‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 104 sur 165 · X. LE PAPE LÉON I LE GRAND · texte numérisé non relu

X. LE PAPE LÉON I LE GRAND

dant son pontificat et de veiller à ce que le loup ne vienne pas ravager le troupeau de Dieu... Il a rugi et les fauves ont senti leur cœur se glacer d'épouvante et les brebis suivent la voix de leur pasteur" ».

Nicolas le Grand, plein d'admiration pour l'exemple donné par Léon, semble avoir prêté à cette inscription une attention particulière. I! reprend l'image du lion rugissant dans une lettre à l'empereur de Constantinople Michel, et dans un nouveau péril qui menace l'élise d'Orient, il rappelle à ce prince que Léon seul a sauvé les patriarches d'Orient victimes de l'hérésie et la foi abandonnée '.

Ce digne pontife était à peine mort que son culte liturgique commençait, si profonde avait été l'impression produite par sa sainteté. Le martyrologe hiéronymien, déjà terminé, reçut l'addition de son nom au V* ou VI= siècle. Ce qui dans la figure de Léon attachait surtout les contemporains, c'était l'union en lui de la douceur et de l'humilité du caraftère avec les plus hautes qualités intelleftuelles et la grandeur dans les aflîons.

Quel relief avait cette personnalité que, pendant un long pontificat de près d'un quart de siècle, on trouve toujours au premier plan dans tous les grands événements de l'époque! Quelle habileté à maîtriser dans l'esprit de la religion les nouvelles conditions de l'Occident et à diriger l'égltse d'Orient à travers d'innombrables dangers! Vis-à-vis de la grande hérésie de son temps il remplit personnellement la mission théologique d'un doéleur de l'église en renversant les conclusions de l'erreur et rétablissant la vérité. Ce qu'avaient été sur le terrain scientifique S. Augustin, S. Cyrille d'Alexandrie, S. Athanase vis-à-vis des erreurs de leur époque, Léon le Grand l'est vis-à-vis du monophysisme. Il fut le principal adversaire de l'erreur qu'il combattit tout ensemble avec les armes de la science et le glaive de l'autorité suprême. La sûreté du r^ard, la promptitude de l'aftion, l'attachement inviolable i ce qu'exigeaient de lui ses fondions, telles furent les qualités de ce grand pape. Pénétré du sentiment de la primatie, il laisse disparaître presque sa propre personnalité. Et si toutes ses allions sont animées d'une inébranlable confiance, c'est qu'il n'agit jamais sous l'influence d'une opinion personnelle.

On trouve dans ses sermons cette parole d'or ; " Si je fais quelque chose de bien, c'est le Christ mon Seigneur qui accomplit par moi l'œuvre du ministère (c'est le terme dont il se sert pour désigner l'exercice de la primatie). Je me glorifie non en moi qui ne peux rien sans lui, mais en lui qui est toute ma puissance " 3.

Au reste, ce qu'ont fait les plus grands papes pour le profit du monde chrétien, ils ne l'ont pu faire que soutenus par la même conviflion intime. Humilité de cœur et confiance en Dieu, voilà les deux instruments des œuvres immortelles!

' 1-a mon de L^n arriva te 10 novembre 461; an trouve dé')k sa mémoire mentionoëe à cette date dans le martyrologe hi^rony- Aiien. Cf. l'épitaphe métrique au t. [, p. 83 de mes ÂnaUÛit romana; de Rossi, Inscript, christ., t. II, p. I, p. 56, 98, etc.; Duchesne, Libtr p4)ntif,, t !, p. 379 : ,,. Sed dudum ut poster tnagnui Léo lepla grtgemque \ Christicûlam servons ianitor arcis erai... \ Rugiil

et pM/ida slupuerunt cordo Jerartim \ Pastorisque sut iussa sequuntur oves. La présence d'une statue ressort pour moi des premiers mots de l'épitaphe ; Huiiis aposlolici primum estkic corpus kuinatum.

"Mansi, t. XV, col. 187 et suiv.; Migne, P. L., t. CXIX, col. 926 et suiv.; Jaffé- Ewald, n. 9796.

^ Strmo j tie no/aJi ipsitis (V) n. 4,

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