N" 241.] AU TEMPS DE LA DIGNITÉ IMPÉRIALE EN OCCIDENT
bien spirituel de Rome après la catastrophe de Gensérîc et rappelé ses plaintes de voir au jour commémoratif de la délivrance de la ville si peu de fidèles venir à la basilique en comparaison du nombre de ceux qui se rendaient aux jeux publics. Dans une autre occasion il s'exprimait ainsi sur ce malheur de Rome : " Si du moins le malheur dont il a plu à Dieu de nous frapper poussait ceux qui y ont échappé à l'amélioration de leurs mœurs! Peut être avec les péchés cesseraient aussi les châtiments! Nous regarderons comme un double effet de ta miséricorde divine qu'il éloigne ses fléaux et ramène à soi le cœur des siens " '.
Si, dans son vaste rôle à la tête de l'Église, Léon le Grand se considérait comme bien vraiment l'évêque suprême ; dans des détails comme les précédents, il ne se montre pas moins viyement pénétré de l'idée d'un évêque et d'un pasteur d'àmcs dans la communauté qui lui est spécialement confiée. Ajoutons, pour le bien caraftériser, deux pensées d'écrivains sur Léon le Grand.
Paschase Quesnel, qui lui a consacré de profondes études dît de lui malgré la divei^ence de leurs principes théologiques : " Il a pris en mains la cause de la religion chrétienne avec autant de désintéressement personnel que de dévouement ardent... Ses vertus brillent comme des étoiles au -firmament du pontificat., , Cet évêque romain demeura inébranlable au milieu des tempêtes que les passions humaines déchaînaient sur l'Église; ses combats et ses triomphes ne servirent qu'à l'affermissement de la foi " ".
L'autre jugement, qui sera peut-être une surprise pour beaucoup de le£leurs, mais dont la valeur s'explique de soi-même, émane de Ferdinand Gregorovius : " Léon I'^'' fonda la primatie du siège apostolique de Rome et ses menées ambitieuses trouvèrent le plus empressé des concours dans une femme bigote, Augusta Placidia, et dans un empereur imbécile, son fils Valentinien " 3.
XI. — Les papes au temps de la chute de la dignité impériale en Oceident.
241. Les successeurs de Léon I" continuent de marcher dans les voies qu'il avait tracées dans ses relations tant avec l'Orient qu'avec l'Occident
Le premier qui prit l'héritage fut ce même Hilaire qui au brigandage d'Éphèse avait défendu les droits du Saint-Siège au nom de Léon (461-468). Le Liber pontificalis s'exprime sur son compte en termes brefs et caraftéristiques : " il affermit l'autorité et la primauté du saint siège catholique et apostolique "4. En Occident, il maintint comme Léon la subordination des diocèses de Gaule à l'archevêque d'Arles, vicaire du Saint-Siège. Ce fut avec raison qu'il l'exalta d'autant plus que la dissolution politique rendait nécessaire d'établir plus fortement l'unité de l'épiscopat. Plus que jamais " l'église des Gaules avait besoin d'un centre, elle avait besoin de voir se développer sa constitution " S,
'^/.y/^àJulîendeCos(Ballerini,p. 1190; j p. 180. Dans la 4° «édition {P. 185) le mot
Migne, P. t., t. LIV, col. 1024) : si et fia- , " ambi lieuses " a été supprimé. gella removeat et ad se suorum corda con- 'T. I, p. 242, n. 68 : Confirmons domimx-
veriat. | Ihnem et principaium sanilae sedis catkolicae
' Dissert. I de vita et rébus gestis S. Léo- et apostoUcae. nis M., ann. 440, n. 3; ann. 46r, n. i. (Mi- s Lfining, Geschichte des deutscken Kirchen-
gne, P. L., t. LV, col, 194, 318.) reektes, t. I, p. 477. Cf. AnaleHa
^CeicAiekte der Stadt Rom, 3* éd., t. I, I t. I, p. 338.
