X. LE PAPE LÉON I LE (iRAND
Le pape Léon sut gagner son homonyme par l'énergie et la bonté. Timothée Aelurus fut éloijjné du siège usurpé; la situation des défenseurs du concile de Chakédoine fut affermie; Léon eut la joie d'adresser de son siège, le siège de Pierre de nouveau reconnu, ses félicitations au nouveau patriarche d'Alexandrie, Timothée Salophaciolus. C'est à notre connaissance le dernier écrit de sa main qui soit relatif aux troubles de l'Orient; c'est aussi la dernière lettre qui subsiste de lui. Après cette suprême consolation il pouvait laisser à ses successeurs le soin de poursuivre la lutte contre les monophysîtes.
Cette dernière lettre adressée à un collègue dans l'épiscopat se termine par une parole qui est comme la devise de Léon pour ses propres travaux : " Imite le bon Pasteur qui cherche la brebis égarée et la rapporte sur ses épaules!... Que ton zèle pour le service de Dieu s'applique à reg^ner à Dieu par les prières de son Église ceux qui ont dévié en quelque manière de la vérité. L'édifice mystérieux de la foi ne comporte pas de séparations; en vrai pasteur des âmes, plein de sollicitude, rassemble-les toutes sous ce toit ■ ",
Cette lettre de félicitations, qu'accompagnent d'autres lettres au clergé d'Alexandrie et aux évéques consécrateurs, fut écrite le 18 août 460.
A la tin de l'année suivante le corps de Léon reposait sous le portique de la basilique de Saint-Pierre.
238. Pour bien voir en pleine lumière les grands résultats que Léon I" obtint pour l'Église, il faut considérer ce qu'il fit dans le domaine de la vie politique et sociale. Ses relations avec les souverains lui permirent plus d'une fois de procurer le bien public. Dans des temps de suprême péril pour l'Italie et pour Rome son intrépidité n'eut d'autre cause que sa foi, et ses succès que l'intervention céleste. Sa démarche hardie et pleine de grandeur auprès de Genséric, sans pouvoir empêcher le pillage des palais et des rues de Rome par les Vandales, sauva du moins les Romains de la mort et la cité de la destruflion. Sa rencontre avec Attila sur le Mincio lui procura la gloire de délivrer l'Italie des bandes hunniques qui menaçaient ces malheureux pays. Il est inutile de rappeler ici en détail ces événements; le peu que nous en avons dit dans l'histoire de la ville suffit à marquer la place que Léon tient dans l'histoire universelle. Ce double a£le de sauveur assure à la papauté une gloire immortelle dans les fastes non seulement de l'Italie mais du monde chrétien. C'est par de tels événements que la Providence frayait les voies à l'autorité et à l'influence des successeurs de Pierre dans une époque qui semblait présager la ruine de toutes les puissances du passé.
Le double arrêt que subit la marche viflorieuse d'Attila une première fois dans les champs catalaunîques par l'union des armées romaines et germaniques, la seconde fois par une ambassade romaine que dirigeait un prêtre sans armes, a permis aux germes de la civilisation romaine de demeurer vivants et de se perpétuer en secret pour agir sur la suite du moyen âge; si la barbarie hunnique
' Ep. 171. De nos jours aussi, au couchant de sa vie, Léon XIII adressait des paroles de tendresse et de réconciliation i l'Orient pour ramener, si possible, les dissidents dans la grande maison paternelle qu'est l'Église. Il marchait ainsi sur les traces de tant de ses
prédécesseurs à la pensée haute et au vaste regard. Il y a dans les allions et les principes de gouvernement des successeurs de Pierre une merveilleuse continuité. Sut plus d'un point Léon I" semble avoir frayé les voies à Léon XII L
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eût couvert l'Italie et l'Europe, c'en était fait de leur existence et de toute évolution future. La conjuration du danger favorisa en même temps la conservation de ces éléments germaniques capables de civilisation et pleins de promesses d'avenir qui déjà s'étaient rattachés au romanisme chrétien. Ils purent continuer à en recevoir, comme de la seule source de culture, l'éducation intelleéluelle et conduire d'autres races sœurs à ce foyer commun de civilisation, jusqu'à ce que le germanisme et le romanisme même arrivassent peu à peu au degré de maturité qui leur permît de prendre en commun les chaînes de la vie publique et religieuse du moyen âge '.
L'imagination des siècles postérieurs s'est emparée d'événements comme la rencontre de Léon avec Attila. On racontait que pendant que le saint, plein de confiance en Dieu, parlait au roi, les apôtres Pierre et Paul s'étaient montrés dans les airs au-dessus de lui, donnant à ses requêtes et à ses prières tout le poids des menaces célestes. Le pinceau de Raphaël a représenté cette scène d'une manière saisissante dans les stansê du Vatican. Elle a fait aussi le sujet du colossal bas-relief de marbre, tout débordant de vie dont, sous Innocent X, un sculpteur alors fameux, Algardi, a décoré l'autel funéraire de Léon le Grand dans l'église de Saint-Pierre. Mais devant le silence des sources contemporaines, ces créations de l'art ne sauraient détourner l'historien de rechercher quand ce récit parut pour la première fois. Jusqu'à présent la plus ancienne trace que l'on en trouve est dans Paul Diacre, aux environs de l'an 800 '.
Malheureusement la véridique histoire ne peut pas davantage citer, à l'exemple des anciens guides de Rome, l'antique et célèbre statue de bronze de saint Pierre dans la basilique vaticane comme un monument de la délivrance de l'Italie. Léon, disait-on, en reconnaissance du secours du prince des apôtres, aurait fait transformer en statue de saint Pierre la statue de bronze de Jupiter Capttolin. De tout ce récit pas un point qui ait le moindre fondement, ni la date, ni la personne, ni l'origine de la matières.
Le tombeau de Léon I«r sous le portique de S. Pierre était un magnifique monument de sa personne et de son afiivité d'un caractère historique plus sûr que la statue de S. Pierre à laquelle s'est attachée une légende postérieure.
339. Léon fut le premier pape qui ait été enterré au seuil du sanAuaiie apostolique, qui devint aussi la sépulture préférée de ses successeurs. Ce pape, l'un des plus grands parmi les successeurs de Pierre, put ainsi, après sa mort, suivant l'expression de Serge 1*^ dans l'épitapheque lui difla la reconnaissance, veiller en sentinelle sur la citadelle du prince des apôtres. C'est en 688 que Set^e fit faire cette épitaphe quand il tran.tporta dans l'intérieur de la basilique les restes du pape, objet de la vénération des Romains et des pèlerins étrangers et qu'il érigea sa statue sur l'autel qu'il lui consacra. Voici ces vers fort simples : " Du fond de son tombeau il nous avertit de remplir l'office qu'il exerçait pcn-
' Ranke, Well^isckicktf^ t. IV, p. 298, 304.
Gregorovius dit (4' éd., t. I): f Léon était alors le vrai représentant de la civilisation humaine, donilesalut reposait danslaforceintellectuelle de l'Église} (p. 191) et. < Rome fut conservée au monde conime la tradition sacrée des siè-
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idées tant politiques que religieuses > (p. 193).
' Dans le bas moyen Ige l'histoire de l'apparition fut surtout popularisée par la LJgende dorée de Jacques de Voragine (éd.
Grasse, t. III, 1890, p. 368).
' Sur cette statue de bronie de S, Pierre, œuvre de l'art chrétien antique que l'on a récemment désignée à tort comme un« oeuvre du moyen âge, voir plus bas le ji 384.
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