‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 12 sur 165 · I. l'empereur HONORIUS a ROME · texte numérisé non relu

I. l'empereur HONORIUS a ROME

hordes gothiques cessa de porter la guerre et la dé>iolation dans ces provinces de l'Empire d'Occident. Alarîc consentit à entrer dans l'alliance de l'Empereur et fut nommé capitaine général (niagister militum) de l'Illyrie orientale. Mais une force irrésistible l'entraîna, avec ses cohortes accoutumées à la vî6loire, en Italie et contre Rome.

Il se fraya par la Pannonie le chemin des Alpes Juliennes, et en 401 il apparut sur le sol italien, plein de projets audacieux; c'était la première invasion barbare qui foulât l'Italie depuis les Cimbres et les Teutons. Sans la résolution et l'habileté de Stîlîcon, c'en était fait de la domination d'Honorîus en Italie; les deux sanglantes batailles livrées aux Goths, la première à Pollentia, la seconde à Vérone, sauvèrent le pays et délivrèrent l'Empereur qui avait fui Milan pour aller s'enfermer dans la place forte de Ravenne. Rome fut débarrassée, mais pour sept ans seulement, de cette première menace d'irruption des barbares. La vifloire de Pollentia eut lieu le jour de Pâques 402, et il semble bien que c'est la joie de cette vifloire qui a trouvé son expression dans une prière du plus ancien sacramcntatre romain connu, qui rend grâces à Dieu d'avoir délivré tes chrétiens au temps de Pâques des attaques ennemies '.

22. Le prince des poètes chrétiens de Rome à l'époque. Prudence, s'empressa de faire souvenir Honorïus que ce n'étaient sans doute pas les dieux du paganisme et l'ancienne religion qui avaient conduit ses armes à la viftoi're; que l'Empire pouvait être fier de la foi chrétienne qui avait fait la force des légions. C'est en termes enthousiastes que le poète exprime la conviflion, partagée par ses contemporains, que le christianisme, loin de tuer le patriotisme et l'énergie militaire ou politique, leur donne au contraire plus de puissance : "L'âme des guerriers, dît-il, ne redoutait pas de s'exposer à la mort pour ta patrie et de chercher ta gloire au prix des blessures ". Le poète demande A l'Empereur d'établir l'Empire plus fortement encore sur ces fondements impérissables. Il l'invite à monter sur le char triomphal et à venir dans la Rome " dorée " en compagnie du Christ avec les glorieuses dépouilles des v

syUematischer Darstelluug (1889), pag. 12.

Pour Athènes, voir Stnygowski dans les Aiktnisckt Milihiiîungen, XIV, pag. 270 «' suiv. C'est vraisemblable ment au V siècle qu'eut lieu la transformation des deux sanctuaires grecs. Cf. Gregorovius, Geschichie (ier Stadt Atken im Mittelalter, I (1889), pag. 60 et suiv.

■ Sacramentarium ^cniiznuOT,mensejulio, orationes et preces, n. 28 (Migne, P. Z... LV, col. 78; éd. Charles Lett Feltoe, Cambridge, i8y6, p. 73) ; Munera nomini tuo. Domine, cum gratiarum aflione defirimus, gui nos ab infestis hostibus liberatos paschale sacrMittnium secura tributs mente susàpere. Le temps pascal dure jusqu'à l'oflave de la Pentecôte. Sur la date de l'oraison voir les explications de F. Prdbst, Die àllesten romscken Sacramentarien (1892), p. 56 et suiv. contre Duchesne, Origines dit aille chrétien (3' iW., '903). ?■ 137-

"Prudence, Contra Symmachum,\\, v. 703 et suiv., éd. Dresscl, p. 279. Ce n'est point la superstition qui a vaincu Sed vis crxda virum perfrailaque coiigredienlum \ Peftoia nec trepidatis animas succumàere leto \ Pro PiUria et pulcram per vulnera quaerere laudem. Dans les vers 757 et 758, il parle à l'Empereur au nom de Rome : Regnator muTtdi, Chrislo sociabere in aevum \ Qiio duélore meiitn trahis ad coelestia regnum.

Ce passage est comme un écho de l'inscription en l'honneur du Chiisi, mise par Constantin le Grand dans la scène triomphale de la basilique de Saint-Pierre : Quod duce te muriduîstirrexit inastratriumphans \ Hanc Constanlinus viélor tibi condidit aulam. Cf.

de Rossi, Inscript, christ, urbis Romae, II, 1, 346. Prudence parlant des jeux cmels de gladiateurs s'exprime ainsi (v. 1113, p. 299 de l'éd. Dressel) ; Qiiodgenus ut scelerisjam nesciat aurea Roma, \ Te precor, Ausonii

C'était le vœu unanime des Romains. Depuis que Milan était devenu le séjour de la cour, Rome ne se sentait plus en contaft avec le chef de l'Empire. L'établissement à Constantinople du principal centre de la politique avait réduit tout ensemble ses honneurs et ses ressources; et maintenant que Milan se dressait comme une nouvelle rivale chaque jour plus puissante, Rome aspirait du moins à célébrer le souverain par les fêtes accoutumées et à se retrouver un moment capitale du monde.

Honorius vint à Rome avec Stilicon. Ce devait être le dernier triomphe d'un empereur Romain dans la ville étemelle. En décembre 403 il fut reçu solennellement au pont Mîlvius : les corporations urbaines, le clergé en tête, saluèrent, suivant le langage des inscriptions, " le plus invincible et le plus heureux des princes, le doux et immortel empereur, le vainqueur, le triomphateur"'. Des guirlandes de feuillages ornaient les façades des maisons et des tentures pendaient aux portes'.

Honorius ne permit pas au Sénat, dans cette entrée, de précéder à pied le char impérial, suivant l'usage. Pour tout le reste il est vraisemblable que le cortège triomphal se conforma au cérémonial habituel de l'Empire, et se rendit au Capitule par la Via Sacra; on se contenta de rayer du cortège les animaux du sacrifice, les prêtres païens et les libations aux dieux. Et l'on peut penser que dans cette joyeuse circonstance Honorius ne se montra pas infidèle à l'usage dont parle son contemporain saint Augustin qui nous montre l'Empereur, quand il vient à Rome, visitant " d'abord le tombeau de saint Pierre, l'antique pêcheur que le ciel honore maintenant plus que les plus glorieux des souverains passés "3.

Le seul narrateur des fêtes est le païen Claudien, plus prodigue de paroles que de faits. Il nous montre la foule joyeuse se massant dans les rues et sur les toits des maisons. Il n'oublie pas de faire souhaiter la bienvenue à l'Empereur par tous les dieux de bronze ou de marbre présents sur le forum ; les temples qui dressent leur parure dorée et par-dessus tout le sanfluaire de Jupiter tonnant au Capitole fournissent au poète le fond de son brillant tableau. Claudien dédia son poème à l'Empereur pour l'inauguration de son VI^ consulat On aurait dit qu'il voulait rendre sensible au prince et à sa cour la décadence oii étaient tombées les produflîons des écoles païennes, leur infériorité vis-à-vis de la poésie chrétienne dont la force et la richesse d'idées étaient représentées par Prudence4,

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