‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 145 sur 165 · N» 279.] VIII. ARTS MINEURS ET MOBILIER ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

N» 279.] VIII. ARTS MINEURS ET MOBILIER ECCLÉSIASTIQUE

seaux latéraux (6g, 91). C'étaient généralement des couronnes ou cercles de métal, pourvus tout autour de cierges ou de lampes à huile. D'autres, qu'on appelait gabatat, étaient des sortes d'écuelles ou de plats de bronze, d'ai^ent ou d'or. On aimait à décorer ces ustensiles non seulement d'emblèmes religieux, mais de figures empruntées au style profane de l'époque, lys ou dauphins par exemple. Le verre était aussi employé comme luminaire.

Les chaînes, qui servaient à pendre ces lampes précieuses, semblent avoir été assez souvent l'objet d'un riche travail artistique. Les fouilles d'une antique basilique chrétienne, à Vérone, ont amené, en 1886, la découverte de très remarquables fragments de chaînes, dans lesquels des monc^rammes du Christ et des croix à monogramme tenaient lieu d'anneaux'. Grâce à cette découverte l'on a pu déterminer des restes de chaîne conservés au Musée du Vatican et formés de croix latines'. Ils ont dû avoir également une destination liturgique et servir à la suspension de quelque lychnus pensilis, comme on appelait ces lampes.

Les gabataé recevaient parfois le nom de signum Christi, en grec signockriston; il est vraisemblable qu'en ce cas elles consistaient dans un simple monogramme évidé 3,

L'on était fort inventif pour la forme des lampes. Il suffit de voir les figures, par exemple, que l'on a publiées, des récentes fouilles de l'Afrique septentrionale. Il y en a qui ont la forme symbolique d'un vaisseau + ou d'un poisson:. La lampe de la colleftion Basilewski, en forme de basilique, est célèbre ^ Pour le seul pape Hilaire, le Liber pontiJUalis c\X&\es noms suivants de lampes offertes par lui : fants, farns cantkarus, lampas, lucema, coronaT.

S. Paulin de Noie nous fait le tableau poétique du brillant luminaire qui décorait les basiliques au I V^ et au V« siècle II est sous l'impression de ces " lampes suspendues qui se balancent à des fils d'airain " B, Un témoignage de ces splendeurs nous est conservé dans le passage du f.iber pantifiailis o\i il est dit qu'Hadrien I"fit faire pour Saint-Pierre un farus cruciforme colossal, qui portait 1365 cierges. Pendu en avant du presbyterium, il ne n'allumait que quatre fois par an 9.

Prudence vante aussi la ma:4nificence apportée au luminaire des églises. Parlant de la nuit de Pftques, il nous dit qu'une mer d'étoiles étincelle aux lambris du plafond et que la voûte céleste a prêté à l'édifice ses plus brillantes lumières'". De même Fortunat, à propos de solennités célébrées le soir, parle de

:', 1886, p. 114: deRossi, I, p. i39Ct5uiv.,pl. IX,

' NotÏMte liegli tca Bull. arch. crist., I î fig. a et 3.

'De Rossi, l'^i'i^., p. 143.

i Liber pon/i/., t. II, p, 78 rius /K § 471 ; Gabalhas am inUrrasilts pkylopares si^nochristas penden- Us in ealenulas Illj de Rossi, /Wrf,, p. 144. On trouvera dans de Rossi, Bull. arck. criu., 1890, pi. VIII-X le dessin d'une g^ata du V*s. environ, conservée dans l'église romaine de Saint-M.irtin aux Monts. C'est la gabata consacrée à S. Silvestre mentionnée par Duchesne, Liber peut., t. I, p. io\.

* Lampe de Valerius Severus, ci-dessiu fig. 14; Carrucci, pi. 46g.

»Garrucci, pi. 471, fig. ;.

'Garrucci, pi. .169.

' Lampes africaines, Kraus, Reahncyklopàdie dêr christi. Altertiimer, t. II, p. 273 et suiv. — Ch. Caliier, Mélungei d'archéologie, d'hislûire et de litUralure, t. 111, p. 1-51, a toule une disserlaiion sur l'ancien éclairage chrétien. Cf. Rohault de Fleury, lu Messi, t. VI, p'i. 441, canislra, pi. 439 et 446, coronae, pi. 441, 444, 445, gabalae; Le Blant, De quelques sujets rtprésenlés sur des lampes en terre cuite de l'époque chrétienne, dans les Mélanges iParchioL, K. VI (1886), p. 2zg et suiv.

