II. SAINTK-MARIE MAJEURE ET SAINTE-SABINE
les raisons qui me font juger le style de l'ensemble des scènes comme répondant bien aux temps d^ Sixte III et reconnaître dans certains morceaux une autre main que pour l'ensemble mais contemporaine. Une des scènes les plus célèbres est celle du Christ et des larrons en croix, si souvent traitée ailleurs.
Ce crucifiement peut revendiquer le titre de la plus ancienne reprodu6lion de la mort sanglante du Christ La position des trois personnages étendus sur les croix est inspirée par le type des orantes des catacombes et des sarcophages aux bras étendus. Il y a dans les figures de la porte une imitation sensible des peintures des catacombes et des sculptures des sarcophages chrétiens.
En outre la faflure et les motifs présentent de fortes ressemblances avec les mosaïques de Sainte-Marie Majeure. Ce sont là deux produits carafléristiques de l'art romain expirant, qui n'ont rien à voir avec le style dit byzantin.
Mais en même temps l'idée qui a présidé au choix des sujets représentés sur la porte de Sainte-Sabine manifeste un lien avec le moyen âge chrétien. Ces vantaux de porte nous offrent en effet cette opposition, si chère à l'art postérieur, de scènes correspondantes de l'ancienne et de la nouvelle alliance {Coucordia Veliris et Novi Testamentf) '.
Poursuivons la comparaison entre Sainte-Sabine et Sainte-Marie. Elles ont encore ce point commun d'avoir un baptistère particulier. A Sain te- Sabine, il était en dehors de l'église; k Sainte-Marie, il peut avoir été dans le transept primitif; de l'existence de ce transept, il subsiste quelques faibles indices. A Sainte-Sabine, il n'y avait point de transept.
C'est dans la nef cchtrale que les deux églises avaient leur schûla cantorum pour le bas clergé, à laquelle étaient rattachés les ambons. Plus tard ces dispositions ont été rajeunies ou remplacées par d'autres. A Sainte-Sabine, les barrières du chœur furent restaurées au moyen âge sous Eugène II ; on en a récemment retrouvé des restes dans le sol de l'église: à Sainte-Marie les ambons furent renouvelés ou remplacés sous Alexandre 111. Sixte V fit perdre aux deux églises ces ornements et d'autres vénérables par leur antiquité ; et Pompeo Ugonio ne peut s'empêcher de célébrer que Sixte V a rendu à Sainte-Sabine "cet éclat et cette grandeur qu'elle avait reçus de son prédécesseur homonyme SixtelII"».
C'est à plus juste titre que le même écrivain J loue le même pape de la piété avec laquelle il a traité à Sainte-Marie l'antique chapelle de la crèche. C'était un oratoire voisin du maître-autel, qui remontait vraisemblablement à Sixte III et qui était f;iit à l'imitation du Heu où le Sauveur naquit à Bethléem. La basi-
ladireflionde A. Michel (1903). Sur le caractère artistique de la porte, voir Stuhlfauih, dir altckriUlieke El/tnàeinplastik (l^), p. Viy 209. Nos fig. 76 et 77 donnent deux scènes carafléristiques de ce monument.
' Grisar, Krtux und Kreuxi^ng, p. 41 et suiv. Sur les imagines de comordia Vtttris et Novi Teslaiiitnti, voir Bëde, Vilae quinque SS. abbatuai, lib. I (Migne, P. L., t. XCIV, col. 730)-
'Stationi, fol. 10 V. Voir au fol. 9 v° les rensetf^nemetits sur le* barrières du chœur d'Eugène l[, sur la pergula mise pnr lui en avant de l'autel et sur l'inscripiion qu'il fit
placer sur la porte de bronze de Sainte-Sabine, Matianti a retrouvé les restes de décoration que l'on voit afluellement dans l'intérieur de l'église à la paroi gauche. Cf. son rapport sur cette matière, Archivio storico deli' arte, 1E96, p. 165 et suiv. et l'extrait que j'en ai donné dans Ift Civiità c.Ulotica, 1896, L IV, p. 474 et suiv, — Sur la chaire d'Alexandre Itl à Sainte- Marie, voir Ugonio, fol. 67. La Basilieat S. Mariae Mcy'orts descripiia (1611) de l'aulus de An;;ells ne s'occupe guère de In décoration a diévnle de I.1 basilique.
