‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 132 sur 165 · LIVRE I. CH. VIL L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N · texte numérisé non relu

LIVRE I. CH. VIL L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N

besoin. Il suffit d'un regard attentif pour s'en apercevoir dans les églises de Sainte-Croix et de Sain te- Bal bine. C'est aussi le cas à Saint- Adrien. Aux Saints- Côme et Damicn, au contraire, on établit l'abside en jetant un mur au milieu de la vaste salle '.

Deux de ce.s salles fort larges furent en outre pourvues, au moyen de colonnades, d'une nef centrale et de deux nefs latérales; on s'efforçait de les rapprocher de la forme ordinaire des basiliques : c'est le cas de Saint-Adrien et de Sainte-Croix. A Sainte-Croix, les 12 puissantes colonnes de granit que l'on y voyait ont dû être élevées dans les premiers siècles qui suivirent l'éreflion de l'église sous Constantin. Malheureusement une prétendue restauration moderne a transformé ces colonnes en pilastres; mais pas plus les pilastres que les colonnes ne sont dans le plan primitif de l'édifice ; ils sont formellement exclus par la laideur même de l'abside. Cela explique pourquoi dans la première installation de l'église on a pu les juger superflus ».

On peut rapprocher de ces salles romaines transformées en églises un vieux monument d'Allemagne, la partie primitive de la cathédrale de Trèvess. Le reftangle oriental offre l'aspeft d'une salle antique presque entière. Naturellemetit en Italie et surtout dans les environs de Rome, on pourrait en citer maints exemples. La cathédrale de Palestrina, pour nous borner à celle-là, est une ancienne salle du forum urbain transformé en église. On a retrouvé sur la façade les restes de l'ancien cadran solaire du forum *.

268, Parmi ces salles transformées en église, l'une des plus importantes historiquement est l'église, aujourd'hui disparue, de Saint-André Catabarbara, dit aussi Catabarbara patricia sur l'Esquilin.

C'est au temps de Simplice, vraisemblablement sous Rîcimer, entre 471 et 483, qu'elle fut installée dans la magnifique aula de Junius Bassus, consul de l'an 317. Le fondateur en fut le général goth Flavius Valîla, autrement appelé Theodovius, un barbare aux yeux des Romains. C'est à cet étranger, patrice de Rome, que se rattache l'étrange désignation de Catabarbara patricia. Le nom de Catabarbara est un mélange de grec et de latin, formé par le langage populaire à l'époque byzantines.

Ce goth Valila est le même qui fonda l'église de Tivoli, d'où provient la célèbre Carta cornutiana^. Il semble, comme son contemporain le barbare Rîcimer, avoir joui à Rome d'une grosse fortune. Comme Ricimer fonda Sainte- Agathe des Goths.de même Valila " fiança ", ce sont les termes de la dédicace', "sa fortune au Christ" et donna ses possessions — la magnifique salle et le

SimpUciui, § 71, elle s'appelle encore : hasi-

liea blati Andreae iiixla basiliaim samûal

Mariae; mais sous Grégoire II (t. !, p- 397'

§ 178) on dit déjà : MenasUrium S- Andxtai

afiostaii quod Barbare nuncupatur; cl sous

Léon m (i. Il, p. 28, 8413) uaa basilkùt

beati Andreae apostnli çuae afipeUaiur cala

Barbara patricia. Sur l'origine voir p. 160-

Cf. Analtaa rvm , t. I, p. 80.

'Duchesne, Liber poniif. , t. I, p. CXLVI-

'De Rossi, BulUtl. arektal. erist., iSj'-

p. 8, 13, — Voir pp. 5 et suiv., 41 et suir

Dans le Liber ^nlificalis^ t. I, p. 149, 1 un article fort documente sur l'église.

■Voir ci-dessus p. 159, 190-196 et %. $1, sa. 53-

'Voir dans Lanciani, quo supra, p. 492, les mesures du Sessorianum.

> Dehio, p. 46, pi. 12, lîg. 9 et iz; Willems, La Sainte robe (1S91), p. Jiget suiv. -.la partie romaine de la eath/drale de Trêves, avec pl.n..

• Maïucchi, Guida arektologica di Prenesie (1885), p. 55, 64, 161; Blondel, Mélanges ^archéologie et d'histoire, t. II (t88î), p. 176

N" 26S.] rv. ÉGLISES ROMAINi:S DANS DES SALLES ANTIQUES. 403

terrain adjacent — au pape Simplice. Celui-ci, toujours aux termes de l'inscription, dédia la salle à l'apôtre André, qui n'était encore honoré à Rome par aucune église. On n'ajouta point de colonnades à. l'intérieur; quant à l'abside qui existait déjà, on la décora d'une mosaïque représentant le Christ entre les douze apôtres.

La dédicace en lettres mosarques qui se trouvait dans l'abside se conserva

jusqu'au XVI* ou XVII= siècle. Elle a été copiée par Platina et par le peintre

flamand Van Winghe; c'est Petrus Sabinus qui la reproduit le plus exafte-

ment. L'inscription classique, bien plus ancienne, par laquelle Junius Bassus

consacrait à des usines profanes ta

salle publique élevée par lui, est aussi

parvenue jusqu'à nous '.

En 1686. le bâtiment, fort endommagé déjà et privé de sa décoration, fut malheureusement viftime d'une destruflion presque totale et les temps qui suivirent 1871 achevèrent la ruine de ce qui subsistait encore. Nous ne connaissons plus ce chef-d'œuvre que par les dessins de Giuliano da Sangallo et de Giovanni Ciampini et par quelques fragments de la décoration.

