II. SAINTE-MAUIK MAJEURE ET SAINTE-SABINE
à son nom"", ce qui veut dire qu'elle fut nommée basilica /^f^^r/ï jusqu'au moment où, à la suite d'une restauration et d'une nouvelle consécration, elle prit le nom de basilique de Sainte-Marie.
Les anciennes mosaïques sont ainsi d'un précieux secours pour éclaircîr la date de l'église. Elles sont en outre comme un guide à travers les obscures origines des cycles bibliques que nous rencontrerons souvent par la suite. Mais ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur cette matière.
Nous nous contenterons de signaler un fait demeuré inaperçu. Quand on entre dans l'église on voit à sa gauche, près de l'autel, commencer les sujets tirés de l'histoire d'Abraham. Les premiers S2 suivent sans ordre chronologique; le sujet le plus proche de l'autel est le sacrifice de Mclchisédech, que suit le repas servi par Abraham aux trois anges, puis la séparation d'Abraham et de Lot; enfin des scènes de l'histoire de Jacob. Ce qui a déterminé la place de la scène de Melchîsëdech et de celle du repas des anges près de l'autel, c'est visiblement le rapport qu'elles offrent avec l'Eucharistie. Dans le sacrifice de Mclchisédech, le rapport est rendu plus sensible par les deux espèces du pain et du vin que la Sainte Ecriture même présente comme la figure du sacrifice accompli sur l'autel chrétien. Toute la scène est commandée par la corbeille de pain que Mclchisédech présente solennellement et par le grand calice de vin, qui a la forme du calice primitif à anses. De même dans la scène voisine du repas des Anges on a fait ressortir la buccelUi panis (Genèse, xviii, 5) et l'on a joint sur la table le pain au vin '.
Un rapprochement analogue entre ces deux scènes et l'autel a eu lieu au VI= siècle à Saint- Vital de Ravenne, où elles font une sorte de commentaire biblique du sacrifice de la messe ; le repas des anges y e.st étroitement apparenté â la scène anal<^ue de Sa basilique libérienne à Rome, La représentation du sacrifice d'Isaac dans le même tableau que le repas des anges ne lais.se pas place au doute sur le caraélère voulu de ce groupement à Ravenne (fig. io6)3.
A Sainte-Marie, en vis-à-vis de ces .scènes de l'histoire d'Abraham et de Jacob, se déroute sur l'autre muraille, également à partir de l'autel, une série de mosaïques du même style représentant la vie de Moïse et de Josué. La première de ces mosaïques, aujourd'hui détruite, a été remplacée par une Annonciation moderne; la seconde est une scène de la jeune.sse de Moïse. Il est regrettable que plusieurs de ces précieuses mosaïques de Sainte-Marie aient été remplacées en tout ou en partie par des œuvres plus modernes.
s'esl prononcé dans le même sens, avec quelque hésitation, Musaici, S. Maria Magg.
{Ùtcoraxione delta navaià); Kraus a été plus affirmniif {Geickichte dtrehrisfl. Kunst, t. I, p. 418; cf. p. 414). Schultie, Archdologit Htr ckristl. Kunst, p. 237, tient encore pour Sixte III et regarde le t ta v ail comme grec (p. 233 et suiv.). Péralé, Les ccmincncemtnts de l'art chrétien eu Occident, au t. I de la nouvelle Histoire de l'art, publiée sous la direilion de M. André Michel (Paris, 1905), p. 47-50, tient aussi pour le V" siècle.
' T I, p. 208, Liberius, % 51 : Hic ficit 6a-
' Cf. H. Graeven, Bonner Jahrbuclt, fasc.
ioi(r9oo),p. sset pi. 18 (d'après des épreuves communiquées par moi).
3 Cf. Kraus, Gesck. der christl. KunsI, t. I, p. 439. Abraham sort de sa maison pour recevoir ses hôtes célestes, avec un veau tout prêt sur un plat. Sara est sur la porte, visiblemeiu occupée de la prophétie qui lui a été faite (GenÈse, XVIll). Dans le haut les anges tiennent un disque au moni^ramme du Christ. A gauche Jérémie, à droite Isale; au dessous des saints; sur le tympan d'arcade, le sacriJice d'Abel et celui de Melchisédec. Cf. P. Baumstark, Lilurgia tomana e lilurgia dell' esarcato (Koma, 1904).
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rc tle Ronie -
386 LIVRE I. CH. VIL l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N" 261.
261. Il ne semble pas que Sainte-Sabine ait jamais été aussi riche en mosaïques que son église sœur. Mais elle aussi a son trésor décoratif dans la fameuse porte de bois dont noufl avons déjà parlé. Les deux battants en sont couverts de bas-reliefs historiques et de bordures magnifiquement sculptées, en
bois de cèdre. La porte est du même âge que la basilique et forme l'un des monuments les plus remarquables de l'art chrétien primitif. J'ai donné ailleurs'
' Kreux undKitutif^ung auftier allekrist- Hcken Thiire von S. Sabina, dans la R'omisehi Qiiartatschrijl, t. VIII ([894), p. i et suiv.; en italien dans mes Anal, rom., 1. 1, p. 427 et suiv., avec reprodu^îon photographique du
crucifiement. Kraus, Gesch. derckrUll. Kuntt, t. I, p. 494, donne une reproduction insuffisante de la porte. Celles de Berthier, L»
porte <ie Sainte-Sabiat, 1892, sont supérieures. Cf. la fig. 138 de ^Histoire dt l'art, sous