' Statioiii, fui. 69 v°.
. en. VU. I.'aRT et I.A CIVILISATION ROMAINE. [No 202.
lique en reçut an VI' siècle le nom de Sainte-Marie de Ja crèche, ad praesepe; ce n'est qu'au XII* siècle que l'on parle de la présence dans l'église du bois même de ia crèche. Cet antique oratoire, appelé " crèche ", dut être déplacé sous Sixte V; mais on le transporta tel qu'il était, sans rien changer ni à ses murailles ni à son plan, à la nouvelle place qu'il occupe sous l'autel érigé au milieu de la chapelle Sixtine que l'on venait de construire '. La seule modification porta sur les mosaïques que l'on remplaça par une décoration moderne; et l'on jeta une allée souterraine autour de ce remarquable sanfluaire.
Ni le temps ni les vicissitudes ne purent effacer des colonnes des deux basiliques les traces du narthex primitif. Les courtines que dans les premiers siècles l'on pendait entre les colonnes aux jours de fête, les lampadaires et les ex-voto ont aussi laissé leur marque sur ces colonnes jusqu'à nos jours.
Dans ces deux églises, comms dans d'autres basiliques primitives de Rome, les traces du narthex consistent en de grandes excavations, en partie bouchées aujourd'hui, qui se trouvent près de l'entrée, sur deux colonnes en vis-à-vis de la nef centrale. Elles servaient à fixer par sa poutre supérieure la barrière du narthex, qui traversait la nef; partout les trous se trouvent régulièrement à une hauteur .sensiblement la même (environ 4 m.), à l'une des premières colonnes : à Sainte-Sabine c'est la troisième; à Sainte-Marie, la seconde. C'est la seule explication que l'on puisse donner de ces excavations ^.
262. Tandis qu'en Orient le narthex destiné aux catéchumènes et aux pénitents se trouvait hors de la basilique en avant de là porte, à Rome en leur réservant un emplacement à l'intérieur même de l'église on établissait entre eux et le reste des chrétiens un lien plus étroit. Sans être mêlés à l'assemblée, ils pouvaient entendre les prédications et les Icftures faites du haut des ambons. La barrière, pourvue de larges ouvertures, suffisait à la séparation. On peut citer comme exemples de basiliques ayant gardé des traces de cette disposition qui disparut vers le VI I« siècle, Saint-Pierre ès-liens. Saint- Chryst^one et Sainte- Marie in Trastevere ^.
C'est un fait remarquable que ces trous dans les colonnes n'existent pas dans les basiliques d'origine plus récente. On ne les retrouve pas par exemple dans les basiliques de Saint-Clément (église supérieure) et des Quatre-saints couronnés reconstruites sous Pascal II, ni même dans celles de Sainte- Praxède et de S. Marie in Domnica qui doivent à Pascal I*'' leur origine ou des remaniements.
Quelques anciennes églises avaient aussi pour marquer la séparation du narthex une colonnade jetée en travers de la nef non loin des portes. C'est ce que l'on observe dans la basse église de Saint-Clément et dans les deux basiliques sépulcrales de Sainte- Agnès sur la voie Nomentane et de Saint-Laurent sur la voie Tiburtine, qui datent de Constantin et qui furent plus tard pourvues de tribunes.
Quant aux autres trous dans les colonnes dont nous avons fait mention, on y mettait des barres ou des crochets de fer pour pendre divers objets. Ils se
' Carlo Foniaiia, De//a Iratlasiont deW obc-
ei passim.
liteo, t. 1, p. 40, 49. Cf. Civiltà caitolka, 189;,
^Ibid. L'au
eur a.,quel
ous empruntons
aussi les indica
lions suivant
es donne à U fin
'Crostarosa, Lt b.tsilUhe erUliane, p. 59
de son livre un
e planche av
c les mesures.