N" 245.] XII. CONSTRUCTION ET DÉCORATION D'ÉGLISES A ROME
Il est très vraisemblable que ce Félix est le père du futur pape Félix I!I, à la ramille duquel appartenait Grégoire le Grand, qui se rattacherait ainisi par ses ancêtres à Léon le Grand dont le pontificat ne le cède pas en éclat au sien '.
Une troisième inscription enfin qui portait le nom de I^on, se trouvait jadis au cantharus de l'atrium de Saint-Paul. Elle disait en beaux hexamètres, bien coulants, que " Léon, le diligent pasteur" avait ramené à la fontaine l'eau que l'incurie en avait laissé perdre. Elle invitait les visiteurs du san6):uaire i se laver les mains dans la fontaine jaillissante, suivant la coutume religieuse'.
En 1S58 on exhuma aux environs de Rome une église construite par Léon le Grand. On lit dans le Liber pontificalis que sous ce pape la vierge consacrée Démétriadc avait fait élever sur ses biens à trois milles de Rome, sur la voie latine, une basilique en l'honneur de S. Etienne. C'est ce monument, disparu sans laisser de traces que, l'année susdite, on retrouva sous les monceaux de terre qui se dressent dans un site pittoresque sur ia voie latine, près djs tombeaux païens si visités; on le retrouva avec toutes ses murailles bien reconnaissables, son plan, son ordonnance et maints morceaux de sa décoration primitive : colonnes, chapiteaux, balustrades de marbre. Du narthex on distingue trois vastes nefs séparées par des colonnades et dont la centrale est terminée par une abside. Des fragments irréguliers de murailles classiques témoignent que l'on a bien affaire à une basilique construite sur l'emplacement d'une propriété rurale de l'époque païenne. Devant la place où se trouvait le maître-autel, s'ouvre une espèce de confession, plus ancienne peut-être que l'église elle-même. Les fragments, qui gisent épars, de précieux .sarcophages de marbre montrent que, suivant l'usage, l'atrium de cette église rurale et l'emplacement autour des murailles servaient de sépulture à de nobles morts. Cette remarquable découverte fut confirmée par celle de l'inscription dédicatoire en vers. Elle contient le nom de Démétriadc Amnia appartenant à la \\o\>\^gensAniciact celui du pape Léon. Démétriade est connue hors de Rome 1 sa noblesse et ses vertus sont souvent célébrées par les pères de l'Eglise de cette époque 3,
245. Sous Hilaire. successeur de Léon le Grand, on accomplit d'importants travaux dans l'église d'Anastasia ou Anastasîs. Les pieuses donations de Sévère et de Cassîa permirent d'orner de mosaïques et de marbre cette église de la cour, située sur le Palatin 4.
Dans le voisinage de Saînt-Laurent hors les murs on fit de nouveaux bâtiments; c'est Hilaire qui fit élever le cloître, demeuré au même endroit jusqu'à présent; ilyjoignît deux établissements de bains; c'était un antique usage que d'installer des bains près des grandes églises, notamment près de celles que fréquentaient les pèlerins. Enfin Hilaire fit construire au même endroit un praetor'min, hospices pour les pèlerins ou vîUa pontificale et il y fit
' Epiiaphe à S. Paul du prêirc Félix (t 47 0. 1 ^ Cf. L, Fortunati, Relaxioiie générale degli
dansde Rossi,/«Jiy.£A/'£t/.,t. 1, p,366, n.831. scarvi e scoperU /atU lunça la Via lati/ia
Cf. ièùL.p. 371 el suiv., les épiiaphes de Pe- j (Roma, iSsg, avec plan). Mgr Duchesne lui
tronia, femme de Félin III. morte pendant | a emprunte (Liierponti/., l. I, p. 531), en la
son diaconat; de ses enfants Paule et Gordien | complétant d'après Garrjcci, l'inscription qui
et d'une vierge de sa parenté Émilienne, 1 commence : CVM uvndvm lm/xens dem^-
Cf. Duchesne, Liber pantif., t. I, p. 253, n. î. | lriK& AMNIA virgo.
' Début : Periiiiierai laticum longaeva incu- \ ' De Rossi, Imer. christ. ,1.11, part. I, p. 24,
ria curiui.( De Roisi, Inscr., 1. 1 1, part. 1, p.8o.) I n. 25.
