LIVRE 1. CH. VU. l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [No
leur pinceau que les mosaïstes, nous en avons déjà fait la remarque. C'est surtout dans les catacombes qu'il faut chercher les restes vénérables de l'antique peinture chrétienne, et l'on s'y heurte à cet inconvénient que ces œuvres souterraines, destinées à être vues à l'éclairage des lumières, n'offrent guère qu'un dessin sommaire et des couleurs appliquées par couches irrégulîères; et leur imperfe^ion empêche de se faire une idée nette de l'état réel de la peinture à cette époque. Cependant la pensée chrétienne et un sentiment vraiment profond y trouvent moyen de s'exprimer dignement dans la langue de l'art universel.
Jetons un regard sur quelques spécimens des IV*, V= et VI* siècles, dans l'ordre chronolc^ique.
Au IV* siècle appartient la bonne fresque de la Vierge à l'enfant, peinte sous un arcosolium de la catacombe ostrienne (fig, 128')- Les deux monc^rammes con.stantiniens du Christ rappellent le nom du divin enfant et situent l'œuvre à l'époque de la paix de l'Église. A droite et i gauche l'arcosolium
montre en forme d'orants les défunts qui y sont ensevelis. Dans la catacombe de Sainte-Cyriaque, l'arcosolium de Zosimien fut décoré au IV' siècle de fresques, dont l'une représente une âme sous forme d'orante recevant sa récompense du juge suprême; d'autres nous montrent le Bon Pasteur, Jonas sous Fig. las- La Vitigt k l'enfant, au ccemeterium ostrituinm. sa courte, Moïse qui se
déchausse, le Sauveur trônant entre deux apôtres. A la même époque appartiennent, dans le cimetière de Calixte, les images du Juge distribuant les récompenses, aussi avec le monogramme constantinien, du Christ entre les douze apôtres, de deux cerfs se désaltérant à une source qui jaillit du rocher ; sans doute sur ce rocher il y avait, comme dans les peintures analogues des mosaïques, l'agneau de Dieu, dont il ne reste plus trace aujourd'hui. La même catacombe offre encore, toujours du IV* siècle, une peinture remarquable, bien que représentant une scène de la vie quotidienne : c'est une marchande de légumes, peinte sur son tombeau '.
Dans la catacombe de Sainte-Domitille, le IV* siècle nous présente la
' Liell, Die Darstellungen Marici, pi. 6; Kraus, t. I, p. 193. Mgr WilperC y a vu autrefois le portrait idéal de la défunte enterrée là; cf. son Cyklus christohgiscÀer Citnaldt ans der Kalakombe lUr kîl. Pelrus und Marcellinus {Freibutg, 1891), p. ^8.
Plus tard il a repris, avec des arguments nouveaux et décisifs, l'opinion soutenue déjà avant lui et exprimée notamment par Aringhi que lafresque représente la Mère de Dieu avec sou divin fils. Voir dans son grand ouvrage la pi. 207.
■ Sur les peintures
celles-ci que de celles qui seront nommcei plus tard, l'on trouvera des renseigneiQtnis et d'excellentes reproductions en couleur dans Wilpert, Die Gemaldt der Katatomio (Freiburg, Herder), en italien sous le tilt U Future délie catacombe (Roma, Descl*'.
1903, avec 167 pi. Voir aussi Lefort, ÈluAc sur Us monuments primitifs de la feintu'l chrétienne en Italie (Paris, iKSs), p. 7^ et îv.. et Henneckc, Altckristt. Malerei u*d <dl' ckristliche Literntur (Leipzig, 1896).
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figure du fossoyeur Diogène, la résurreftion de Lazare, Moïse frappant le rocher, etc. On y voit aussi, toujours de la même époque, la belle scène de l'introduftîon dans les jardins célestes de sainte Veneranda par la martyre Pétronille. A la fin du IV« siècle appartient une peinture d'un arcosolium représentant les apôtres Pierre et Paul et entre eux le monogramme de Constantin, Sur le même tombeau se répète la scène de la réunion des apôtres autour du Christ; on dit généralement qu'ici Pierre est distingué de tous les autres apôtres parce que seul il a la tête nimbée; ce n'est pas exa6ï; un examen attentif permet de constater que le nimbe fait défaut même chez S. Pierre. C'est encore au IV* siècle qu'ont été peintes dans la catacombe de sainte Domitille deux autres fresques,dont le sujet n'a été déterminé que récemment contrairement aux explications fausses qu'on en donnait jusque-là. Dans lune, l'on voulait voir, soit l'administration du sacrement de pénitence, soit la prédication d'un pape dans les catacombes, au lieu qu'en réalité, c'est le jugement de Dieu qui est représenté. L'autre fresque, où l'on croyait voir une Annonciation représente bien plutôt, à en juger par ce qui .subsiste, les trois jeunes hommes dans la fournaise.
