LIVRE I. CH. VII. L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N
décorent et la sainte pèlerine (Aetheria Silvia) nous témoigne qu'il en était ainsi de la croix vénérée à Jérusalem. Sur notre mosaïque les évangélistes figurés entre les nuages, sous les symboles usuels de l'homme ou de l'ange, du lion, du bœuf et de l'aigle, rendent témoignage au signe du salut La mosaïque appartient à la fin du IV^ siècle, et fait sans doute partie des décorations dont le pape Sirice embellit l'église restaurée '.
Les mosaïques de Sainte-Sabine, qui viennent en quatrième lieu, datent du pontificat de Célestin I"" ou peut être de celui de son successeur Sixte HI ; en tout cas c'est à celui-ci qu'appartient la cinquième œuvre, les mosaïques du grand arc de Sainte-Marie Majeure. Les ayant déjà décrites ' nous n'avons pas à y revenir.
Plus vivement encore que dans ces deux dernières œuvres on sent l'influence de la tradition classique dans les mosaïques d'une des niches de l'oratoire des Saintes- Ru fine et Seconde (6), ancien vestibule du baptistère du Latran. Le goût qui les distingue, l'alliance qu'on y remarque de la richesse avec la délicatesse du sentiment, les font communément attribuer à une époque plus ancienne. Mais, comme il est bien vraisemblable qu'en refaisant le baptistère Sixte III a fait également le portique, la mosaïque ne saurait être antérieure à son époque. L'art y est d'ailleurs exclusivement ornemental et l'on sait que dans l'ornement les traditions de la bonne époque se sont maintenues avec plus de ténacité que dans la figure. La décoration se compose d'un feuillage vert rehaussé d'or qui se déroute sur un fond bleu ; dans la bordure supérieure on distingue un agneau de Dieu entre quatre colombes, de taille fort réduite, et dans des guirlandes, six croix plus grandes. La présence de ces croix autorise à penser qu'avant l'éreflion de l'oratoire de la Sainte-Croix dans le voisinage, cette place du portique aurait servi à la dîspensation de la confirmation, aurait été le consi- ^natorium 3.
La mosaïque de l'arc dit de Placidic dans la basilique de Saint-Paul (7) a été exécutée sous Léon le Grand. Malgré des remaniements postérieurs, elle réfléchit encore, comme nous l'avons vu4, l'ancienne composition et est un témoin de l'esprit chrétien antique dont le souffle la pénètre toute entières.
Au nom du pape Hilaire se rattache la mosaïque (8) beaucoup mieux conservée qui décore la voûte de l'oratoire de Saint-Jean l'Évangéliste, bâti par ce pape près du baptistère du Latran. Là aussi la principale décoration consiste dans des motifs ornementaux qui se combinent gracieusement et harmonieusement. De délicates guirlandes s'enroulent autour de quatre tiges qui conveigent vers l'agneau de Dieu, au centre d'une couronne triomphale. Dans les compartiments ainsi formés, des oiseaux et des corbeilles de fleurs et d'autres détails rappellent, comme on l'a justement remarqué, la peinture des catacombes '-
' Garrucci, pi. 2o8; Kraus, p. 490 et la fig. du titre; Péralé, dans V Histoire de Part, t. I, p. 45, 6g. 35 et pi. en pfaotogr. L'inscription dit ; DOMINVS CONSERVATOR ECCLKSIAE PVDENTIANAE. Voir mes Analeita rom., diss.
' Ci-dessus p. 309. Garrucci, pi. iio; Kraiis, p. 412, 4"4-
' Kraus, p. 41 1 ; Rohault de Fleury, I^ Latran au moyen âge., p. 43, donne, comme île
bonne fîg. Cette mosaïque oubliée re dans le P. Garracci est reproduite par Péralé, HisMri de Part, 1. 1, fig- =* et p. 46.
'Garrucci, pi. 337; Kraus, p. 412; Miinti.
L'ancienne basilique de Siinl-Paul hors In murs {Revue de l'art ehr/tten, 1898, p. 1 «
'Garrucci, pi. 338; Kraus, p. 413.