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mettre deux bibliothèques; peut-êtie ne faut-il voir dans cette expression du Liber fontijicalis qw'ane allusion à la séparation, usuelle dans l'antiquité, des bibliothèques grecques et latines '.
Le Liber pontificalts parle d'une autre construftion faite dans le voisinage de Saint Laurent par le successeur d'Hilaire, Siniplice, celle d'une église en l'honneur de S. Etienne; il semble que ce n'ait été qu'une chapelle funéraire à 3 absides, et qu'elle ait contenu entre autres le tombeau d'un évêque du nom de Léon, dont on a retrouvé en partie l'épitaphe à l'emplacement supposé de l'église, près de l'angle sud-est de la basilique. On a cru retrouver dans l'inscription la preuve de l'existence en cet endroit d'une propriété rurale que Léon, grand amateur du chant ecclésiastique, y aurait possédée étant encore païen et dans laquelle auraient été construits le praetorium et la chapelle".
La basilique de Saint-Laurent, la troisième parmi les basiliques funéraires, qui ne le cède qu'à celles de Saint-Pierre et de Saint-Paul, doit avoir été à l'époque un lieu de pèlerinage fort fréquenté par les pieux fidèles. Car le successeur de Simplice, Félix, construisit aussi, nous dit-on, dans le voisinage «ne église en l'honneur de S, Agapit. La caraftéristîque de ces chapelles funéraires était la présence de nombreux sarcophages, souvent vrais chef-d'ceuvres de l'art. On recherchait toujours beaucoup à se faire ensevelir près du tombeau d'un saint célèbre.
C'est un caractère tout différent que présentaient quelques autres églises qui se rattachent aux mêmes pontifes. La "basilique du saint apôtre André près de la basilique de Sainte-Marie", attribuée à Simplice par le Liber ponùficalis, n'était, comme nous verrons, qu'un palais ancien transformé par un Goth en église; tandis que la " basilique de Saint-Ètienne au Mont Ccelius " dont la même source fait honneur an même pape était une rotonde antique qui s'est changée en église pour devenir Saint-Étienne le rond; nous la décrirons plus tard. Voilà donc deux bâtiments fort différents des basiliques au point de \Tie architcflural. La forme basilicale fut au contraire adoptée par Simplice pour la petite église de " Sainte-Bibiane près du palais licinien ", qui possède encore ses trois nefs divisées par deux colonnades 3. H faut aussi regarder comme de petites basiliques les nombreuses églises rurales, élevées par Gélase, successeur de Félix m. Dans le but évident de faciliter à la population suburbaine de Rome la fréquentation du service divin, il consacra, d'après le Liber pontificûlis, une église de Sainte-Euphémie à Tibur ou dans les environs, puis celles des saints Nicandre, Éleuthère, André sur la voie labicane, et celle de Sainte-Marie
' Liier ponli/., L I, p. 244, Hilarus, S 7 1 ;
cl n- 10. Cf. dans la Ztitschrift fur kaSk.
Théologie, t. XXVIl {1903), p. 131 et suiv., mon article Bibel oder Uiblioihtkt en réponse à l'opinion émise dans le Cenralèlatt fiir Biblioiheksu:. t. XVI (1899), p. 525, conirc ce passage de mon édition allemande, opinion appuyée sur l'autoriiii de Samuel Berger et qui tend établir que, dans le texte du Liber Pontifiealis, bibliothecae désigne non des biblioth'èques mais des manuscrits de l'Ancien et du Nouveau Testament.
' Liber ponli/., l. 1, p. ^49, Simpliciui % 72. et n.3. Dans l'inscription Léon s'exprime amsi sur le chant ecclésiastique : psallere ET in
POPVLIS VOLVI tK(oiluliintt) PROFEr{a) | SIC HERVl PI.EBKM CHRISTI RETIN(«)RE SACBR- DOS. Praetorium est pris au sens de manoit domanial. Marucchi, llpapa Damaso (Ronw.
J905), regarde avec vraisemblance ce Léon comme père de Damase.
' Liber pontif., ibid. : basilicam intra vrW Rama, iuxta fialatiuiH JJciiiianum, btaiai inaityris Bibianae, ubi eorput eim requirscit.
