IX. — AncienDfls statues chrétiennes à Rome. Bois sculptés
283. Outre les travaux d'orfèvrerie, la plastique chrétienne produisait aussi, quoiqu'cn moindre nombre, des statues de marbre et de bronze; elle peuplait notamment de sarcophages ornés de reliefs artistiques les demeures des morts.
Les noms des maîtres sculpteurs chrétiens sont demeurés dans l'obscurité, comme c'est d'ailleurs le cas pour tous les autres domaines de l'art. De Rossi n'a pu retrouver le nom que d'un seul sculpteur romain, dans une inscription conservée simplement par des recueils manuscrits. Cet artiste mérite bien une mention tant à cause de la rareté du fait qu'à cause de son œuvre plastique même. On lisait au XVII* siècle, dans l'église de Saint-Chrysogone auTrastevere sur la base d'une statue chrétienne perdue : " Flavius Tertullus a donné à l'église cette œuvre de son ciseau " =. C'était une inscription du IV* ou V" siècle.
' Corpus inscr. lai., t. XIV, n. 2215. I posuit. De Rossi, Bull, arckeol. com., 1889,
' FI. Tertullus dt arte sua aecUsiat donum I p. 139.
430 LIVRE I. CH. vu. l'art et la civilisation romaine. [No2gj.
Parmi les œuvres de la statuaire chrétienne, l'une des plus communes au début semble avoir été l'image du Bon Pasteur. Le premier art chrétien de Rome ne nous en a pas laissé moins de cinq exemplaires, sans compter de nombreux reliefs et une hermula ou pilastre couronné par un buste du bon Pasteur '.
De toutes ces œuvres la meilleure est incontestablement la célèbre statue du Latran (fig. 128)* qui appartient aux débuts du 111= siècle. Cette figure achevée de pâtre jeune et allègre qui balance mollement sur ses épaules la brebis dont il tient les pattes de chaque main, nous montre avec quelle promptitude et quelle maestria l'art chrétien, pour ainsi dire à son enfance, sut s'approprier le gtnie classique et en mettre au service de ses propres idées les lois de symétrie et d'harmonieuse beauté.
Des œuvres comme celle-là ou comme !e S. Hippolyte de marbre au musée du Latran, qui ne lui cède guère en beaiilê, réduisent à néant la vieille affirmation d'une sorte de répulsion de l'Eglise primitive contre l'emploi de la sculpture. Seules les conditions extérieures du christianisme l'on!
empêche de faire avant Constantin un usage plus fréquent de cet art, qui après Constantin est de plus en plus cultivé. Revenir ici sur ce reproche du mépris de l'atl si fréquent autrefois contre l'Église primitive, serait considérer tout ce qui a cié exposé ci-dessus comme non concluant ou non existants.
Un bon morceau de sculpture religieuse.
d'une facture encore classique, est la statue ci-dessus mentionnée du doflcur et philosophe chrétien Hippolyte. C'est bien l'ancien rhéteur dans toute sa dignité que cette figure assise, fort admirée. Un livre dans la main droite, la gauche posée sur la poitrine, il repose, recouvert d'un palliuin à longs plis, sur une chaire décorée d'une tète et d'une patte de lion, et où est gravée la liste de ses œuvres. Ce joyau du musée du Latran a été découvert en 1551 non loin de la sèpulturede S. Hippolyte, près de la basilique de Sainl-
Fig. iz8. Figfure du Boa Pasteur.
'Garrucci, pi. 428, fig. ;; Krnus, Gesek.
ilerckriill. A'uns/, t. I, p. 127, et fig. du
' Sur la légende de la haine des premiers chrétiens contre l'art, cf. Kraus, Gaci. der chihtl. Kunsf, t. I, p. 5S et siiiv., 241;
Garrucci, Sfoiia dtlV arif, i. I, p. i etsuiv, 17 et suiv. Le fameux canon du candie d'Elvire (306), qui interdit les piSvru in eccUiia n'a été rendu que pour rEsfugne, et a été inspiré par des circonstances locales (Hefele, Conàliengeick., 2' ifditiofi, t. I, p. 170; de Rossi, Roma sett., t. i, p- <fr Funk, Khxhengeschichtl. AbkaiidluHgen,\X P- 346-3 5'-