N° 244-) XII. CONSTRUCTION ET DÉCORATION D'ÉGLISES A ROME. 34I
Le sujet de cette dernière mosaïque encore subsistante est analogue à celui de la mosaïque dont Léon I" orna le fronton de Saint-Pierre. La composition est grandiose et d'un puissant effet. Au milieu le buste du Christ bénissant, entouré d'un nimbe rond et à rayons ; à droite et à gauche, en témoignage de sa divinité, les quatre évangélistcs représentés symboliquement; plus bas s'approchant du Christ en deux groupes de douze à deux rangées égales chacun, les 24 vieillards de l'Apocalyse qui présentent au Seigneur leurs couronnes, inclinés dans l'attitude de la prière; un ange conduit chaque groupe et adore avec eux. Les deux figures qui se tiennent au bas à droite et à gauche sont Pierre et
Fig. 8$. Mosaïque de Galla Ptocidie sur l'arc triomphal de S. Paul.
Paul; celui-ci, au lieu de sa sépulture, a naturellement la place d'honneur, à droite de l'arc et à gauche du spe£lateur. Chacun d'eux, suivant les lois du style en usage, tient un rouleau comme témoignage de sa doflrine et de sa confession '.
primiiif. Homne pour om ne est une currup- I Sur un fra.gmenl autlienlique de la basilique
tion postérieure. Cf de Rossi, Miisaici : Arco \ de l'arc de Placidie, qui permet He juger de
diPlaciiiia, et Inscr. christ., t. II, p. 1, p. 68,81, ' la beauté du travail original, cf. Miititz, Rmue
98. Pour de Rossi, Léon n'a fait que restau- 1 de Tart chiélitn, 1S98, p. 16.
rer la mosaïque de l'arc de Placidie; il sem- I ' Notre dessin (fig. 85} est avec quelques
ble plutôt qu'il en soit l'auleur. Sur l'altribu- 1 relouches d'après l'original celui de Ni-
tion à. Léon I" de la mosaïque an;ilogue du I colai, Uella basilka tft S. Paoh, pi. VU,
frontûiideranciennebasiliquedeSnint-Pierre, [ et d' oliiinger, AlUhrislliche AnhiUktur,
cf. mes Anale^a routant, I. 1, p. 463 et suiv. 1 p. 1S9.
342 LIVRE I. Cil. IV. ÉVKIJUE-S ROMAINS JL'S<^U'A LA FIN DE L'EMPIRE. [N" 2++
L'inscription métrique qui .se trouve au-dessus des deux apôtres et que Léon le Grand y fît vraisemblablement mettre lui-même, a subi quelques changements par suite des restaurations dans le cours des temps. Pour saint Pau! l'inscription di>ait : "Tandis que Pau! persécute les vases de Dieu, lui-même devient pour les Gentils et les nations un vase d'éleflton " >. Celle de saint Pierre célébrait ce " portier " du royaume comme le " rocher établi par Dieu " et " l'ornement de la cour céleste"».
Tel est le remarquable arc triomphal de Galla Placidie et de Léon le Grand à Saint-Paul, précieux monument de l'art chrétien primitif (fig. 85), mais aus*! monument des transformations que quinze siècles font subir à des œuvres de ce genre. Car il ne garde plus intégralement le caractère primitif de l'œuvre te'Ae qu'elle sortit des mains des artistes romains; la figure du pape est notamment trop sombre 3.
Les deux hexamètres en mosaïque que l'on lit aujourd'hui au-dessus du même arc et qui relatent l'origine de toute la basilique, étaient dans l'église primitive de Théodose à une autre place, probablement sous la mosaïque de l'abside. On ignore ce que représentait cette dernière; la mosaïque aftueilc ne date que du XIII« siècle. Les deux hexamètres, de facture classique, se réfèrent à l'achèvement de l'église par l'impérial frère de Galla Placidie : " Théodose a commencé et Honorius achevé ce monument, sanélitié par le corps de Paul, le dofleur du monde " *.
Une inscription de Léon le Grand, composée d'un plus grand nombre de vers et qu'on voit aéluellement dans le cloître de Saint-Paul, garde le souvenir d'un autre grand travail exécuté par le pape dans la basilique. L'inscription parle de la restauration du toit de l'édifice-; le toit primitif, d'après le Liber poniificiiHs. avait été détruit par la foudre. Dans Icpoème les construfteurs du monument adressent leurs louanges à Dieu tout d'atxjrd qui, dans la ruine de la toiture, a épargné un plus grand malheur; puis au pape auteur de la reconstruflion. Dans une seconde partie de l'inscription qui diffère de la première, même par la forme. Léon lui-même s'adresse avec reconnaissance aux archite6les et leur retourne la louange : " C'est à toi, prêtre Félix, et à toi, lévite Adéodat, que revient la reconnaissance, etc." s,
' PersequUur dam vnsa Dei fit (PWLVS ET 1 ^ C'est à une maladroite resiauraiion qu^
IPSE : Vas (fi)DEI EL.KCTVM GENriBVS (et ' faut attribuer les bâtons incompréheo-
popiiUs), telle est la leflure que donne de : sibles aux mains des anges, ei celui qui
Rossi {Afiisaici, quo supra) de l'inscription | charge les épaules du Christ; d'après les
primitive d'après les fragments recueillis par I règles archéologiques il devait porter une
Ciampini et Margarini. Cf. deKossi,///xfn^/. croix ou un mont^ramme, signe de vie-
ckrisl., t. Il, p. I, p. CLXVi et 148. ' toîre du Christ triomphant dans sa hasi-
' D'après la Sylloge Turoaensii, de Kossi lique. C'est un anachronisme qui a lai'
donne ainsi cette inscription : /ar/iA}r<ïi^ir<M/j' r meure dans la restauration une épà au*
est /DE[ PETRA CVLMKN HONORIS I Hedii , mains de s. Paul et les clefs dans celle*
ii^OJJ'f/rVa.t r^iîOR ErOMNËDEcvs. Ciampini [ de S.Pierre,
n'en vit que les fragments, marqués ici en 1 'XHeODOSIvs Cepit pkbfecit onOBIïs
lettres capitales et les compléta de la manière AVLam | DOCTORIS MVNUI SaCRATaM COK-
suivanle : {l^oce Dei fis l'ttre Dei) pttra, cul- i PORE PAVLI (fig. 85).
men honoris \ {Aulae cocUstis splend) or et \ ' L'inscription débute : EXVLTATE P" !-*■
r decus. C'est cette restitution fautive cri.mis in gavdia versis Ct Grisar, ^im-
que l'on suivit dans la restauration du mo- tecta roinana, X. I, p. 148 (texte et cumniennumenl. Ue Uoasi, quo supra, p. 68, n. 33 ■ taire); pi. 1, n. 6 (reproduflion pholograet ih'. I phique).