LIVRE I. CH. VII. L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N
l'an mil. Peut-être quelques-unes étaient-elles des remaniements de dessins du temps même de la fondation •.
Immédiatement au-dessus des arcades de la nef centrale se trouvaient les portraits des évêques de Rome à raison de deux par arcade. Nous reproduisons ceux de Damase et de Sirice, comme spécimens des plus anciens (fig. 98"). Les bustes étaient pourvus d'inscriptions donnant les noms des évêques représentés. Il y avait de .semblables séries de portrnits pontificaux dans les basiliques au Latran et de Saint-Pierre. La basilique de Saint Apollinaire in Classe possédait aussi la série des évêques ravennates (fig. 89). Cet usage de mettre dans les églises tes portraits des évéqucs pourrait être un écho de la coutume des anciens d'orner les salles des habitations privées des médaillons des ancêtres. Pour le siège romain les portraits des papes avaient une importance particulière : c'était un monument écrit de la .succession des héritiers du pouvoir de Pierre; c'était un témoignage rendu par les trois principales églises de Rome à la légitimité de la puissance du successeur du premier entre les apôtres. Ils proclamaient dans un silence éloquent que l'union avec les détenteurs de la puissance pontificale est la pierre de touche de l'unité et de la vraie do£lrine3.
Tant à Saint-Paul qu'à Saint-Pierre et au Latran ces médaillons étaient plutôt des types idéalisés que de véritables portraits. C'est ce que prouve pour les têtes aujourd'hui conservées de l'ancienne église de Saint-Paul la trop grande uniformité des types. Il n'en va pas ainsi des mosaïques modernes qui
' E. Miintz, Uancienne basilique de Saint- Paul hors les murs, ses fresques et ses mosaïques {Revue d£ l'art chrétien, 1898, p. i et suiv.), avec 2 pi. tirées de la Bibliothèque Barberini.
■ Photographie du commandeur Carlo Tenerani, Damase est mieux conservé que Sirice, dont le vêtement sur la poitrine est défiguré par des retouches. Damase porte une tunique blanche à bordure rouge et un pallium jaune foncé qui passe par dessus l'épaule et couvre le coude gauche; ce n'est pas là le palllum, futur insigne ecclésiastique, il a la simple forme classique, comme partout ici chez les papes les plus anciens; et naturellement l'on n'a guère de croix Ik y remarquer, comme on en trouvera plus loin sur d'autres tïg. Les grandes tonsures sont carafléristiques. Damase a 82 cm., Sirice Si de haut. Le fond gris est entouré d'un anneau vert, avec encadrement rouge et jaune. A côté de chaque pape des inscriptions donnent la durée du règne en ans, mois et jours : dama | svs
SED. I ANN. I XVUI I M.ll D. | X. — SIRICI ]
vs SED. I ANN. I XV { M.xi | D.xxv. Comme autres exemples d'anciennes imagines elypeaiae chrétiennes, voir les portraits de l'oratoire de Saini-Chrysogone à Ravenne (Garrucci, Artt crist., pi. 224 et suiv,), ceux des apAtres à l'arc triomphal de Saint-Vital à Kavenne (ibiii., pi, 259), ceux de la chapelle
de Zenon à Sainte-Praxède de Rome {ibid., pi. 387). Voir aussi ci-dessus fig. 69.
3 Au moment de l'incendie on ne put sauver que 42 médaillons de la paroi méridionale. Ils vont de S. Pierre à Innocent I". Sur 34 d'entre eux les personnages sont d^termiminés par les anciennes inscriptions; les médaillons d'Éleulhère et de Denys sont perdus. (De RossI, Bull. arck. crist., 1S70, p. 122 et suiv.) Sur ces portraits des papes et les autres du même genre et sur l'origine de cette décoration de Saint-Paul, voir Duchesne, Liber pùiilif., I, p. xxv et suiv. : " La série antique commençait au-dessus de la corniche, en haut de la nef, sur le mur méridional ". Voir aussi Miinti, /. c, p. 9 et suiv. Les figures des plus anciens papes conservent le cara^ère primitif qui leur fut donné au V siècle (cf. notre fig. 98). Cependant les traces d'un remaniement médiéval sont sensibles, surtout dans le vêtement, Ccst ainsi que sur le médaillon d'£usèbe le clavus de la tunique a été maladroitement mis dans une situation oblique. Avec la tunique blanche à clavus rouge tous ces papes ne portent que le palltum antique de couleur sombre des doreurs et des philosophes et non le pallium ecclésiastique à bande blanche. Cf ma dissertation sur le pallium romain dans la Fesischtift ... des Campo Santo ni Xem {'897). P 93-
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aujourd'hui ont pris la place des portraits des papes. On y voit une remarquable diversité de types, sans naturellement qu'elles aient la moindre prétention à une fidélité historique, impossible à atteindre. Ce n'est que pour les papes postérieurs au XV" siècle que ces figures peuvent prétendre à une exactitude suffisante.
