‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 116 sur 165 · LIVRE I. CH. VII. l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N · texte numérisé non relu

LIVRE I. CH. VII. l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N

chemetit de la voie ostienne. En effet les nouvelles construélîons s'étendant par delà l'ancienne route allaient presque rejoindre avec leur atrium les bords du Tibre. L'architefte du monument, Cyriades, est désigné dans les lettres du sénateur Symmaque sous le titre de inechanicus ou piofessor mechanicus ',

Cet édifice de la fin du IV= siècle reçut une orientation opposée à celle de l'église élevée au temps de Constantin sur le tombeau de Saint-Paul, Au temps de Constantin l'abside ne s'ouvrait pas vers l'ouust, mais vers l'est et c'était la direélion que prenait le prêtre tourné vers le peuple pendant le sacrifice".

C'est l'orientation observée de préférence dans les églises constantiniennes de Rome et dans beaucoup des églises primitives. Le ton était donné par les basiliques constantiniennes de Saint-Ficrre et du Latran. On sait que déjà les temples païens aimaient avoir l'entrée à l'orient Les chrétiens acceptèrent cette coutume, en donnant un sens mystique à cette direiSion du prêtre sacrificateur du côté de l'orient, vers la région du Paradis et des premières promesses. Mais on doit remarquer que les chrétiens n'hésitaient pas à s'écarter de cette orientation, s'il y avait quelque motif de le faire. A Rome même, des exemples montrent que la direélion des rues ou d'autres circonstances amènent un changement d'orientation des basiliques : 43 églises de Rome sont orientées à l'est, 45 au sud, 52 à l'ouest. Si, en agrandissant la basilique de Saint-Paul, on en changea l'orientation, ce fut pour gagner du terrain tout en laissant le tombeau de l'apôtre à la place qu'il occupait 3.

20. Dans les travaux de l'église afluelle en 1834, puis en 1850, on trouva des restes de la basilique constantinienne; et son plan put être déterminé avec assez d'apparence ■>.

On remarqua d'abord que dans cette petite basilique le tombeau de S. Paul était situé comme celui de S. Pierre dans la basilique vaticane construite par Constantin. La pierre, qui recouvrait horizontalement le tombeau depuis Constantin, était au niveau du sol de l'église. L'inscription, en caraftères constantiniens, est ainsi conçue :

PAVLO Al'OSTOLO MART.

Elle faisait face au visiteur qui du milieu de la petite église à 3 nefs s'approchait du tombeau et de l'autel bâti au-dessus. Au-dessus de la pierre se

' L'édil, imprortant au point de vue topographique, parle de XiUr velus, quod Baiiticae \Ca>tstafUinianae} praeltrit dorsum \i. e.

aisidem] quodque ripiu Tiberini amnis (uiiaeet (Panvinius, Ve seplim eeeUsih, p. 71).

Gunther l'a republié : Epistulai colUflionii avtllanof, l. I (1895), p. 46. Sur la topographie, cf. Sievenson, VArra Hi Lucma, eic., au Nuovo Bulleli. lii arch. crist., x. IV, {.898),p.6oetsmv.

• Grisar, AnaltHa roman,t, t. I, p. 190

'^ur l'orient-iiion, cf. Kraus, Geschichtt der ckrisll.Kunsl,X. I, p. aSietsuiv. ; il uiilise les recherches de H. Nissen sur l'orientation des temples romains d'après la situation du soleil

de la fête du dieu. M. Nîsseii croit aïoir prouvé, par l'étude de m ^lises, que l'on tenait compte pour établir Taxe du monument, de la situation du soleil à la fête de naissance des martyrs qui en étaient les patrons. Daits ses calculs .Nissen place l'orient entre les degrés 33s et 303, le sud entre 304 et 353, l'occident entre 56 cl 115. Les rapprochements entre les temples païens et les églises chrétiennes sur ce point sont encore très hnsardés.

' Ce plan est donné par Belloni, Sullaprimissima biisilicn ûstiense (iSjo) et, d'apife lui, par Lanciani, Pagan and CkrislMn Kimie, p. 150. Cf, .Stevenson, A'*w* Hull.

arch. crisl., iBgJ!, p. 60.