330 LIVRE I. CH. VI. ÉVÊQUES ROMAINS JUSQU'A LA FIN DE L'EMPIRE. [N^ 242.
Partout Léon le Grand avait protégé et défendu l'autorité des métropolitains; Hilaire en usa de même en Espagne, en adressant un blânoe 5é\'èrc aux évéques de la Tarraconaise qui avaient lésé les droits de leur archevêque Ascagne'. Les déchirements politiques rendaient la situation toujours plus menaçante en Espagne comme en Gaule. Aussi le successeur d'Hîlaire recourut-il au moyen, déjà tenté ailleurs, de la nomination d'un vicaire apostolique du Saint-Siège. L'autorité du siège apostolique fut déléguée à Zenon, évèque d'Hispalis (Séville) afin qu'il " veillât sur l'observation des prescriptions apostoliques et qu'il assurât le respect des limites du territoire appartenant à chaque évêque " \
Le zèle d'Hilaire, comme celui de son illustrç modèle Léon, s'exerça pour maintenir dans Rome, la capitale chrétienne, la pureté de la foi. Quand Philothée, favori d'Anthémius, empereur qui résidait à Rome, et partisan de la scfle macédonienne, voulut fonder à Rome en 467 des associations pour la propagation de l'erreur, Hilaire prit occasion d'une visite de l'empereur à la basilique vaticane pour élever publiquement en présence du souverain et dans la maison de Dieu des plaintes à ce sujet. Il amena l'empereur à jurer sur le tombeau de l'apôtre qu'il empêcherait le mal menaçants.
D'après le Liber ponlificalis Hiiaîre se serait vu conduit également à envoyer des lettres en Orient pour la confirmation des synodes de Xicée, d'Éphèse et de Chalcédoine, ainsi que du Tomus du saint évêque Léon à Flavien. Les maigres restes de sa correspondance et les autres sources nous laissent sans aucun renseignement sur le détail de ces mesures. Sans doute il s'ag;it de démarches pour assurer l'exécution des sentences doctrinales de Léon et des canons des derniers conciles œcuméniques 4,
242. Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur les relations entre la papauté et l'Orient chrétien sous les deux successeurs d'Hîlaire, Simplice et Félix III. Sous le long pontificat du premier (468-483) nous voyons l'Empire d'Occident descendre au tombeau qu'on lui préparait depuis longtemps, mais surtout sous le gouvernement du dernier fantôme impérial. Il vit aussi s'établira Rome la royauté militaire de l'arien Odoacre;son successeur Félix III, ou plutôt n, assista pendant son pontificat plus court ('483-492) à l'élévation en Italie d'une autre puissance germanique, celle de l'Ostrogoth Théodoric.
Leurs rapports avec l'Orient ne furent rien moins que gais, et cela prouve combien avaient été nécessaires les vigoureux efforts du grand Léon. Siquelque temps ils demeurent sans produire l'effet espéré, si l'aveugle politique des pouvoirs civils, l'ambition et la lâcheté des prélats intrus remplissent les patriarcats
' Jaffé-Kall.enbrunner, n, 560 et suiv. On \ p. ijÇ). Cette lettre fut confirmée par acclaremar(]iiera les paroles suivantes sur la pri- mation au concile romain du ig nov. 46.1;,
jquel assistaient des évéques d'Afrique, de Gaule et d'Halîe (ibid., p, 163).
' Simplice à Zenon, JatTë-KaltenbninDer, n. 5ÇO.
' Nous ne connaissons l'afi&ire d'Anth^mias que parla lettre deGélaseauK^vêques de Darapostolico ore laudalam (Rom. I, 8), inde ! danie.Thiel,£^ij/.»Y'/«./c«/., p.4o8;C(i//*A"tf responsa quaerentes, unde nikil errore, nihil | Avellana,éA.GâmhtT{CorpusScripl.eecl.lai.) priusumpHone, sed pontificali lotum deliie- 1895, 1. 1, p. 391; Jaffé-Kaltenbrunner, n. 664.
rafione praecipilur {Th\t:\, £pist. ram.- pont., \ * Uber pontlf., K. l.p. 242, §. 68.