N" 246.] Xir. CONSTRUCTION ET DÉCORATION D'ÉGLISES A ROME.
sur la voie laurentine, au fundus Crispiiiis '. La campagne romaine possédait encore de nombreux villages et de grands établissements. Les églises susnommées et d'autres dont on a connaissance, servaient de centres ecclésiastiques pour l'enseignement et pour l'administration du baptême et des autres sacrements. L'église ci-dessus décrite de Saînt-Étienne, construite par Léon le Grand sur la voie latine, montre encore parmi ses ruines, au bout d'une des nefs latérales, l'antique cuve baptismale à laquelle on accédait par des degrés. Il y avait donc là jadis une population rurale, dont dès le haut moyen âge on ne trouve plus aucune trace.
246. Revenons à la ville. Nous apprendrons maint détail sur les décorations faites par te pape Hilairc dans diverses égli.ses et nous pourrons mieux ainsi nous figurer la richesse répandue à cette époque dans les églises de Rome. Il combla surtout de présents ses deux oratoires près du baptistère du Latran, qui depuis Sixte III avait changé de forme (fig. 80. La généreuse fondation d'Hilaire se rattache à sa conduite au brigandage d'Ephèse avant son pontificat. Quand, légat pontifical, les violences de Dîoscure et de son parti l'obligèrent de fuir, il se cacha dans la chapelle funéraire de Saint-Jean l'Évangéliste, mort à Éphèse. C'est ce que nous apprend une source tout récemment publiée sur ce malheureux synode, Hilairc attribuait au secours de l'Évangéli.ste d'avoir pu heureusement retourner à Rome, en dépit de grosses difficultés. La reconnaissance lui fit dédier à l'apôtre Jean le plus remarquable des deux oratoires susnommés qui, avec son atrium, a presque la forme d'un mausolée ; peut-être est-ce une reprodu<5lion de la chapelle funéraire de Saint-Jean à Ephèse (fig. 81, c.)a. Au-dessus de la porte qui conduit du baptistère à l'oratoire, il mit l'inscription encore subsistante : " A son libérateur le bienheureux Jean l'Evangéliste, Hilaire, évéque, serviteur du Christ " 3.
L'autre oratoire, qui fait vis-à-vis au précédent, fut et est encore dédié à S. Jean-Baptiste 4.
Les deux chapelles rayonnaient sous leur magnifique revêtement de marbres et de mosaïques. Dans celle de l'Évangéliste on admire encore la belle mosaïque de la voûte qui montre au centre l'agneau de Dieu dans une guirlande de fleurs et tout autour des corbeilles de fruits entourées d'oiseaux alternant avec les pampres classiques qui s'enroulent sur les échalas. L'exécution est pour cette époque .-iurprenante de légèreté et de grâce s.
Les deux chapelles reçurent aussi d'Hilaire de belles et solides portes de bronze, si conformes au goût romain. Celle de la chapelle de l'Évangéliste a été remaniée ou remplacée au temps de Ccncius Camerarius (Honorius III); mais
' Ibiii., t. I, p. 355, Gtlis., § 74 : didicavil basilicain innflae Eufimiae martyris in eivitate Tiburtina et alias basilicas san^orum Nicandri, Eleutheri ti Andreae in via Laèicana, in villa Pertusa, elc.
' Martin, Le brigandage d'Éphhe, dans la Revue des se. ecclés., 1874; tiré à part, avec les acles syriaques, Paris, 1874.
^Artalecta rom., t. I, p, 150, § 6, pi. I, n. s.
'■\'o\riM'd., p. 149, § s, pi. I, n. 4, l'inscription : + HILAKVS EPISCOPVS f SANCTAE
PLEB1 DEI f. Les deux autres inscriptions, nu dessus de chaque porte (Garrucci, Arle crist., t. IV, p. 47) sont modernes.
'La reproduflion de Rohault de Fleury, Latran, pi. 39 est meilleure que celle de Garrucci, op. cit., pi. 238. Les croix, que cette dernière figure sur les échalas, n'existent plus, comme je m'en suis assuré de visu. La mosaïque de la chapelle de Saini-Jean-Bapiiste n'existe plus que dans un dessin inachevé.
(Ciampini, Veter.t moniim., t. I,c. 26, pi. 75; reprod. par Garrucci, pi. 239;.
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celle de la chapelle de Saint-Jean- Baptiste, avec ses ornements de croix d'argent en applique et son inscription en lettres d'argent demeure un spécimen, extraordinairement précieux par sa rareté, de ce genre de produftion de l'art chrétien primitif'.
