LIVRE I. CH. VU. L'art et la civrLisATiON ROMAINE. [N
lien de 354 exista dans une belle édition du IV* siècle, ornée de figures remarquables; nous n'en avons que de mauvaises copies, qui n'en sont pas moins un inappréciable monument de la peinture des manuscrits'; Rome est une des quatre villes qui y sont personnifiées. Mais le modèle le plus parratt d'illustration d'un livre proTane qui nous soit parvenu de la fin de l'époque classique est le manuscrit viennois du traité des plantes par Dioscorides, écrit et historié pour Juliana Anicia, fille d'Olybrius, empereur en 472. Le feuillet de titre, que son caraflère classique nous engage à reproduire partiellement (fig. 129 '),
Hini«ture du Dioscorides : Julian» Anicw, accompagnée de figures symboliques.
nous montre entre deux personnages allégoriques, — la magnanimité et la réflexion, — la noble demoiselle sur un trône, à laquelle un enfant nu présente l'œuvre de l'écrivain. Une forme féminine prosternée aux pieds de Juliana
' Slriygowsky, "/ahràuch des archdol.
ImlHuls, t. I (1888).
" D'après Labarte, Hiit, dts arts iitdiiitriels, 2' éA. {?KT\i. 1872, eic.),i. H, pi. «i cf. Kraiis, GeuhkhU dtr ckrisll. Kiinsl, 1. I, p. 459- Pour ce qui esl écrit sur la miniature je renvoie à Labarte e( S Lambecius Kollar, CommtnI. bibl. l'âidûâ.,]. Il, c.j. Le manus-
crit vient d'être reproduit par les solo; de M. Jos. de Karabacek, avec préfeces de MM, Ant. von Premeratein, Cari. Weascly, Jos. Mantuani : Diouurides, Codtx Aitidat Iulianat picturis illustratus^ nunc Vindotoiu ined. gr. I phntflty /fkr tiiiius (Lugduni Balav., igo6), t. X, des Codiccs graeci H ialini photographia depLIi.
No 278.] vil. LA PEINTURE ET LA BIBLE. 421
Anicia représente, d'après l'inscription, la reconnaissance des arts. Dans les compartiments formes par le décor géométrique qui encadre ce tableau l'on voit des génies nus affairés à divers travaux artistiques.
Si l'on apportait tant de soin à illustrer des livres profanes, combien plus devait-on en mettre pour le livre des livres, mine précieuse qui fournissait à l'éducation et à l'enseignement religieux leur matière et à l'art d'inépuisables sujets. Nous possédons en effet k tout le moins des fragments de parties illustrées de la Sainte Écriture, entre autres la Genèse de Vienne, le Josué du Vatican, la Bible cottonienne et plusieurs psautiers.
27S. La Genèse de Vienne, qui contient 48 miniatures, semble appartenir au IV* siècle et prend ainsi, parmi les livres bibliques ornés de peintures, la tête dans l'ordre chronologique comme elle y a incontestablement droit au point de vue de l'exécution par son inspiration classique. On ne sait où elle a été composée; mais on ne peut hésiter à y reconnaître une teuvre d'art de l'empire romain. Elle nous montre cet art passant au service du nouveau monde religieux. C'est en considérant attentivement le réalisme de ces miniatures et la façon naïve dont elles reflètent la vie antique, que l'on comprendra bien le caraftère des plus anciennes mosaïques de Rome, celles par exemple de Sainte-Constance ou de Sainte-Marie de l'Esquilin '.
Les mosaïques libériennes de Sainte-Marie Majeure ont plus d'un point commun avec les miniatures de la Genèse de Vienne; elles partagent avec elles ce trait caiaftéristique de la peinture romaine au second et au troisième siècle, de reproduire sur un seul et même tableau deux ou plusieurs fois le même personnage, dans les phases successives d'une même aftion. C'est là le mode de représentation qu'on appelle continu, répandu par l'art romain à travers le monde dans les reliefs des sarcophages, dans les ivoires, dans les peintures et les mosaïques, qui a traversé tout le moyen âge i>our ne seffaccr qu'au XVI* siècle devant la manière aéluelle. laquelle, dans son goût d'unité rigoureuse, ne représente qu'un moment déterminé '.
Un autre caraiElère commun aux mosaïques de Sainte-Marie Majeure et aux miniatures de la Genèse de Vienne, c'est d'éviter l'uniformité du type et de rechercher au contraire un effet par l'accentuation du caraélère individuel. L'on est beaucoup moins préoccupé de traiter chaque partie en couleurs que de produire une impression vive, dans des tableaux d'exécution d'ailleurs médiocre, par l'exagération même des particularités qui doivent ressortir. L'usage de juxtaposer des couleurs sans liaison fait que tout parait de soi-même et sans peine à l'œil du spe£lateur. On a désigné l'ensemble de ces qualités sous le nom de style "illusioniste", qui peut prêter à des malentendus; mais la chose est fort claire. Cette manière est un produit naturel des tendances et de la nature de l'art romain antérieur. Ce qui distingue l'art grec, c'est la recherche de l'idéalité plus que de la réalité, c'est une perfection de formes et de couleurs
■ F. W. Yon Hattel et Fr. Wïckhfiff, Die IVie- j i'arl bysantin, l. 1, p. 78 qui fait n ntr Genesis,à,'!i!a%\^ Jahrbuch der kunslkister. raflère réaliste et classique de iniunte image.
Sammlttngm des aJleràôchsten Kitiserkausef, \ H. R. Swete, Inlrodii^i-n (<• Ihe o/d T^'ta-
t. XV et XVI I lire à pan, Vienni-, rS?;. L'on- i menl in (j>^<-*(iy jO) p. 1,19, d il que l'écriture vrage donne la reproduiftion intégrale de lou- de la Genèse est du V" ou VI' siècle tes les miniatures. Cf. les fig.de G:irrucci,j4r// 'Voir l'inlrodu^ton de Wîckhoff à l'ou-
crlfl., pi. 113-123, et de KondakofT, Hiif, de \ vrage citi: ci-dessus.