é empruntées au début d'une lettre de évéques de la Tarraconaise à Hilaire : Cuius (Pétri) vicarii principatus siail eminei, Ua rnetuendus eit ab omnibus et amandus. Proiiide nos Deum in vobis primitus adorantes^ eui ! yuirela servilis, ad fidei
No 242.] AU TEMPS DE LA DIGNITÉ IMPÉRIALE EN OCCIDENT. 337
d'Orient de l'hérésie monophysique et suppriment momentanément l'union avec l'église orthodoxe, la parole dofïrinale de Léon à Flavien finit par avoir le dernier mot et par se faire reconnaître et l'œuvre patiente des successeurs de Pierre est couronnée de succès.
Sous l'usurpateur Basîliscus à sentiments monophysîtes. Timothée Aelurus put ressaisir le siège patriarcat d'Alexandrie. Les choses allèrent même si loin qu'il eut pour successeur un autre monophysite passionné, Pierre le Rauque (Mongus) et que le siège de S. Marc parut une conquête durable de l'hérésie.
A Antiochc nous rencontrons la même désolation ecclésiastique : sous Basîliscus l'hérétique Pierre le Foulon (Fullo) s'assit triomphalement sur le siège patriarcal. Déjà il avait su s'acquérir cette dignité, mais il avait été obligé d'y renoncer.
La crainte de Basiliscus amena quelque 500 évëques des patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem à souscrire au décret de l'usurpateur qui condamnait aux flammes la lettre de Léon à Flavien et les aéles du concile de Chalcédoine. Un synode hérétique d'Éphèse, simple copie du brigandage célèbre, célébrait le décret impérial sous les termes flatteurs d' " encyclique divine et apostolique ".
" Malheur à la conduite insensée des apostats! s'écriait peu après, dans un cas analc^ue, Gélase, l'un des successeurs de SimpHce. Ils ont abandonné la doftrine des apôtres et ils font parade des décisions doélrinales des laïques; ils rejettent les canons des conciles et placent leurs espérances dans les lettres dogmatiques des mondains! ' "
Simpiice sut résister à Basiliscus avec le courage qu'inspire le droit et la vérité. Il réussit à pousser à la résistance le clergé et les couvents de Con.stantinople et finit, comme en témoigne plus tard le pape Gélase, par briser la tyrannie théologique du souverain '.
A peine le farouche Basiliscus eut-il été renversé et Zenon posté au gouvernail de l'Empire que la situation se modifia selon les vœux de Rome. Simpiice eut la joie de pouvoir réclamer la restauration de l'ordre ecclésiastique 3.
Le vieux Timothée Salophaciolus (le Blanc) remonta comme patriarche catholique sur le siège d'Alexandrie sur lequel l'avait jadis confirmé Léon le Grand. Timothée se montra tout disposé à reconnaître sa subordination au chef commun de l'Église et il envoya une ambassade à Simpiice pour s'excuser d'avoir encouru son blâme en introduisant sur les diptyques liturgiques te nom de l'hérétique Dioscure. Il lui exposait qu'il ne partageait point l'hérésie et qu'il n'avait commis cette faute que par crainte des nombreux amis de ce chef du synode de brigands 4.
'£fi. orf epUcopot Syriat (Thiel, p. 478; | Kaltenbrunner, n. 576) : ... Chaleedomnsis
Jaffé-Kalcenbrunner, n. 702) ; sur l'ac- , syiiodi coif'tilula vtl tiiquaebeatae mtmoHae
ceptation p»r les Grecs de i'hénoiicon îm- | pratdeasior meus Léo apostalica eruditione
perlai. I perdoatU,inleitttrafavigeie ittbtittis, quia nu
'Ep. ad episcopos DardamaeCY^ttAjf. 404; I ullo modo rtlradari poittt, quod il.orum de- Jaffé- Kaltenbrunner, n. 6Û4) : BaiHiscus ly- finttiane sopitum, txc.
