne pas laisser porter atteinte à ses droits" =*.
Au contraire, Léon confirma la grande œuvre du concile contre les Eutychéens par une encyclique expresse du 21 mars 453; car la malice du parti hérétique avait profité de l'attitude du pape vis-à-vis du 28^ canon pour le présenter comme un adversaire du concile 3. Gélase 1=' pouvait dire quelques années plus tard : " Tout dépend de l'autorité du siège apostolique. Ce qu'il a confirmé des décisions du synode, reçoit une force obligatoire; ce qu'il a rejeté n'a pu être en vigueur "4.
237. A voir la remarquable aftivité déployée les années suivantes par Léon le Grand à calmer ces terribles tempêtes de l'Orient, on ne dirait pas qu'il y avait alors en Occident d'autres événements considérables qui réclamassent ses soins, l'invasion des Huns dans la haute Italie avec Attila, le sac de Rome par les Vandales sous Gensérics.
Le pape, qui voyait loin, établit vers cette époque à Constantinople une institution qui devait être d'une importance féconde pour l'avenir. Il fit de l'évêque de Cos Julien son chargé d'affaires dans ta capitale grecque; la plupart des négociations avec la cour et avec les premiers évéques d'Orient durent désormais lui passer par les mains; il adressa régulièrement au Saint-Siège des rapports suivis sur la marche des affaires ecclésiastiques. Ce fut là l'origine des apocrisiaircs ou légats pontificaux à Constantinople, qui eux-mêmes donnèrent naissance aux nonciatures futures.
Le mauvais vouloir des partis antîeccléstasttques en Orient se déchatna surtout quand à Marcien, prince animé de sentiments catholiques, eut succédé en 457 Léon I"^.
' ... per auclcritalem beaii Pétri aposloli ^Htrali frorsus riefinitioite cassamas.,, {ËplOS à l'impëralrice).
'Ep. lo5 : Mag'ius unicuiçue konor est integritas sua; {Atiaiecta romana, t. I, p. 3*8). Cf. Jaffd-Kaltenbrunncr, n. 495 et 503.
^Ep. 114.
* Gélase, Trailatus de anathematis -vinculo.
c. 9. Thiel, Ep. rom. ponlif., n 565; Migne, P. L., t. LIX, col. 107 : Totum est in sedis apostolicae posilum potestale; ita quod firtnavit i» synedo sedfs apostolica hoc robur obtinuit, quod re/utavil, haiere non potuitfirmi-
talem
s Voir
ces événements plus haut.
330 LIVRE I. CH. VI. ÉVÊQUES ROMAINS JUSQU'A LA FIN DE L'EMPIRE. [N" 237.
Celui-ci voulut ramener les dissidents par des complaisances et par des négociations qui compromettaient le dc^me; cela ne servît qu'à augmenter le mal. Proterius, patriarche d'Alexandrie, dont les sentiments étaient orthodoxes, fut assassiné et le concours de moines fanatiques permit d'installer à sa place le monophysite Timothée, que l'on surnommait Aelurus (le chat). Dans une lettre de protestation diftée par la franchise apostolique, le pape rappela l'empereur hésitant au sentiment de ses devoirs envers l'Eglise : " Je parle, disait-il au souverain byzantin, avec la liberté que donne la foî... Vous devez considérer sérieusement que le pouvoir royal vous a été donné non pas seulement pour gouverner le monde, mais surtout pour protéger l'Eglise". Il ajoute que c'est être un antechrist que de vouloir rétablir, comme les ennemis des fidèles, ce que Pierre a rejeté ; les négociations avec la sefte ne sauraient remettre en question les décisions des conciles de Chalcédoine et de Nicée; on ne devrait pas permettre à des hérétiques souillés de sang de prendre la parole sur des questions religieuses et de mettre ainsi à l'épreuve la piété des fidèles; encore bien moins devrait-on les laisser prendre par la violence des sièges épiscopaux comme celui d'Alexandrie'.
Mais des paroles de bienveillance et de miséricorde viennent adoucir le ton de ces lettres apostoliques.
Il était rare que les papes et leur chancellerie omissent de prodiguer dans leurs lettres aux monarques des expressions sincères de révérence pour leur situation et de dévouement à leurs personnes. Ce langage leur était commandé par les lois même de l'étiquette, par les usages du style comme par les considérations de la religion et de la prudence. On peut être assuré que la correspondance pontificale sait relever dans les aftions des monarques tout ce qu'elles olTrent de louable, et qu'elle met une insistance particulière à le reconnaître quand il faut s'élever par ailleurs contre leur arbitraire ou leurs mauvaises allions. La lettre de reproche à Léon en est un exemple, surtout dans son préambule plein d'habileté.
Le style de la chancellerie de Léon fut par la suite l'un des principaux modèles des secrétaires pontificaux, particulièrement tant que subsista la culture grécoromaine. Parfois seulement ils l'ont corrompu par trop de complaisance pour le goût byzantin. On a cherché aussi à suivre la tradition de la cadence belle et noble de la langue, surtout dans les fins de phrase, où Léon le Grand observait un certain mouvement métrique que l'on a d'après lui nommé cursus Uoninus ".
£ursus tombé dans l'oubli. Le Liber pontificalis (t. II, p. 31 r) raconie que Gilase II.
giam potestatem tihi non ad scium muttdi n- avant d'être pape, avait i\.é nommé tan-
■ gimen, sid maxime ad tccltàoe praesidium i cellariiis du siège apostolique ut... a/Uiçui
esse coilttlam ut auios nefarîos cnmprimendo, , Uporii et elegantiae siilum in sede apùsiù-
et çuae, etc. Cf. ep. 60 aJ Pulcheriam AugU' lica iaut pêne ûmnrm deperditum... rtfor-
slam : Res humanae aliter tutae esse non pos- muret et leoninum cursum lueida veloci-
sunt,nisiguaeaddivinam confessionemperli- taie reducerel. Cf. Repue des quest. hist.,
nentetregiaelsncerdolalisdefettdalauctorilas. t Ll (1892), p. 353 el suiv., l'article de
■ ■ 'Sur le cursus leem'nui, cf. N. \'alois, Bibl. L. Couture ; Le Cursus ou rytkttte prosaïque
École chartes, 18S1, p. 161 et suiv. {Étud* I dans la liturgie et la littérature de l'Ègliu
sur U rythme des bulles pontificales) tl\a.noic latine: et t, LXXVIII (1905), p. 59 et suiv,
de Mgr Louis Uucliesne, ibid., 1889, p. 161 celui de Vacandard ; Le Cursus — J/itt.
sur la reprise au temps d'Urbain II de ce Jahrbuch, t. XIV(i893), p. îo8.