‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 141 sur 165 · N^* 275]. VI. LA PEINTURE ET LES CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

N^* 275]. VI. LA PEINTURE ET LES CIMETIÈRES

Boniface I", fut recueillie par des pèlerins dans le caveau de Sainte-Félicité, Le tableau, auquel les vers se réfèrent, représentait le triomphe céleste de sainte Félicité entourée de ses sept fils martyrs avec elTe, comme le tableau déjà décrit de l'oratoire de la sainte près des thermes de Trajan. On y Ut notamment : " Elle suit dans les bosquets délicieux ses enfants innocents : une couronne de fleurs serre son front vainqueur " '.

L'autre po^mc se trouvait dans la basilique funéraire de Saint-Silvestrc, près de la sépulture de Célestîn I". La peinture, d'après ce texte, nous montrait les saints martyrs Félix et Philippe dans la gloire, c'est-à-dire avec leurs couronnes en mains, près du juge étemel. En souvenir de la lutte sou* tenue par Célestîn contre Nostorius, le poème commençait par proclamer que ce juge était ce même Dieu qui était né, avait souffert et était retourné dans le ciel ».

Nous pouvons encore signaler le beau poème dogmatique que nous ont conservé d'antiques copies prises dans " le palais de la veuve Rusticîana ", vraisemblablement femme du célèbre Boèce, tué en 524. Cette pièce se trouvait sous un tableau de la Vierge, tenant l'enfant sur son sein. L'auteur, un certain nrator Andréas, 'lomx. à de belles et profondes pensées l'harmonie élégante et facile des vers pour célébrer les titres d'honneur de la mère et de l'enfant dont il dit, par exemple :

Engendre deux fois, sans mère comme créateur et sans père comme sauveur'.

Un autre poème, d'un égal mérite de style, copié par les anciens pèlerins au portique de Saint-Pierre, se rapportait à la peinture ou à la mosaïque audessus de la porte d'entrée, qui représentait Constantin le Grand. Les vers racontent la guérison de l'empereur due à l'intervention de rapôtre4. Nous avons de nombreux témoignages sur l'usage de mettre à l'entrée des églises ou des palais des médaillons-portraits : Constantin lui-même se fit peindre au-dessus de l'entrée de son palais à Constantinople s. Le dégagement du narthex de la basilique primitive de Saint-Clément à Rome a mis au jour deux grands portraits d'un style si excellent qu'on les a pu attribuer avec vraisemblance aux premiers temps de cette église, au IV« siècle ^

' De Rossl, Inscr. christ., <. 1 1, part, i, p. 88, [ sfiicil inlerior, stquitur si pratmia Ckrisli. , 136; Ducheine, Uber ponlif., t. I, p. 339 j ' Grisar, Anal, rem., t. I, p. 110 : Bii ge-

Les copies des pèlerins ou colleflionncurs 1 nilus, sine maire opif ex, line pâtre redemplor. d'inscriptions nous ont conservé entre autres | Mgr Wllpert a parlé de cette peinture au les deux vers que nous avons traduits : In- congrès romain en l'honneur de S. Grégoire

' Crédite iiiéliiras animas remeanle/avilla, etc. Cfr. ci-dessus p. 249. Nous avons déjà montré comment ces vers mal interprétés 1

s pueras seçuitur per ainoena vireta, \ Tempera viUricis fiorea sitta ligant. A côté de cette peinture s'en trouvait une autre dont l'inscription en vers nous fait penser que les

mariyrs étaient représentés avec les insignes 1 donné naissance ou aliment à la fable de la

de leur supplice, dont les instruments étaient guérison de Constantin de la lèpre,

sans doute à leurs pieds. ' Eusèbe, Vila Conslanlini, 1. IV, c. 15 ;

' DeHossi, ibid.,X. Il, part. i,p. 6z,68; Du- I Constantin se fait peindre " comme orant sur

chesne, ibid., 1. 1, p. 231. Qui natum passum- la porte du palais royal, au-dessus du vesti-

çue Dtum repetisse paternas \ Sedes alçue , bulum ". C'est l'emplacement même choisi à

ittrum -uenturum ex aelhere crédit, \ ludicet ; Saint-Pierre de Rome.

ut vivos rediens pariterçue sepultos, I Mar- ° .Stevenson, Mostra di Roma tielV espesix.

tyribus sanlîis paleat quod regia coeli \ Re- lii Torino, p. 215, n. 308.

