‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 109 sur 165 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

L'art et la civilisation romaine dans leur effloreseenee

chrétienne.

247, La culture de l'art était loin d'être éteinte à Rome à la fin de l'Empire. Sur le triple domaine de l'architeélurc, de la peinture et de la sculpture, elle continuait de produire des œuvres remarquables. La construction dans la ville de nombreuses basiliques, la générosité que l'on mit à les doter de riches décorations et de vases liturgiques de toute sorte donnèrent à l'art romain traditionnel un certain regain d'aCtivité, dont il ne fut redevable qu'à l'Église.

Ce qui donne pour nous un intérêt tout particulier à ce renouveau, c'est que les idées chrétiennes se revêtaient tantôt des formes anciennes et tantôt de formes toutes neuves.

Dès le commencement de la transformation de Rome sous Constantin, les arts abandonnèrent de plus en plus les foyers de la vie [jrofane pour se réfugier dans les églises. D'art mondain il est de moins en moins question, tandis que l'architeflurc chrétienne se développe par la construflion de nobles et magnifiques basiliques, de baptistères, d'églises funéraires avec leurs sarcophages, d'oratoires aux formes variées, rassemblant en même temps dans l'intérieur des églises, surtout des grandes basiliques, des titres et des stations, tout ce que peuvent donner la plastique et la peinture, l'une en travaux de marbre ou d'orfèvrerie, l'autre en fresques et en mosaïques.

L'art de l'Église s'efforça de christianiser les formes antiques. Elle s'appropria de tout cœur, avec un véritable sens de l'expression extérieure du beau,

' Ciacconius, Vilae ponlîficum (1&77), t 1, 1 ' Sur le rôle de ces vases litui^iques, c£ p, 316. I Duchesne, Uber poiUi/., t. I, p. cxxiv.

l'héritage artistique de l'antiquité classique; ce ne fut que la décadence générale de la vie publique et sociale qui ne lui permit pas de s'élever à la même pcrrefïion de goût et de dessin.

Déjà dans la période préconstantinienne, l'art chrétien avait pris une direction indépendante par l'esprit qu'il insufflait à ses œuvres; après cet empereur, il ouvrit plus expressément encore des voies nouvelles, pour approprier de plus en plus l'art existant aux idées sublimes et au but du culte chrétien. On ne peut cependant dire que l'Église créa un art nouveau, en ce sens qu'elle aurait inventé un style ou des formes, se manifestant d'une manière tout à fait neuve aux yeux de l'humanité sur le terrain artistique. Non, personne ne songeait que la nouvelle religion eût à créer du neuf en ce sens. Une telle étrangcté eût été un démenti donné à sa sagesse, elle n'eût produit que des œuvres sans naturel, et n'aurait fait que se rendre plus difficile l'accès du monde contemporain. Ses artistes, dont beaucoup étaient des convertis, continuèrent de travailler en paix sur le trésor des formes traditionnelles. L'Église qui s'accommodait silencieusement à tous les usages de la vie courante, qui acceptait tout l'extérieur de la société contemporaine, sauf la superstition païenne ou l'immoralité, pénétrant tout, élevant tout de sa pensée sublime, laissa son art sortir du sol commun de l'art romain, en lui imprimant le sceau de son esprit, de sa pureté, de sa plénitude de pensée.

Dans les temps antiques et dans cette période d'antiquité chrétienne que nous étudions, l'art pénétrait si profondément la vie publique et privée que son histoire est vraiment l'histoire de la civilisation. Dans les temps modernes il s'est creusé une séparation entre l'art et ta vie. L'industrie, qui aujourd'hui domine tout, nous laisse à peine soupçonner quel puissant faflcur étaient autrefois les arts dans la tournure d'esprit de la société et combien vraiment on sentait battre en eux tout ce qui faisait battre le cœur de l'humanité. L'union étroite que tous les siècles ont justement établie entre les concepts d'antiquité classique et ceux de culte du goût et de la beauté, existe réellement aussi entre les termes d'antiquité ecclésiastique et d'art. En donnant quelques détails sur cette dernière efHorcscence de l'art romain, il est donc tout à fait dans le plan de notre ouvrage de faire passer sous les yeux les côtés les plus importants de la civilisation chrétienne de l'époque.

248. Dans l'architeélure chrétienne deux formes principales ont été, comme on sait, adoptées pour les édifices du culte : la forme centrale et la forme basihcale. L'Orient préféra la première, l'Occident et surtout Rome, presque sans exception, la seconde.

L'antiquité classique avait connu les deux formes et produit en chacune des merveilles. A Rome, parmi les édifices centraux encore debout, le Panthéon d'Agrippa est le plus achevé (fig. 86). La magnificence de cette immense rotonde, la liaison et l'accord de toutes les parties tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, qui produisent une impression d'harmonie parfaite, ce jour unique qui venant du sommet répand sur toute la masse la même vie, toutes ces supériorités de l'immortel Panthéon, le plus beau des monuments conservés de l'époque classique, montre de quoi est capable la construéïion centrale aux mains d'un véritable maître.

3S0 LiVKE I. CH. Vit. L'art et la civilisation romaine. [No 248

Plusieurs raisons ont fait cependant préférer dans la Rome chrétienne le système basilical au système central pour les assemblées ecclésiastiques,

La principale se trouve dans les exigences pratiques du culte divin. Il est incontestable que le plan longitudinal de la basilique avec l'autel et le sanctuaire à l'extrémité de la nef répond mieux aux objets liturgiques qu'une rotonde dans laquelle l'idée de l'ensemble demande que l'autel, véritable aboutissant de tout, se trouve au centre. En outre chez les Latins et à Rome particulièrement la prédominance de la forme basilicale dans les construftions profanes a dû exercer son influence. Les lieux de réunion du moins, marchés et salles de

Fig. S6. Intérieur du Pantbéon.

justice, adoptaient de préférence la forme basilicale. Les construtflions centrales, au contraire, soit circulaires, soit polygonales, soit encore en forme de croix à branches égales, étaient préférées pour les mausolées et pour les nymphées avec leurs constru6tions hydrauliques et leurs bains. Or l'architeflure chrétienne de Rome choisit au.ssi de préférence la forme centrale pour les églises funéraires. Elle l'employa également pour les baptistères, où dans le bain du baptême se célébrait la résurre6lion chrétienne. Le baptistère construit au Latraii par Constantin et Sixte III était rond et il servit de modèle à d'autres édifices du même genre. La parenté de ces deux genres de construftions chrétiennes avec les mausolées et les nymphées saute aux yeux '.

■ Sur le iyslèine des conslrudlions centrale j cf. Ueliio et Bezold, die kirchlicht Baukunst et basilicale et leur adaptation aux (:gli£es, | des Abendtattdis,hislorisckund sysiematisck

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