No 256.] II. l'ancienne basilique de SAINT-PAUL. 375

trouvait une arca où l'on pouvait pénétrer, analogue à celle que nous avons rencontrée dans la description de Saint-Pierrp. De là un puits descendait jusqu'au Heu propre de la sépulture. L'on respecta cette disposition dans la basilique de Valcntinien ou de Théodose. Elle fut conservée à travers tout le moyen âge et jusqu'au XIX» siècle, où heureusement l'incendie épargna le tombeau. Il en fut de même de l'ancienne direélion reçue par l'autel, au temps de Constantin, maintenue depuis Théodose Jusqu'à la dcstru£lion de l'église, en dépit du changement d'orientation de la basilique. De toutes les églises de Rome au moyen âge, celle de Saint-Paul était la seule où le célébrant ne fût point tourné du côté du peuple, mais de celui de l'abside, et par suite du côté de l'Orient, comme c'était le cas sous Constantin. C'était aussi la situation de la pierre tombale, toujours visible avec son inscription '.

Le respeft de l'antiquité pour tout ce qui touchait au tombeau de l'apôtre fut encore cause d'une autre singularité de la basilique de Saint-l'aul. Tandis qu'ailleurs la pergitla ou iconoslasts et la schola cantoruiii se trouvaient au bout de la nef centrale devant la confession, dans l'église de Saint- Paul au moyen âge elles étaient entre l'autel et l'abside. Là s'élevaient 20 colonnes en carré, qui supportaient un entablement. Ce ne pouvait être qu'un souvenir de la basilique constantiniennc; il fallut les ordres inexorables de Sixte V au XVI' siècle pour le faire disparaître. L'on ne saurait se dispenser d'une remarque générale sur le sort des basiliques à cette époque du XVI« siècle. Le nom de Sixte V reste malheureusement attaché à la suppression ou à la destruflion de bien des dispositions monumentales dans les anciennes églises de Rome et malheureusement son exemple n'a trouvé que de trop zéiés imitateurs. Des chœurs remarquables avec les ambons des épitres et des évangiles, qui avaient jusqu'alors échappé, d'antiques pergulae avec leurs colonnes, des barrières de marbres avec leurs décorations sculpturales furent sacrifiés à cette idée, dominante sous Sixte V, que les anciennes basiliques devaient être déblayées pour que le regard pût s'étendre sans obstacle jusqu'aux sièges de l'abside surhaussée. Dans l'abside, point terminal de l'église, Sixte prenait part avec les cardinaux, en certams jourè déterminés, à des cérémonies liturgiques ressuscitées par lui {capellae) et il pensait ainsi leur réserver plus de place. On est peiné de voir, en lisant sor contemporain Pompeo Ugonio, avec quel sans-gêne on se permettait toutes les transformations, et plus peiné encore des éloges que lui décerne la flagornerie de cet écrivain =.

Tant que les antiques dispositions furent conservées dans la basilique de l'apôtre des nations, les construftions qui entouraient son tombeau vénéré, le second palladium de Rome, devaient produire une impression profonde. Qu'on se représente cette grandiose enceinte, sorte de vestibule de la résidence sépulcrale de l'apôtre; car toute l'église n'est qu'une église sépulcrale, bâtie sur son tombeau, datant des premiers temps de l'église, sur la route d'Ostie. Le tabernacle ou baldaquin de l'autel, soutenu de quatre colonnes précieuses, annonce de loin à l'œil le lieu sacré. Au-dessus du tabernacle se courbe l'arc triomphal

' Cf. ci-dessus p. 246-147 et mes AiiaUfla | Sixte V, Camilia Pereui. — Panvinius, ar-

: Le tombe aposto- 1 chéologue comme Ugonio, dil des ambons de

Via ostUnst, avec S, Paul : praegrandia e marmore pulpila,

reproduftion de l'inscription (pi. 7). pro Ultioiie episloiae et erangelii anligui/uf

