‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 146 sur 165 · N" 280.] VIII. ARTS MINEURS ET MOBILIER ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

N" 280.] VIII. ARTS MINEURS ET MOBILIER ECCLÉSIASTIQUE

280. Les ex-voto déposés dans les san£luatres par le pape, le clergé, les fidèles de Rome ou les pieux pèlerins formatent aux tombeaux des apôtres et aux basiliques romaines un mode de décoration aussi somptueux qu'original. L'art, si goûté à l'époque, du travail et de la fonte des métaux enrichit notamment les églises d'ex-voto de toute espèce.

Ce n'étaient pas seulement des lampes, des candélabres, des luminaires de tout genre que l'on offrait en hommage au saint, mais des couronnes {régna), des croix, des monogrammes, des figures symboliques d'un travail précieux, des vases sacrés, voir de simples plaques décorées, le tout généralement pourvu d'une inscription du donateur et souvent de la mention d'un vœu (votuin solvit)- Les objets étaient souvent exposés devant l'autel, sur la pergula, colonnade reliée par un entablement, qui rappelle l'iconostase grecque. On en vint à suspendre à ta pergula jusqu'aux calices, patènes, barillets et vases liturgiques récemment offerts. On peut se figurer l'impression produite par toutes ces lumières qui brillaient près du maitre-autei et des tombeaux des apôtres, au milieu de l'étincellement de tous ces joyaux d'or et d'argent, si étrangement exposés, qui jetaient à travers l'église l'éclat de leur flamboiement '.

On peut se faire une idée de la forme et de la richessedc ces exvoto par la précieuse croix de l'empereur Justin II, seul reste de ces trésors antiques que conserve encore la basilique vaticane''.

Elle est couverte de plaques d'argent doré, ornées de pierres pré- Fig. 137. Croîz <1« l'emperenr Justin & la basilique vaticane. cieuses non tail-

lées; les bras lais- .sent également pendre à des anneaux des pierres enfilées. L'avers porte au centre, au lieu de l'image du divin crucifié, dont une sorte de scrupule rendait

' Entre autres objets donnés par Grégoire III à la basilique de Saint-Pierre pour la pergula de la chapelle de tous les saints qu'il y avait élevée, nous relevons :gabalas aureas, gaènias saxiscas, crucfs pendenies, amulas superaura/as ^TiàeT\tes,pàulttloria, coronam aureantcum cruce pendentem in gemmis, calictm argettUum qui pendit in abmia ipsius oraiorii (Ubtr pûnl.,\. I, p. 417, Gregor.Ill, S 195 et BV. M. Rohault de Flcury {La Messe) a fait d'ingénieuses restitue ions de suspensions de ce genre : pi. 295 calices suspendus, pi. 393 burettes suspendues; et surtout pi. 255, usten-

siles sacrés, " pergula " d'une basilique. Voir aussi t. V, p. 102 : couronnes suspendues.

" Cf. de Waal, 'R'omische QuarlalsckriJI, t. VII (1893), p. 345 et suiv. : Dit anliktn Reliqiiiare litr Peterskirche, et pi, 16 et 17; Stebno Borgia, De cruce -vaticana (Romae, 1779)1 dissertation spécialement consacrée à celte croii, p. 95; Garrucci, pi. 430, lig. 4 et %; Kraus, ReaJeitcyklopddie lier ckrisll. Allertkiimer,t. II, p. 242; Ëm. Molinier, Histoire glnér. des arts appiiqiUs à l'industrie. T. IV. Lorfèvrerie (Paris, 1901), p. 7,^ et suiv. avec fîg. Il en rapproche une autre croix reliquaire

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alors l'emploi fort rare, une relique enchftssée de la croix. Au revers on voit, au centre, l'agneau de Dieu avec un bâton cruciforme; des médaillons d'argent sont historiés des figures du Père Éternel, du Christ et des donateurs, l'empereur et l'impératrice, représentés dans l'attitude des orants chrétiens; la croix porte aussi leur inscription votive.

281. On peut se rendre un compte exaft de ce que possédait en ai^enterie une petite église rurale des environs de Rome au V* siècle par la donation que le catholique goth Valila fit à l'église fondée par lui sur sa campagne de Tibur, sous le nom de Massa Cornutanensis. Ce document, désigné habituellement sous le nom de Carta Comu/iana, est le plus ancien qui nous donne sous forme d'un inventaire complet le détail d'un mobilier ecclésiastique. Le pieux et riche Goth qui souscrit ra<£le notarié des titres de Vir clarissimus et inlustris et cornes tt magisUr utriusque tui/iiiae, dénombit les domaines dont il fait don à la dite église pour l'entretien du clergé, pour les frais de l'éclairage quotidien et pour tes réparations à faire au monument. Il fait insérer dans l'a^e la longue liste des tapis, voiles et tentures donnés par lui, faits des étofTes les plus rares et désignés sous les noms étrangers les plus remarquables; il n'a garde d'omettre les codices : les quatre evatigelia, X Apostolorum, le psalUrium et le cornes, première mention que l'on rencontre de ce Icflionnaire, Voici le passage relatif aux objets de métal : " Je donne aussi à l'église pour son ornement et pour la digne célébration des saints mystères les ustensiles suivants ; une patène d'argent, un grand calice et deux plus petits également d'argent, une aiguière {kydrià) d'argent, une burette pour la présentation (du vin), une passoire, un encensoir; un cantharus d'argent avec chaîne et 18 dauphins, quatre lustres d'argent avec chaînettes, des candélabres d'ai^ent; puis pour la confession deux portes d'ai^ent avec clef Tous ces objets, pesés à la balance municipale, ont un poids de 54 I. 7 onces d'argent. Je donne en outre 2 grands luminaires de bronze avec chacun 8 dauphins, 6 grands canthari et douze petits, deux lis de bronze et deux candélabres de bronze" '.

Qu'une simple chapelle de campagne qui n'a point laissé de traces dans l'histoire ait été si richement dotée d'orfèvrerie d'art, c'est un indice du nombre et de la magnificence de ces mêmes objets dans les grandes basiliques de la cité.

2S2, On peut admettre que l'usage d'entourer le saint autel de ce luxe d'objets précieux a pris sa source et sa naissance dans le désir qui anima les chrétiens de Rome après Constantin, d'égaler dans leurs temples l'éclat et la richesse de ceux des païens, et de surpasser ceux-ci en générosités. Ce désir fort légitime a soulevé plus tard des réprobations : l'on a dit que tout ce faste, ce luxe qui s'adresse aux sens ne servent qu'à rendre la religion tout extérieure; on a parlé d'une infiltration païenne dans l'église. Assurément ce n'est

du même empereur conservée à Poiiiets. La thèque est moderne. L'inscription hexamétrique, qui commence en haut de la br.inche verticale, est ninsi conçue : Ligna quo Chrislus àumanum subdidil hosiem \ Dai Romat luslinus opeirt et sociii decortm. La croix mesure 41 cm. en hauteur et 30, s en ki^eur.

Cette croix remarquable n'est plus tout ï bit dans son état primitif surtout pour la p«t"' moyenne. Cf. ci-dessous % 436.

' Duchesne. Uber ftontif.. t. I, p. cXLVi; Bruiia, RegfSlo di TivoH (Bihliol. *'' l'Accad. s/orico -giuridica di Roma, t. VI, 1880), p. 15.

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