Hist. de Rome. — 37

4l8 LIVRE L Cil. VII. l'AKT ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N» 276.

276. Ces inscriptions métriques tics peintures font parrie d'une chaîne de textes fort importants pour l'histoire de l'art. Elles prennent place à côté des recueils d'inscriptions de statues conservés par Prudence dans son Dittechatttm^ et par les tiluli A mbrosiani '. C'était une branche spéciale de la poésie. Ces vers nous peignent souvent des tableaux perdus des églises avec une telle fraîcheur et une telle vérité qu'on pourrait presque, à l'aide des œuvres analogues que l'on a conservées, les repeindre sur la muraille. Les poèmes de S. Paulin de Noie sur les fresques de l'église de Saint-Félix, construite par lui au début du V* siècle, sont pleins d'indications précieuses pour l'histoire de l'ancienne peinture chrétienne. A Rome les iituli des peintures n'ont été conservés que pour les siècles suivants du haut moyen âge. Ils montrent la persistance de cet usage classique même lorsque dans ses créations la peinture se fut le plus éloignéedes traditions classiques K

Un point particulièrement remarquable dont témoignent ces poèmes et d'autres des temps primitifs est le parallélisme entre les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament La peinture religieuse se plaisait à voir dans l'Ancien Testament la figure du Nouveau, à la suite des Pères de l'Église, dès le temps de Prudence; son Dittochaeum 06 24 scènes de l'Ancien Testament et 25 du Nouveau sont traitées en autant de quatrains, témoigne d'une concordance de ce genre. Au reste le sens figuratif de l'Ancien Testament n'est indiqué ici que d'une manière générale, sans qu'il y ait entre les scènes une relation direfte. On sait que le moyen âge poussa les choses plus loin : dans ses Bibles des pauvre, dans sa décoration picturale des églises empruntée aux scènes bibliques, il choisit des sujets qui se fissent pendant : d'un côté, la figure, de l'autre, l'accomplissement; suivant étroitement les Pères de l'Église, il s'attachait à des ressemblances extérieures purement fortuites. Les reliefs bibliques de la porte deSain te- Sabine, où mainte scène de l'Ancien Testament est direflement opposée à une .scène du Nouveau, montrent qu'à Rome depuis longtemps déjà l'art n'était pas étrarirer à cette préoccupation dans une certaine mesurc4. Les mosaïques du pape Libère à Sainte-Marie de l'Esquilin sont aussi bibliques et nous offrent une série chronol(^ique de tableaux de la Genèse et du livre de Josué dont ils forment l'illustration méthodique, fragments peut-être d'une série plus complètes.

Quand ce parallélisme existait, la décoration formait ce qu'on appelait Concordia VcUrts et Novi Testamenti^.

De Rome on exportait au loin les modèles de ces représentations. Benoît, abbé du monastère de Saint-Pierre de Weremouth (Jarrow) en Angleterre, plei" de zèle pour les arts, rapporta de son voyage à Rome des imagines ou modèles pour la décoration piélurale de son église et de son monastère de Saint-Paul. En 678 et 684 il en était à son quatrième et cinquième voyage à Rome, Bède le

' S. Merkle. dans la Fetlsckrift ifeS Campa San/û tu Rom, p. 33-46.

'S. Merkle, Rom. Qnarlalsckrift, 1896, p. 18.S « suiv.

3 Comme Utuli de ce genre à Rome, il faut citer entre autres l'inscripiion d'Agapet dans sa bibliothèque du Clivus Scauri, dont hérita Grd(;oire le Grand (De Rossi, Inscr. christ., t. 11, pari, i, p. 28, n. 55; cf. p. 16) et la rein.irquable poifsie d'Ilono-

rius I" SUT les apôtres et l'Ascensinn, Andrem., t. [, p. 110. Cf. l'instruaif mémoire rft De Roïsi : Di titulUchrist. melriàsetrkfl^micis, en lêie du l. H des Imcr. ckritl., ao^ tamment p. xxxiv et suiv.; et Canucci,.^'^" crist., t. I, p. 460 et suiv.

' Grisar, Rom. Quartalukrifl, 1894. P- 4' et suiv.; Anal, ram., t. I, p. 45; et suiv.