' Pompeo Ugonio, Historia délie stationi fiûa et ineptis sigillis exornata (De septeii. di Roma (Roma, 1588), dédié à la sœur de 1 ecdesiis, p. 74).

iy6 LIVRE I. CH. VII, l'aKT et la civilisation romaine. [Nos 257. 258.

avec ses mosaïques brillantes. Le grand hémicycle de l'abside termine harmonieusement, dans la lumière amortie de l'arrière-plan, le monument où rèRnc l'unité. Noble et grandiose monument, bien ordonné pour représenter à l'œil la sépulture de l'apôtre, la "maison royale". Cette sépulture théodosienne du Dofleur des nations prit par la suite un caraflère encore plus grandiose, grâce aux décorations nouvelles qui s'y ajoutèrent et aux offrandes de tout l'univers chrétien.

257. Comme basilique sépulcrale d'un apôtre, l'église de Saint-Paul reçut un grand nombre de tombeaux magnifiques. Dans le cimetière y contigu, sous le portique, dans l'intérieur même de l'église, il y avait de somptueux sarcophages de défunts désireux de reposer auprès de l'apôtre des gentils. Les grandes épi'taphes se succédaient jusqu'à la catacombe voisine de Lucine. Sur les parois de ses galeries le cloître de Saint-Paul en conserve aujourd'hui encore plusieurs qui chantent les louanges des morts, proclament leur foi et leurs espérances. A des époques indéterminées du moyen âge, on les retira de tombeaux atteints peut-être par la destru6lion et pendant des siècles elles servirent de pavement à une partie de la basilique.

Un groupe d'inscriptions peut être cité ici à titre d'exemple. Elles entourent le tombeau de Félix III, contemporain d'Odoacre, et appartiennent aux sépultures des ancêtres de Grégoire le Grand, parmi lesquels on compte Félix III lui-même; Grégoire l'appelle atavus meus. Ce fut le seul pape enterré à Saint- Paul. Dans le voisinage du tombeau pontifical une grande pierre contenait le nom de la pieuse Petronia qu'il avait eue comme épouse avant qu'il fût appelé à de hautes dignités ecclésiastiques; l'inscription métrique la célèbre comme un modèle de vertu féminine, levitae conjunx, forma pudoris; trois membres de la famille l'avaient suivie dans le même tombeau et leurs noms se lisent au dessous du sien, précédés de la simple formule Hic requiescit. Ce sont : une fille du pape, VziA^clarissima femina; son fils Gordianus, dulcissimus puer, morts l'un et l'autre dans les deux premières années du pontificat de Félix III (484 et 485). La troisième épïtaphe est celle d'Emilienne, sacra virgo, morte en 489, sans doute elle aussi proche parente du pape. On retrouve au temps de Grégoire le Grand les mêmes noms de Gordien et d'Emilienne dans la famille ; le père de ce pontife s'appelait Gordien. A côté du tombeau de Félix III se trouvait aussi celui de son père; du moins il est fort vraisemblable que le prêtre Félix, qui joue un rôle dans l'histoire archite^urale de Saint-Paul, et dont nous avons en grande partie l'épitaphe métrique, était son père. C'est lui, nous l'avons déjà remarqué, qui au temps de Léon le Grand, restaura la toiture du sanftuatre, veneranda culmina Paiili'.

258. Sortant de l'église par la porte principale, nous nous trouvons dans le grand atrium quadrangulaîre, qui s'étend jusque près du Tibre. C'est de là que l'aspefl extérieur de l'église était le plus grandiose. On s'en peut faire une bonne idée à l'aide des dessins pris de ce point avant l'incendie de la basilique

' Voir le texte des épitaphes, avec com- 1 le Grand, Hom. 38 in tvem^l. n. 15 : Tret

mentaires, dans de Rossi, Inscriptioms chri' paUr meus sorores habuil, quorum,., aiiit

sliana*, t. I, pag. 366, 371. Cf. Duchesne, Gordiana, alia Atnùliana, etc.; DUlog.,

Libir pontiticalis, I, p. 240, 253. — Grégoire I I. IV, c. 16.

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