Cent livres d'argent furent dépensés pour l'autel de la coafession de chaque oratoire : les croix d'or dont ils étaient surmontés n'étaient pas des objets qui pussent braver les siècles, non plus que les autres objets de métal précieux dont Hilaire décora la grande cuve baptismale de l'église et son nouvel oratoire de la Croix '.
Ce magnifique oratoire en l'honneur de la Sainte Croix fut disposé de façon à former en quelque manière un tout avec le baptistère, auquel il était relié par un portique et avec lequel il avait d'ailleurs un lien intime. Après le baptême le néophyte recevait la confirmation dont le symbole était la croix; depuis Hilaire, il se rendait, pour recevoir ce sacrement, du baptistère dans le grand oratoire neuf par le portiques.
Jusqu'au commencement du XYII* siècle il subsista des restes importants de ce portique et de cet oratoire du pape Hilaire 4.
La description qui nous en est faîte et les indications assez précises du Liber pontificalis nous permettent de nous faire une idée approchante de cette superbe construftion. Il y avait un trîportique, dont la colonnade était ornée d'une frise magnifique. Dans la cour intermédiaire qui formait comme l'atrium de l'église de la Croix, se trouvait une grande fontaine à bassin de porphyre accostée de deux autres fontaines. Sur la frise de la colonnade courait une inscription qui louait Hilaire d'avoir débarrassé cet e.space des gravois {rutUrum moles) qui l'encombraient à hauteur des colonnes; celles-ci et les parties constitutives des belles fontaines étaient sans doute empruntées à des monuments antiques ^.
L'oratoire de la Croix avait un plan analogue à la célèbre chapelle funéraire de Galla Placidie à Ravenne; c'était une croix à branches égales. Chaque bras, à l'exception de celui qui servait d'entrée formait une chapelle et dans l'intervalle qui les séparait deux à deux, s'élevait une autre chapelle ; on avait ainsi un nombre total de sept chapelles. Ce 5an6:uaire avait aussi une décoration intérieure de marbres plaqués et de mosaïques. Hilaire y déposa les reliques de la sainte croix conservées jusque-là dans l'église voisine de Jérusalem ou Sainte-Croix de Jérusalem^.
' Dessin des deux portes dans Rohault de Y\vxrj, Latran, pi. 37*1 39; inscripiion de celle du Baptiste, Analecta rom., t. I, p. 149.
' Liber poHiif., t. I, p. 243i Hilarus, S 69
' Cf. mes explications ; // distrutio oratorio lattranense delta Croce e /' " adoralio crueii " a Roma ed a Gerusaletnme, dans la Civiltà calioHca, 1895, t. III, p. 7a?
et luiv.
' Panvinius, de Septim iccUsiis (1570), p. 164. Sur les autres relations et sur la reconstruflion du portique et de l'oratoire, cf. Rohjuli de Fleury, Latraii, p. 318, 416, pi. 33
i L'inscription Hic (l'eus olim,clc.,ieiro\xvK dans De Rossi, Inscr. christ, t. II, part.
I, p. 147, et dans \)-ac\t^%m, Liber pi>nti/.,\. I, p. 146. Cr. mes Analecta lomana, t. I, p. S8 et suiv., oii l'on apporte comme terme de comparaison l'inscription de la colonne trajane, qui donne aussi la hauteur du terrain déblayé.
' Liôer poulij., ibid. : confessionem ubi !>• gnum posuil domitiicum. Le vendredi saint, d'après une description du rite pontifical, au VIII' siècle (de Rossi, lascript. christ, t. II, part, I, part. 34), on portait la grande leli. que de la croix du Latran à Saînte-Cioîx de Jérusalem,
N" 246.] XII. CONSTRL'CTION ET Dl^XORATION D'Ér.LISES A ROME.
Les indications relatives aux précieux objets d'orfèvrerie, dont Hilaire enrichit son oratoire de la Croix, nous reportent à la dernière floraison de l'art
On peut se figurer ces objets en quelque manière en prenant pour terme de comparaison les rares monuments artistiques de cette époque que l'on conserve. Par exemple, le Liber pontificalis nous apprend que Hilaire décora le haut de la confession d'un Agnus Dei d'or, debout sous un arceau d'or pur, soutenu par des colonnettes d'onyx, et que devant la confession pendait une croix d'or de vingt livres pesant, couverte de pierres précieuses. Cinquante livres d'argent avaient été employées aux portes de la confession, cinq livres d'or au lampadaire suspendu dans l'oratoire et que décoraient des figures de dauphin; autour de lui brûlaient quatre lampes d'or de deux livres chacune '.