' Ci-dessus p. 309 et suiv.

'Cf ci-dessus p. 3^7, n. 1.

N" 277]. vu. LA PKINTUKE ET LA BIKLE. 419

Vénérable nous rapporte que c'est d'après ces imagines romaines que Benoît fit exécuter un Isaac portant le bois de son sacrifice, comme figure du Sauveur portant sa croix. De même, comme pendant au Christ sur la croix, on voyait le serpent d'airain dont la vue guérissait les Israélites dans le désert '.

Ce n'est guère qu'un hasard qui nous a conservé ce renseignement sur l'influence exercée par la peinture romaine sur le monde chrétien. Il n'est pas douteux que nombre de pèlerins venus de contrées lointaines aient ainsi emporté de Rome dans leur patrie des modèles pour des œuvres analogues. On conserve dans la bibliothèque de Cambridge' un évangéliaire avec 18 scènes peintes du Nouveau Testament. Il est assez vraisemblable que ce monument a été apporté de Rome en Angleterre par l'apôtre de ce pays, S. Augustin, le disciple de Grégoire le Grand. Les figures sont cependant plus anciennes, comme il ressort de l'apparence jeune et imberbe du Christ La composition rappelle tout à fait les reliefs de la porte de Sainte-Sabine et ies sarcophages à scènes historiques des IVe et V" siècles. Ces miniatures ont donc pu être faites d'après des modèles qui servaient à d'autres travaux, et qui font songer aux imagines de l'abbé Benoît; car ces imagines, pour pouvoir accompagner dans ses voyages Benoît, n'étaient bien évidemment pas des fresques ni des mosaïques, maïs des peintures sur parchemin. Peut-être s'y ajoutait-il un ou deux ivoires; on s'en .servait aussi pour des illustrations de la Bible, mais leur prix élevé ne permettait guère de les rencontrer que dans les maisons riches et nobles. L'on est amené à croire que ce qui donna naissance à Rome à l'établissement de ces modèles ce furent les commandes nombreuses, et au début sans doute multipliées, faites aux peintres, mosaïstes et marbriers puis la recherche par les visiteurs étrangers d'œuvres semblables. Cette hypothè.se donnerait aussi l'explication de l'uniformité à Rome des types pour la représentation du même objet, qu'il s'agisse de peinture ou de sculpture, et de la conformité jusque dans les moindres détails des ceuvrcs exécutées en Italie ou ailleurs avec celles des artistes romains.

VU. — La peinture et la Bible.

2yy. Nous ferons un pas de plus en examinant la question nouvellement agitée des plus anciennes bibles illustrées. Rome a-t-elle possédé une Bible ornée de figures dans le siècle et demi qui suivit Constantin? Déjà de Rossi, cet archéolt^ue à la vue sûre, a exprimé la pensée d'un iien entre les mosaïques bibliques de la basilique libérienne et une bible illustrée quelconque 3.

Le souci que l'on avait à cette époque chrétienne de la peinture des livres ressort déjà de quelques productions profanes. Le Virgile illustré du Vatican (Cod. 3867, IV" siècle) est une œuvre populaire de ce genre, une sorte de guide de la jeunesse pour la leélure des poèmes de Virgile t. Le calendrier dit philoca-

' Le passage de Bède a eié cité p. 387. de VHistm're de l'Art de A. Michel, p. 207

'Gamicci, Aile crist., l. III, p. 64 et et suiv. pi. 141 ; Kraus, Geseh. der chrisll. /iunsl, 1. 1, * Par les soins de la Bibliothèque vaticane

p. 46g; de Rossi, Ue origine, histoiia, etc., une reproduilion photographique intégrale

bibliolkecae sedis apostoUcue, p. 6z. du Virgile du Vatican {Cod. 321=) a été exé-

3 De Rossi, Musitici, fasc. ^4. Navuta di cutée en iigj(Cûdiccs e vaticanis se/eéli phO'

S. Maria Maggiore. Sur ce qui suit cf. /oiypice itepiûi, fasc. i.) On a, publié dans la

Kraus, Geschichie der christUchen Kuiist, t. I, même colleiîlion, fasc. 2, des spécimens du p. 451 et suiv.i Millet, \'Arl byzantin, a\x t. 1 j Cod 3867 de Virgile.

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