' Poem. ^7, V. 389 et suiv. (Migne, P. L., t. LXI,coL657).

' T. I, p. 499, Hadriaims I, g 310 : fecitja-

"• Cathemerinon, 1. 5, v. 141. Il parle des ptirpurei hesperi semés aux laquearia de

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la profusion des lumières qui répandent dans les halls de l'église un éclat aussi vif que l'or du soleil ',

Et ce devait être en effet quelque chose de féerique que cette multitude de lumières qui semblaient encore plus nombreuses en se réfléchissant dans l'éclat des marbres, l'or et les vives couleurs des mosaïques. Les vastes espaces des immenses basiliques devaient paraître encore plus grands et toutes ces couleurs produire un ctTet fantastique.

Cette multiplicité du luminaire ne s'explique pas seulement par le lèle que l'on mettait à donner plus de splendeur à la liturgie, il tient aussi aux habitudes de la vie classique, qui se plaisait aux effets d'un riche éclairage. Toutes les fêtes des empereurs et jadis celles des dieux étaient toujours rehaussées par l'éclat des illuminations. Il n'est point d'objets que l'on trouve plus fréquemment dans les fouilles du sol romain que les lampes de toute forme et de toute taille, surtout des terres cuites. Beaucoup portent des insignes païens, d'autres des figures d'un caractère indifférent, plusieurs, dans les catacomt>es et à l'époque postconstantinienne, sont pourvues du monogramme du Christ ou d'autres symboles chrétiens. Et ces indices de foi ne se mettaient pas seulement sur les lampes destinées au service divin, on les rencontre aussi sur celles qui ne servaient qu'à des usî^es profanes. C'était une protestation, consciente ou non, contre l'abus que l'art païen dégénéré faisait précisément des petites lampes : de tous ses produits c'était celui où il se plaisait le plus à étaler des images obscènes et lascives, empruntées à la mythologie =.

Dès l'origine tes principales basiliques romaines jouirent de dotations constituées exclusivement pour pourvoir aux frais de l'éclairage. C'est un objet expressément marqué dans la liste des biens concédés par Constantin à la basilique du Latran 3. On peut le suppléer dans les listes de donations aux autres basiliques, contenues au Liber ponttficalis. Les frais d'éclairage étaient considérables : on brûlait souvent dans les sanctuaires des huiles précieuses, huiles balsamiques ou huiles de nard, et les parfums qu'on y ajoutait en augmentaient encore le prix.

Voulant augmenter la splendeur du luminaire au tombeau de l'apâtre S. Paul, Grégoire le Grand fit don à la basilique, avec affeétation à cet usage spécial, du vaste domaine d'Aquas Salvias et de divers autres domaines 4. De .son côté, Grégoire II fit cadeau à la basilique de Saint-Pierre " pour l'entretien du luminaire " de plusieurs olivettes dont on peut lire encore les noms au portail de ta basilique sur une inscription de pierres. Les 89 lampes de bronze qui brûlent a^uellement au tombeau de 5. Pierre ne sont qu'un pâle souvenir de l'antique tradition ; et d'ailleurs la confession afluelle ne soutient pas la comparaison avec celle du VI" et du V[[« siècle pour la richesse de sa décoration-

■Livre V, carm. 6 (Migne, t. LXXXVIII; Mon. Germ. hist.,Au£l. antiq.,\.. IV), Cf. Sidoine Apollinaire, Ep. V, 17.

' Le Blant, De quelques sujets, elc. Mélanges rfarcA., t. VI (1886), p. 134. Sur le luminaire des églises, cf. H. d'Allemagne, Histoire du lumiihiire (Paris, 1891}, p. SJ-62 ch. ni ; Période chrétienne, 1" partie.

p. 173, Silvester, § 36); cf. Duchesne, l I.

p. CXLV.

^Regisfr., 1. XIV, n. 14 (éd. des Bénëd,* S. Maur, I. XIV, n. 14)1 Jatfé-Ewald,». 199'- Voir dans mes Analeéla rom.^ t. I, p. 157 <' suiv., l'inscription qui reproduit ce document (photogr.).

'De 9.o&^\,lHser.ekrist,,X.\\, part.i,

^Conslituit {CoHstanlinus) in sen'itio lu- \ 4131 Jafré-£wald,n.3i84. Pour les deux pap*). ■'^ar^tliciHa {Uber pont., L I, ■ cf.' A. Rocca, Migne, L LXXV, p. 479-48^.

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