III. MONUMENTS Rf.LIGIEUX A PLAN CENTRAL
m. — Monuments religieux à plan central.
263. Nous avons déjà observé qu'à Rome et dans l'Occident les constructions de forme centrale et particulièrement circulaire étaient réservées presque exclusivement à deux sortes de bâtiments qui ne servaient pas à la célébration des saints mystères ni aux assemblées des fidèles, — d'une part les baptistères et de l'autre des églises funéraires auxquelles on entendait donner le caraflère de mausolées plutôt que celui d'églises (fig. 108)'.
K^. io8. Pian» de momunenti circuUires :
d. Tombeau de Thfiyloric Ji Ravcnne. à. Mausolée de la famille de Constai i. Chapelle funéraiie au-dessui de la catacombe de Callxli
Nous avons déjà décrit le plus important baptistère rond de Rome, celui du Latran. Sa désignation comme baptistère de Constantin lui procura de nombreuses imitations. En réalité Constantin n'y avait pas reçu le baptême; il l'avait seulement fait construire; mais dès le VI= siècle la légende du baptême de Constantin s'attachait à ce monument bien restauré par Sixte III.
Rome possède une autre rotonde qui a certainement servi de baptistère : c'est la belle église, admirablement conservée, que l'on nomme Sainte-Constance, près de Sainte-Agnè.s sur la voie nomentane. Les fouilles de 1870 et 1888 y ont laissé voir les traces incontestables d'une disposition propre aux baptistères : le grand bassin central oii descendaient ceux qui devaient recevoir le baptême. On croit aussi avoir retrouvé sous le bassin les restes du fourneau qui servait à réchauffer l'eau du baptême, suivant un usage en cours dans les premiers siècles chrétiens ".
Ce baptistère de Sainte-Constance qui par le style et l'ornementation appartient encore au IV* siècle, avait été construit en 354 par le Cé.sar Gallus
' Le premier plan «st emprunté à Dehio et . Bezold, Die kirchl. Baukunst des Abendlandts, pi. 1 ; le second et le 3' à Kraus, Getch. der christl. kumt, t. I , p. 353 et 263.
• Plan dans Dehio et Beiold, Die kirck- Ueke Baukunst des AbendlaruUs, pi. VIH, fig. i-a; Hoitiinger, Die alichristUcke Archi^ ttkiur, p. 246; Schullie, Archàoiogie der al- Ukrûtlitken Kumt, p. loo; Kraus, GesehickU
der ekristliehen Kunst, t. I, p. 353, — Sur l'histoire de la fondation et les résultats des fouilles, voir Garrucci, Arle crisiiana, pi. 204 et texte; de Rossi, Musaici, S.Cestama; DuctidTi^ Liber pontijKoiûyX. [,p. 196 et suiv. — Dehio (p. 34) comparé avec l'église funéraire de Sainte -Constance, le baptistère rond de Sjinie-Marie Majeure à Nocera, et la rotonde de Brescia que l'on croit être de l'an 6ia.
LIVKE I. Cil. VII. L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N" 263.
Fig. 109. Candélabre du nuuiaolée
de CouaUnce,
pria de Suiite-AB:iiis.
pourservirde tombeau à sa femmeConstantine,filledeConstantin-Ie-Grand; ce n'est qu'au cours du [V* siècle qu'il fut transformé en église baptismale.C'était donc primitivement un mausolée ou une chapellefunérairequî devait servir aussi aux membres de la famille impériale de Constantin. Il y avait autrefois dans les quinze niches symétriques des parois intérieures une magnifique série de sarcophages garnis de leurs corps, de grands candélabres artistiques de marbre d'un goût classique et des statues de la famille impériale. Parmi ces sarcophages l'un nous a été conservé, le fameux tombeau de Constance, en porphyre avec des bas-reliefs représentant la vendange, afïuellement au musée du Vatican : son emplacement primitif était au centre de la rotonde; puis il avait été transporté devant la niche du fond >. Nous possédons aussi quelques-uns des candélabres de marbre, d'une admirable pureté de style, qui ornaient l'intérieur du bâtiment (fig. 109'). Il est visible que pour la décoration du mausolée impérial l'on a emprunté des œuvres classiques, selon le système suivi pour l'arc de Constantin au Colisce.
D'ailleurs un souffle classique anime toute l'architeiflure. Une double rangée de gracieuses colonnes de granit forme à l'intérieur une couronne autour de laquelle court un collatéral voûté (fig. 108''). Les mosaïques de la voûte 3 sont un témoignage de la grandeur et du caraflère propre de l'époque constantinîenne, qui créa ce bâtiment et sa décoration. Les représentations profanes qui s'y mêlent en grand nombre aux symboles chrétiens presque effacés (cueillette, transport et mise au pressoir des raisins, etc.) ont valu depuis le moyen âge à ce monument l'honneur immérité d'être regardé
' Le dessin en est donné d.insCarrucci, pi. 305, et AskiisHaTuy, Hist.dfi Romaiits,\. VII (1885), p. 456.
' Noire tîg. est fa.ile d'après une photographie du commandeur C, Tenerani. Les originaux se trouvent à Sainte-Agnès et au Vatican, qui en possède deux.
^Reproduites dan3deRossi,^MiiifVt, .S'.CM/ondi. et en tout ou en partie dans Camicci, Arte criiitaott. pi. 305 et suiv.; cf. Kraus, t. 1, p. 406; Piraté, dam {'//isloirv de farl de André Michel, t. I, p. 4 1, fig. 2,
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comme un ancien temple de Bacchus. C'est à titre de modèle d'un temple païen qu'il se trouve dans nombre de livres d'esquisses d'artistes ou d'archîtcftes depuis la Renaissance >.
Un peu postérieures à l'édifice, mais cependant encore du IV* siècle, sont les mosaïques des niches en vis à vis de droite et de gauche. Elles représentent la remise de la loi, l'une à Moïse, l'autre à S. Pierre. Ce ne sont que des d-tudes récentes qui ont fait reconnaître l'âge véritable de ces morceaux d'ailleurs retouchés et leur relation réciproque. Ils expriment ensemble cette idée que Dieu est le législateur de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance, et que ce que Moïse était pour l'Ancienne, S. Pierre l'est dans la Nouvelle par la volonté de Dieu, et c'est par le moyen de l'Église que désormais le Christ conserve la loi divine. Les deux mosaïques semblent se rapporter au baptême et ont dû être exécutées au moment de la transformation du mausolée en baptis-
Fig, ito. Seines saciéei et profanes
tère. La coupole de la rotonde qui s'élève sur la colonnade était autrefois aussi ornée de mosaïques de l'époque constant! nienne. On les connaît notamment par un livre d'esquisses de l'Escurial. Des figures remarquables, mais d'un caraftère tout profane et qui rappellent des représentations techniques, pleines de vie d'ailleurs, de vérité classique et de variété, remplissaient l'intérieur de cette superbe voûte, inondée de lumière (fig. 1 10) '. Un pavement de mosaïque également décoré de scènes bachiques faisait aussi resplendir le sol de cette magnifique rotonde. Mais la niche centrale con.serye encore en partie une déco-
' Parmi les noms gravés sur le mur à l'en- 1 ' Garrucci, ^rie crist. , pi. 304, d'après
trée on voit ceux d'artistes distingués, du lequel est reproduite notre figure. Cf. Kraus,
XVI* siècle à nos jours, qui faisaient leur GescMckte der ckristliclun Kuiist, t, 1,
pèlerinage au " temple de Bncchus.' | p. 405.