Junius Bassus, certainement païen quand jl fît cette construction, avait fait revêtir les parois intérieures de sa salle d'incrustations de marbres de diverses couleurs (fig. 120=). Ce n'était pas une simple décoration ornementale; mais il y avait aussi de grandes scènes historiques. La marqueterie eut là ses meilleurs modèles. Les anciens, qui cultivaient fort ce genre, en appelaient les œuvres

FLg. I». EMcontion de ««rbre et modique "/"■* ^f^'^- Nous en avons vu des de St-André CaUbftrbwv, à'npm un vieux dessin. Spécimens, bien moins parfaits, à Sain te- Sabine.

Pendant treize siècles que l'aula de Bassus servit comme église, l'autel demeura entouré de ces marbres éclatants qui figuraient des jeux publics et des combats d'animaux. Les portraits de Titus, de Domîtîen, d'autres empereurs y apparaissaient au milieu de trophées guerriers. Les grandes fenêtres cintrées étaient accostées, à droite et à gauche, de plaques de marbre figurant des vg^ alexandrina; au-dessus de ces plaques s'en trouvaient d'autres avec des scènes figurées; et tout en haut d'autres tableaux en rectangles allongées étaient animés de scènes analogues. L'élément mythoif^îque n'en était pas absent; je n'en veux d'autres preuves que la scène d'Hylas enlevé par les nymphes.

' Ibid. , p. 17.

' Holtiinger, AltckristUeke ArchiUklur, p. 194. Cf. de Ros^i, quo supra.

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Tout cela fut laissé en place par le pape Simplice, mats recouvert, au moins temporairement, par rcspeft pour le culte, de ces précieuses tentures tissées ou brodées, dont on était alors prodigue dans les ^liscs. Un de ces tableaux cependant doit avoir été assez cher aux pieux chrétiens pour qu'ils se soient réjouis de le voir dans la maison même de Dieu : le triomphe de Constantin sur Maxence.

Les dessins de San Gallo nous en ont conservé la reproduflion. Devant l'empereur debout sur une tribune élevée, des soldats, lances hautes, l'acclament de leurs cris de joie ; un char triomphal, le carptnlum, s'avance. Selon la coutume, un triomphe doit célébrer publiquement à Rome la révolution ; la chute du tyran Maxence au pont Milvius était un sujet de joie même pour Ir-s païens. Et quand, en 315, le Sénat, presque entièrement païen, élevait à Constantin vainqueur le fameux arc de triomphe, l'on ne peut s'étonner que deux ans plus tard le consul Junius Hassua ait cru devoir célébrer à nouveau cette vifloîre par une peinture dans son aula publique '.

Les seuls fragcnents qui subsistent de cette décoration, nous représentent : le ravissement d'Hylas et au dessous une draperie égyptienne; l'entrée solennelle en charge d'un consul, peut-être Junîus Bassus ; deux combats de tigres avec une vache et un taureau. Les deux premières de ces marqueteries sont au palais Albani (del Drago), les deux autres au Musée Capitolin".

Toutes ces richesses décoratives de Saint-André Catabarbara, dépouilles d'un art païen arrivé à la perfe£lion dans le maniement du marbre, qui se mettaient ainsi au service du temple du Seigneur, nous représentent le sort commun de l'art classique de cette époque, pénétrant dans le sanfluaire de t'église.

Sous l'impulsion de l'art profane l'art chrétien a su aussi conquérir de glorieux lauriers, surtout dans le domaine de la mosaïque.

V. — Les mos^ques de Rome. Lanpe en images de l'Église aux iours du tHomohe.

aux jours du tnomphe.

269. Aux IV" et V* siècles les artistes chrétiens de Rome cultivèrent avec un soin tout particulier la mosaïque. Cet art orna de riches pavements multicolores le sol des églises, des presbytères, voire de chapelles souterraines, comme on en a un exemple dans une crypte découverte en 1838 près du tombeau de sainte Hélène^. Il créa des décorations pariétales de tout genre, depuis le simple revêtement en couleur jusqu'aux figures géométriques les plus artistiques. Mais où il a atteint soa plein épanouissement, c'est dans l'établissement

' Voir les dessins de San Gallo dans de 1 toine abbé, alors transformée en h&pital. C£

Rossi, çiio supra, pL 1-4, et dans Bull.arck. \ les Dotes et les dessins de A. Nesbitt dans

coin., 1893, P'- IV-V, avec explications de 1 VArckaeoIogia, t XL, p. 367-396; Lanciani,

Marucchi (p. 9"). De Roisi s'ëtend davantage, j Pagan and ekriitiam Rome, p. aS et suiv.;

p. 46 et suiv. Voir aussi le texte et les fig. de 1 D'Agincourt, Piltura, pi. 13, fig. 3 et pi. S4,

Ciampini, Vel. monum., t. I, p. 52 et suiv., 1 fig. i.

pi. 31-35 et76, avec un plan de la salle, pi. '' ^ 'Kraus, Gtsch. der ckrisll. Kumsl, t I,

' Il y a de bonnes figures en couleur de ces j p. 403. Il n'est point certain que cette crypte

deux derniers tableaux dans le Buli. arck. | découverte près de Torrc Pignutara, soii

com., 1893, pi. 11 ei m. En 1892 ils étaient 1 Chrétienne; ce cjui le laisserait croire, c'est la

encoreabandonnci, sans soins, au milieu des présence d'une colombe avec le rameau d'<rii-

lits des malades, dans IVglise de Satni-An- vier et de la croix, peut être fortuite.

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