Dans le cimetière de Prétextât, nous avons, du IV" siècle, pour indiquer des tableaux d'un autre genre, un tombeau au monogramme du Christ, sur lequel Celerine et deux autres défuntes, désignées nommément, sont représentées symboliquement soiis forme de brebis; nous y voyons aussi S. Pierre et S. Paul, Sixte II avec un compagnon, une brebis désignée sous le nom de Susanne avec deux loups appelés seniores : représentation symbolique de la Susanne biblique et des deux vieillards. Au cimetière de sainte Cyriaque, un arcosolium porte S. Pierre et le coq; et, dans la lunette, le Christ entouré des cinq vierges sages à droite et des cinq viei^es folles à gauche. Les dernières portent leur lampe éteinte à moitié retournée, pour désigner, d'une manière un peu brutale, que l'huile en est sortie. La platonia est ornée à l'intérieur des images du Sauveur et des apôtres, qui appartiennent vraisemblablement à l'époque de Damase. Dans le cimetière voisin de saint Sébastien on remarque une naissance du Christ : la crèche a la forme d'une table à quatre pieds, on aperçoit derrière les têtes du bœuf et de l'âne; jusqu'à présent cette représentation est unique dans les catacombes. Dans le cimetière des SS. Marcellin et Pierre, une chambre funéraire est historiée du sacrifice d'Abraham, de Jonas rejeté par la baleine, des trépassés en forme d'orants et ornée de figures décoratives.
Dans le même cimetière fut exécutée à la fin du IV= ou au commencement du V« siècle, pour la décoration de la crypte, la précieuse fresque qui représente en les désignant par leurs noms, les saints martyrs Pierre et Marcellin et à côté d'eux Gorgonius et Tiburce, tous quatre les mains tendues vers l'Agneau de Dieu debout sur un rocher d'où coulent les quatre grands fleuves. Mais ce que cette chambre renferme de plus remarquable c'est un Christ de grandeur naturelle, avec les apôtres Pierre et Paul; le dessin et le coloris en sont exceptionnellement réussis pour cette époque et, ce qui n'est pas moins important, les apôtres ont des types bien humains, et ces traits carafléristiques sous lesquels de bonne heure ils sont représentés à Rome.
Dans le cœineterium oitrianum, on retrouve encore Pierre et Paul aux côtés du Christ sur son trône. Ce travail pourrait être de la même époque que le précédent, mais il est d'une moindre valeur artistique. C'est par erreur que l'on admet généralement que les deux apôtres y portent le nimbe; le Christ seul en est orné.
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Ce n'est là qu'un petit nombre des peintures que l'on pourrait citer, car an IVe siècle les peintres exerçaient encore aftivement leur talent dans les catacombes.
Dès le cinquième siècle au contraire le nombre des fresques des catacombes décroît avec rapidité. La décadence des affaires publiques et les malheurs qui fondirent alors sur Rome ont laissé leurs traces jusque dans ce domaine. Les grandes figures des saints Polycamus, Sébastien et Quirin dans la crypte de sainte Cécile, au cimetière de Calliste, sont comme un souvenir donné par le V' siècle à la civilisation romaine qui s'en va; ce sont des types purement romains ; la tunique, le pallium avec ses plis classiques, l'expression même de ces visages imberbes, font revivre aux yeux du spe£latcur des nobles romains de l'époque.
Au VI* siècle nous pouvons encore citer deux fresques des catacombes: celles du tombeau du pontiTe martyr Corneille dans les catacombes de Calliste Elles représentent Corneille et Cyprien, Sixte II et Optât, en tunique et en planeta, sur lesquels est jeté le pallium, insigne de la dignité sacerdotale. Ce sont vraisemblablement des œuvres de l'époque de Jean III; l'inscription en résonne comme un soupir de soulagement, après les jours d'indicible souffrana que venait de traverser Rome avant ce pape, rénovateur des catacombes.
275. Les exemples ci-dessus montrent déj que dans la peinture cîmit^ riale avait peu à peu cessé la prédominance de la profonde symbolique des temps primitifs. En nombre toujours plus grand des images d'un carafière purement historique avaient pris la place des peintures suggestives et profondes de l'ancien temps. Les apôtres du Christ, colonnes du temple de la Nouvelle Alliance fortement établi dans le monde, apparaissaient plus souvent et les martyrs des cimetières étaient volontiers m.agnifîés et associés au triomphe général de l'Église. L'amélioration de la situation de l'Église a son contrecoup dans les caveaux souterrains et oiTre de nouveaux objets au pinceau de ses modestes peintres.
La technique se maintient en général au même niveau, à cela près qu'on ne retrouve plus ces formes délicates et pleines de sentiment que nous voyons par exemple dans les plus anciennes peintures classiques de la catacombede Priscille. Après Constantin, l'on continue d'employer avec moins d'art les (wocédés antérieurs : un modelé en tons bruns ou roux, et des contours noirs et accusés qui détachent nettement les figures. C'est une sorte de composition en relief, fort simple, sans rien de proprement piflural. Les fresques des catacombes forment par là comme une transition aux mosaïques ; la même technique se retrouve dans celles-ci; et plus d'une peinture des catacombes pourrait *tre transposée telle quelle du fond blanc de chaux des murailles sur le fond jaune ou doré des mosaïques '.
Par le sujet aussi, même dans les parties allégoriques, les fi-esques se rapprochent des mosaïques. C'est ainsi, pour nous en tenir à deux peinture disparues, que des inscriptions métriques des cimetières de la voie salarienne nous renseignent sur des peintures du V" siècle qui pourraient être aussi bien des mosaïques que des fresques. La première inscription, posée par le pape
' Suivant l'observation fort juste de E. Frantz, GesekUkU dtr ckristt. Maitreî, 1 1 (Fieibuiî. 1887), p. is^et ïuiv.