Voyons maintenant la fontaine du baptistère, le lieu principal pour l'administration du baptême à Rome! Sur les bords du bassin Hilaire fit placer trois cerfs qui y jetaient l'eau de leur bouche. Ce jet servait à l'administration du baptême et les cerfs y rappelaient celui des psaumes, qui brame après la source d'eau, image de l'âme qui cherche la grâce. Chaque figure était de 30 1. pesant d'ai^ent ; 60 livres du même métal avaient été employées à une " tour" ornée de dauphins qui semble s'être élevée au milieu de la cuve ronde. Si nous comprenons bien un texte assez difficile, cette tour soutenait une magnifique lampe d'or à dix lumières, qui dès l'entrée des ténèbres, dans la nuit de Pâques par exemple, servait à éclairer les cérémonies dn baptême. Une colombe d'or, symbole du Saint-Esprit, planait sur l'eau de la renaissance spirituelle.
Nous passons sous silence les indications du Liber pontificalis relatives aux sacristies et aux trésors des basiliques du Latran, de Saint-Pierre, de Saint- Paul, de Saint-Laurent, enrichis par Hilaire, et qui représentent un total fabuleux d'orfèvrerie d'or et d'argent. C'est un feuillet de l'histoire artistique de Rome qui n'invite pas seulement l'imagination à ressusciter tous ces objets, mais qui montre aussi l'inépuisable source de richesse que versèrent alors dans le sein de l'église de Rome les donations des grandes familles sénatoriales et l'extraordinaire générosité de la cour qui se manifestait à chaque occasion. Il y avait eu comme un concours de rapacité brutale entre les Goths et les Vandales pour dépouiller Rome de .ses trésors d'or et d'argent. Et maintenant qu'il s'agissait de remplacer les pertes faites par les églises pillées, or, argent, pierres précieuses affluaient avec empressement. L'on ne se trompera pas en pensant que les revenus des domaines ecclésiastiques, des " patrimoines de Saint-Pierre ", ont contribué pour la plus large part à ces décorations. Car, pendant les vicissitudes que subit Rome, les patrimoines restèrent au pouvoir des papes et continuèrent autant que possible à fournir à l'Église des revenus réguliers. Un ancien historien des papes a évalué à 102983 écus la somme qu'Hilaire, d'après le Liber pontificalis, dépensa pendant ses sept années de gouvernement, en objets et décorations de métal précieux; ce qui fait plus d'un demi-million de francs,
'Les mosaïtiaes de l'époque donnent la 1 sculptures de la porte de Sainie-Sabine(' j4»a-
forme de la croix, par ex. celle du narthex [ Ucia, t. I, p. 441, fig.). On trouve l'arc sur
du tiaptistère du Latran (Garrucci, pi, 238, 1 des sarcophages, l'agneau sur la décoration
qui rappelle peut-être le consignalorium an- de l'oraioire de Saint-Jean Baptiste près du
térieur à Hilaire); elle parait aubsi sur les | baptistère du Latran.
348 LIVRE I. CH. VII. l'art et la civilisation KOMAINE. (No 247.
somme assurément considérable étant donnée la valeur relative de l'aient à cette époque'.
Cette résurrection de l'activité artistique pour les églises allait la main dans la main avec un réveil du culte ; c'est du moins ce que l'on peut conclure de ce que le Liber pontificalis nous dit des stations. Hilairc témoignait une sollicitude particulière pour ces antiques exercices religieux de Rome. La basilique du Latran et l'église de Sainte-Marie sur l'Esquilin semblent avoir été les centres liturgiques des stations. C'est là que sont gardés les ustensiles précieux qui accompagnent les processions aux messes des stations. Dans la rénovation des vases sacrés, la générosité du pape n'oublie aucun des 25 titres de la ville ; il donne 25 scypki d'argent, espèces de grands calices, de dix livres chaque; 25 amat ou hamae du même métal et du même poids; vases qui servaient, les uns ou les autres, à recueillir le vin que les fidèles offraient à la messe dans leurs amulae. En outre le pape donne pour chaque titre deux calices d'argent plus petits pour la distribution aux fidèles, ca/('<;fj ministeriales,àe deux livres chaque; enfin un grand scypkus aureus stationarius, commun à tous les titres, de huit livres d'or ".