Les grandes mosaïques de l'arc triomphal de Saint-Paul nous ramènent à l'antiquité avec une certitude relative. Nous en avons parlé à propos de Léon I*'
255. Une inscription en mosaïque, conservée jusqu'à nos jours avec des altérations, nous rappelle que cette aula a été commencée par Théodose et achevée par Honorius en l'honneur de Paul, " l'apôtre des Gentils ".
Théodose le Grand avait en eflet en 386 rendu un édit, conjointement avec Valentinien II et Arcadius, pour ordonner l'édification du monument et ce prince régnait encore en Italie quand Sirice consacra l'église en 390. Les inscriptions relatives à cette consécration existent encore; elles se trouvaient jadis sur la première colonne de la seconde nef latérale du nord, qui dut sans doute cet honneur à ce qu'elle fut dressée la dernière. Malheureusement, étant de cipollin, elle fut gravement endommagée par l'incendie ■.
C'était l'usage pour les basiliques principales de Rome d'employer à leur construction des briques avec une marque spéciale. Celles de Saint-Paul portent, sur les exemplaires conservés : Notre Seigneur Flavius Valcntinianus Auguste =. L'église reconnaissait ainsi qu'elle devait sa construftion au trésor de cet empereur. Nous avons signalé ci-dessus la marque des briques de Saint- Pîerre : Notre Seigneur Constantin Augustes.
Sans doute, le toit de Saint- Paul fut originairement couvert de briques spéciales, sorties aussi des ateliers de l'État Cependant nous ne savons rien de précis là-dessus, cette matière étant de celles que l'on ne jugeait pas autrefois dignes de science. Au contraire la curiosité contemporaine a commencé de faire des découvertes inattendues sur les toits de maintes basiliques. En dépit de leurs destinées changeantes et des restaurations qu'ils ont subi dans leur existence plus de dix fois séculaire, ils gardent encore des trésors pour l'archéologue. En 1S95 la basilique de Sainte-Marie Majeure n'a pas livré moins de 66 briques de son toit, qui portent des estampilles du IV* ou du V« siècle <.
L'édît des trois empereurs pour la reconstruction de Saint-Paul en 386 est adressé au préfet de la ville, Sailuste, qu'il charge de s'entendre avec l'évéque de Rome, Sirice, " avec le peuple et le Sénat ", au sujet de la construction projetée. Elle devait remplacer la petite église construite par Constantin en englobant tout l'espace situé en avant, que traversait un chemin antique, embran-
' Voir cette inscriplion fîg. 80; cf. sur s base remarquable p. igj-îçâ. De Rossi {Mb saici.,arco di Placidià) attire l'attention sv une indication que Moroni est seul à donnei (IHmonario, t. XI [, p. 206), relative à la présence vers le milieu du fût d'une autn cription : episcopus dévolus. Les 12 colonnes anciennes du portique latéral afluel, dont la nAtre fait partie, ont été fortement restauras après l'incendie.
'D. N. FU VALENTINIANVS AVC. (Nicolai,
Basilica di S. Paolû, p. 264; de Rossi, Musaici, Arco di Placidià).
3 D. N. coNSTANTiNvs AVG. (Marini, Jscrixiani doliari, pag. 73, n. 146; de Rossi Inscr. christ, t. H, paît. I, p. 347 M Musaici,
' Mgr Croslarosa, Suovo Bullettiito di arch.crist.,\\ (1896), p. 5zetsuiv., 111(1897},