ramius tt kaereiicui scripUs apostoUcae sedis *Ep. ad Acaeium (Thiel, p. 195; Gûnther,
vehemeater infrafiui est. p. 138; JafTé- Kaltenbrunner, n. 578); Ep. ad
'Ep. ad Zeiumem (Thiel, p. 186; Cotleciio Zenonem (Thiel, p. 196; Giinlher, p. 139; Avellana, éd. Giinther, t. I, p. 138; JaRe- Jafré-Kaltenbruiiner,n. 579). Ilisl. de Rome. -~- zz
338 LIVRE I. cil. VI. ÉVÊQUKS ROMAINS JU.SQU'A LA FIN DE L'EMPIBE. [No 243.
L'avènement de Zenon eut un résultat semblable à Antioche, où Pierre le Foulon ne tarda pas à se voir dépouillé du siège qu'il avait usurpé.
Cependant un homme sut gagner la faveur de Zenon, qui, animé d'abord de conviélions catholiques et favorisé par le siège de Rome, provoqua de nouveaux périls par son ambition, sa faiblesse et ses fausses tentatives de médiation : le patriarche Acace de Constantinople. Il fut le père du schisme de 35 ans (484-518) qui a pris son nom et l'inspirateur du malheureux décrct,de482 qui porte le nom d'hénoticon et fut cause du schisme.
Cet écrit théologique de l'empereur Zenon avait pour objet une vague union entre catholiques et monophysites. La doftrine catholique au lieu d'y obtenir ses droits était au contraire opprimée. Les catholiques ne pouvaient en conséquence accepter l'hénoticon que les hérétiques comme Pierre le Foulon et Pierre le Rauque saluèrent avec joie, sachant fort bien que l'acceptation docile de ce décret leur rouvrirait le chemin de leurs sièges patriarcaux.
Acace se révéla de plus en plus comme un fauteur du monophysismc; Simplice lui adressa en vain de pressantes représentations. Le patriarche de cour garda vis-à-vis de Rome un absolu silence, mais n'en mit que plus d'ardeur à poursuivre son œuvre funeste en Orient, Il livra efTeftivement le siège d'Alexandrie à Pierre le Rauque et laissa cha.sser par le pouvoir civil Jean Talaja, successeur légitime de Timothée Salophaciolus.
243. Comme son glorieux prédécesseur Athanase, Jean Talaja se rendit personnellement à Rome pour y obtenir justice. Il se proposait en même temps d'obtenir du siège apostolique aide et conseil pour l'Église chancelante d'Orient Quand en 483 il rentra dans Rome il trouva sur le trône épiscopal le successeur de Simplice, Félix 111.
S'il y avait eu changement de personne, c'était toujours l'esprit des héritiers de Pierre qui animait le nouveau pape. Sous l'impérieuse nécessité des circonstances, Félix III prit une attitude encore plus ferme et plus libre vis-à-vis du schisme grec et en faveur de Jean Talaja persécuté que n'eût fait peut-être Simplice.
Avec le noble fugitif arrivaient à Rome de tous côtés des plaintes sur les menées monophysites d'Acace. Les orthodoxes ne pouvaient voir sans déplaisir l'intervention de l'empereur dirigé par lui.
Félix envoya deux évéques dans la capitale grecque. Vital de Truentum dans le Picenum et Misène de Cumes en Campanie, avec mission de défendre le dogme dans le sens du concile de Chalcédoine et de la lettre dogmatique de Léon et de prêter aide aux évéques déposés. Leur premier soin devait être de citer à Rome Acace pour répondre devant le tribunal du pape à la plainte écrite de Jean Talaja. Mais le siège apostolique fut trahi par ses propres représentants : épreuve humiliante et douloureuse qui plus tard aussi ne fut pas épargnée à Rome dans les moments les plus décisifs. Ces épreuves servent à rappeler à la papauté qu'il ne faut point compter exclusivement ni même trop fermement sur l'aflivité et le bon vouloir des hommes mais se reposer uniquement sur le bras de Celui qui, invisible, veille sur son Église. Les deux envoyés épiscopaux se laissèrent, sous l'empire de la sédufiion et de la peur, entraîner dans le parti de l'empereur et d'Acace, entrèrent en communion religieuse avec les hérétiques, confirmèrent Pierre le Rauque et diffamèrent Jean Talaja. Félix III réunit à Rome en juillet 484 un synode de 67 évéques
N° 244.] xn. CONSTRUCTION ET DÉCORATION D'RGLISES A ROME. 339
et annula leur sentence; il déposa de leurs fondlions les légats infidèles et les frappa d'excommunication '.
