II. SAINTE-MARIE MAJEURE ET SAINTE-SABINE
longtemps et l'œil plonge librement jusqu'à la charpente du toit. Cette circonstance, qui n'était point d'ailleurs dans le plan primitif, augmente encore l'impression d'ampleur que produit le monument. Dans la paroi supérieure de la nef des deux basiliques on peut encore compter les antiques fenêtres cintrées, extrêmement nombreuses, mais aujourd'hui bouchées en grande partie. L'extérieur de Sainte-Marie Majeure laisse voir à un endroit cette fenêtre avec l'appareil briqueté du mur, dépourvu de revêtement. Nous en donnons le dessin {fig. 102) parce que c'est la seule partie de l'église, avec les colonnes, l'architrave et les mosaïques qui ait conservé sans changement sa forme primitive.
Il est intéressant et friiélueux de comparer les deux églises sœurs sous le rapport des colonnes et des mosaïques. On verra quelle diversité, quelle liberté d'allure présente le vieux style basilical dans des créations contemporaines. Il s'en dégage aussi cette constatation, fort importante pour l'histoire architeflurale de Rome, que dans la construAion des monuments ecclésiastiques l'on a fort souvent employé le plan et les matériaux d'œuvres antérieures qui se trouvaient au même endroit ou dans le voisinage.
A Sainte-Marie, les magnifiques colonnes en marbre blanc de Paros provenaient de quelque monument classique, soit de la basilique de Sicininus, qui se trouvait Justement à l'emplacement occupé par l'église dans ce quartier qui avait pris son nom, soit d'un autre ouvrage, tel que le portique voisin de Livie. Au bas de quelques colonnes on lisait en caraflèrcs antiques le nom de Kulînus, avant l'exhaussement du sol. C'était sans doute le nom du possesseur de la carrière ou du marchand qui avait apporté à Rome les colonnes destinées au monument. De leur côté les colonnes de Sainte-Sabine étaient empruntées à un temple voisin de l'Aventin. L'auteur de cet ouvrage a découvert avec intérêt sur une base de colonne le nom de Rufînus avec la graphie populaire RVFENO. 11 a trouvé aussi dans une basilique romaine du VI« siècle, celle des Saints-Martin et Silvestre, sur le fût de colonnes antiques à deux reprises le nom de PROPUS (Probus) en caraftères antiques. L'entrepreneur Rufinus de Sainte-Marie et de Sainte-Sabine est une seule et même personne; il ne se doutait pas qu'un jour ses colonnes formeraient le plus bel ornement des deux basiliques près de l'autel du Seigneur '.
Les colonnes de Siinte-Marie portent sur leurs chapiteaux ioniques une architrave unique à Rome en son genre par son élégance, par le tour classique de ses arabesques variées en mosaïque sur fond d'or, entre lesquelles jouent des oiseaux, et par son extraordinaire état de conservation. L'entablement de marbre se divise en 3 étages : l'architrave tripartite, une frise, et une corniche à console au profil élégant. Ce couronnement des colonnes qui se poursuit sur les volutes des chapiteaux dans toute la longueur de la nef, contribue à imprimer à l'église de Sainte-Marie ce caraiflère de beauté majestueuse qui lui est propre.
Les colonnes de Sainte-Sabine, au lieu d'avoir un fût uni, ont des cannelures profondes et délicates du même marbre blanc de Paros dont sont faites celles de Sainte-Marie Sur cette double colonnade d'aspeft plus gai et plus aimable que celle de l'autre basilique, au lieu d'une architrave on a des
' Sur la forme vulgaire Rufetw, à Sainte- Sabine, voir mes AttaUiïa rom., t. I, p. 454, note (La fiiù anUca imagine délia crocifisiione tulla porta ai S, iaéina). — Sur l'ori-
gine présumée des colonnes, voir Nibby,
fioma antica, l. II, p. 672. — Les inscriptions du Corpus inscr. lat., t. VI, p. 364 et suiv., proviennent de Sainte-Sabine.