Il mit aussi Acace au ban de l'Église, le dépouilla de son siège de Constantinople et commit le défenseur papal Tutus pour porter le jugement dans la capitale grecque. Acace refusant de recevoir l'écrit pontifical, quelques moines eurent la hardiesse de l'attacher à son manteau au sortir du saint sacrifice. On leur fit payer cette audace de la mort ou de la prison, qu'ils supportèrent avec courage, au lieu que Tutus, à la nouvelle confusion de l'Église romaine, se laissa gagner à prix d'argent et adhéra au parti adverse. Félix III lui imposa aussi la double peine rie la déposition et de l'excommunication".
Il régnait sans doute alors à la cour de Constantinople un air infefticux, aux effets duquel on ne pouvait guère résister.
C'est ainsi que prit naissance, au milieu des sédu^ions et des violences, ce schisme regrettable qui a pris le nom d'acacien de son auteur, levain et orgueilleux évêque Acace. Acace raya le nom du pape des diptyques. L'ancienne et la nouvelle Rome restèrent séparées ; car après la mort d'Acace les héritiers de ses fondions dans la résidence impériale continuèrent à donner une place d'honneur dans les diptyques de leur église au nom de l'hérétique Pierre le Rauque ou du moins à celui d'Acace, bien que morts schismatîques et ennemis de l'Église.
Les évêques de Constantinople ne surent pas accepter les conditions que, comme Félix 111, ses successeurs Gélase, Anastase II et Symmaque crurent, avec une tranquille fermeté, devoir mettre à la réconciliation, pour arriver à une paix réelle et durable et non pas de simple façade et de mensonge. Sans doute la conduite de ce.s patriarches s'explique plus peut-être par la faiblesse et le respeft de la cour que par une obstination hérétique. Mais il n'était pas possible aux papes de renoncer à exiger l'obéissance et les garanties d'une véritable paix.
XII. — Construction et décoration d'églises à Rome sous Léon le Grand et ses sueeesseurs.
244. Les lourds devoirs de l'unité ecclésiastique et les soucis d'une surveillance qui s'étendait sur l'Orient et l'Occident n'empêchaient pas le zèle des évêques de Rome de s'exercer sur les affaires du culte religieux dans leur cité ép-scopale et de s'occuper d'élever à ce culte des monuments dignes de lui. Au temps où son aspect extérieurs'était transformé de païen en chrétien, Rome avait fait place au milieu de ses palais de marbre à beaucoup d'alises et d'oratoires de toute sorte (Voir la carte jointe à ce volume). L'accroissement du nombre et de la piété des fidèles, la multiplication des pèlerins dans la ville des princes des apôtres et des martyrs créaient chaque jour de nouvelles exigences pour le culte public. Il fallait d'ailleurs poursuivre les construftions commencées, les décorer, les restaurer parfois, par exemple quand une trop grande hAte dans les travaux primitifs avait eu pour conséquence des détériorations.
Quelques œuvres assurent au nom célèbre de Léon le Grand une place honorable dans l'histoire de l'architecture et de l'art. Ce sont surtout les deux
'Thiel, p. 247; Mansi, t. VII, col. 1065; nions susfienrii/, etc. Jafftf-Kaltenbnmner, n. 599 : Beatissimus 1 " Ep. ad Riifinum et Tkalasium (Thiel, PapaVtialtmtt Misenumab officia et comm«- \ p. 257; Jaffé-Kalienbninner, n. 608).
340 LIVRE I. CH. VI. ÉVÈQUES ROMAINS JUSQU'A LA FIN DK L'EMPIRE. [No Z44.
grandes basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul qui ont attiré sa sollicitude; et cela répond bien au caraftère de son gouvernement, tel qu'il a vécu dans la mémoire des siècles.
A Saint-Pierre, c'est une restauration générale qu'il entreprît. La grandiose mosaTque qui jusqu'aux temps de Grégoire IX ornait le haut fronton de l'église au-dessus des cinq entrées fut son œuvre. Les frais en furent couverts, au témoignage de l'inscription, par l'ex-préfet et con.tul ordinaire Marînien et par sa femme Anastasie. Ce n'est que tout récemment qu'un manu.scrit de Farfa du XI' siècle, aujourd'hui en Angleterre, nous a révélé le sujet de la représentation. On y trouve un dessin du frontispice, encore à cette époque dans son état ancien, et les détails de la mosaïque. Les 24 vieillards de l'Apocalypse, par groupes de quatre, offrent leurs présents au Christ représenté dans la hauteur. Au-de^îsus d'eux apparaissent avec leurs symboles habituels tes quatre évangélistes, témoins et hérauts de la divinité du Christ '.
11 est vraisemblable que la tribune ou abside de la basilique était demeurée sans mosaïque jusqu'à Léon le Grand et que ce soit justement lui qui en ait mis une pour remplacer une décoration antérieure moins magnifique'». Il joignit un cloître à la basilique : l'entretien de moines près de la maison de Dieu avait son importance pour l'exécution du service liturgique et aussi pour la surveillance d'un lieu placé en dehors des murailles de la ville. En outre Léon établit comme une garde d'honneur auprès du tombeau de l'apôtre 3, les atbicularii. On peut rapprocher ce nom, emprunté aux usages de la cour, de celui par lequel dans son inscription Constantin le Grand avait désigné \'ar£a S. Pelri : domns regalis, demeure royale*. A des appartements royaux convenaient fort bien des camériers. I.)ans leurs sépultures vénérées, les princes des apôtres recevaient des papes et du peuple le même traitement que des souverains régnants. " C'est là que trônent tous les jours les apôtres et que leur sang rend sans cesse témoignage à la gloire de Dieu ", écrivait en 314 le synode d'Arles au pape Silvestre s.
Léon le Grand établit aussi les cubicularii à la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie, où leur présence est également signalée par des inscriptions ^.
Des travaux exécutés par Léon le Grand à Saint-Paul, deux grandes inscriptions parlent aujourd'hui encore au visiteur du sanfluaire. L'une se voit au bord inférieur de l'arc triomphal en lettres mosaïques. " La piété de Placidie" y "félicite le zèle du pontife Léon d'avoir fait resplendir l'éclat de l'œuvre paternelle ". L' "œuvre paternelle " est la reconstruftion de la basilique commencée par Théodose, père de Placidie, de concert avec Valentinien?.
' Cf. Grisar, Die alU Petenkirche von Koiit 1 nés, cf. de Rossi, Roiiia 50lttr.,X. 111, p. 531. und ihre frkhesUn AiisicAlen.an 1. IX (1895) ' Cf. ci-dessus p. 247, et Annlen,t 1
de la RoiHische Quart ahcAri/l, p 15761 suiv. , t. I, p. rg^.
avec 2 pi.; en italien au t. 1 des AnaleHarp- ! * Mansi, l. II,co1. 469 : ùi çuibus {parithis)
mono, p. 464 et suiv. On y trouvera notam- I apostnli guvtiiHe iedent,elcrt4or ipsorum siiu
ment la preuve que le ms. de Farfa (n. 124 | intermissione Dei gloriasn itUatur.
à Eton Collège) offre dans la minialur
tombeau de Grégoire le Grand une fidèli
produ^ion de la façade de l'ar Pierre.
' Liier pon/i/., t. i, p. 239, Léo I, g 66.
'Sur les cubicularii des basilifjues ronii
hesne, Ldbei pontij., t. I, p. 341, n. 14:
inscription du VP siècle.
'PLACII)1.\K PIA MENS OPERIS DECVS (H)(>.MNF, I'ATKRNI I GAVI>ET PONTIFICIS STUDIO Sl'LF.NUERE LKONIS (cf. fig. 85). L'inscription n'est pas intiftjtalcmenl dans son éuu