LIVRE I. CH. V[I. L'ART ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N
gigantesques du Christ; l'affeftation à représenter le canthare symbolique où de part et d'autres viennent se nourrir des animaux ; l'usage enfin de quelques autres symboles déjà assez mal entendus. On en a un exemple dans le sarcophage de l'archevêque Théodore, œuvre antérieure à l'archevêque et qui ne fut employée par lui que par hasard, comme en témoigne la façon irrégulière dont est posée l'inscription (fig, 136)'. C'est aussi le cas du fameux sarcophage ravennate de l'exarque Isaac, beau et carafléristique travail de l'école de Ravenne mais antérieur à l'époque d'Isaac.
Ravenne nous a conservé aussi le nom d'un sculpteur et marchand de sarcophages, Daniel, dont Ca-ssiodore, l'homme d'État ostrogoth, célèbre le talent dans un diplôme qu'il lui oélroie pour l'exercice de son négoce. Ce doit avoir été un marchand en gros que ce Daniel, qui s'occupait aussi du transport des blocs de marbre ■. Le seul ntanncrarius, dont nous sachions encore qu'il sculptait des sarcophages, s'appelait Eutrope; ce n'était vraisemblablement qu'un artiste secondaire. On le voit représenté, au musée d'Urbin, sur son propre sarcophage, tout affairé, avec son aide, à sculpter un sarcophage auquel il travaille avec deux ciseaux à la fois 3.
XI. — Représentation artistique de l'Église et de la fonction de S. Rem.
293. La fréquence et la variété des symboles que l'art romain, dans ses divers domaines applique à l'Église et à la primauté de Pierre, nous amène, comme notre thème l'exige, à nous arrêter quelque peu sur cette dogmatique artistique.
Régulièrement, l'Église apparaît sous forme de matrone avec la stola matronalis et le manteau en forme de voile.
C'est ainsi qu'on la voit prier debout, les bras étendus, entre les saints Pierre et Paul, sur la porte de Sainte-Sabine; on la revoit deux fois, avec le même vêtement et la même attitude, dans cette basilique, sur la mosaïque du mur d'entrée, une fois avec l'inscription : " église de la circoncision", une autre fois avec l'inscription : " église des gentils ". Il n'y a donc aucun doute possible sur la signification symbolique de la matrone. Dans les deux dernières figures elle tient de la main gauche un livre ouvert et lève la droite dans l'attitude de l'enseignement 4.
Mais parfois l'Église est simplement représentée sous forme d'orante.
L'on a jadis été trop loin dans l'application à l'Église des figures d'orantes. On a voulu voir un symbole de l'Église dans des orantes, bien que la pierre portât gravé le nom d'une défunte; et dans ce cas cependant, l'on ne peut échapper à la nécessité de voir dans l'orante la figure idéale de la défunte qui prie dans l'au-delà pour ceux qu'elle a laissés ici-bas. 11 en va autrement quand les orantes, loin d'être accompagnées d'un nom, apparaissent dans des circonstances qui excluent toute allusion à la défunte et rappellent au contraire la pensée de l'Église s,
' Le flanc du sarcophage sera reproduit ! ' De Rossi, Bull. a*eh. criil., 1872, p- 39;
plus loin. j Wilpert, Ein Cyklus ckristologiscker 61-
'Cassiodorc, Varia, 1. 111, c. 19. , màlde, p. 33 et dans un sens différent, Rêm.
3 Pératé, p. 295, avec fig. 1 Quiirtalsckrijt, 1899, p. 33; cf. d-dessos
•Gamicci, pi. 3ioec ci-dessus fig. 25. I p. 414, n. i.
No 293.] XI. REPRÉSENTATION ARTISTIQUE DE L'ÉGLISE. 453
C'est le cas par exemple
■g pour le plus ancien sarcophage
U du musée du Latran, œuvre
■§ de formes exceptionnellement
$ belles et classiques. C'est un
J des rares qui datent sûre-
1 ment de l'époque préconstan- ■3 tinienne, vraisemblablement
2 de la période des Antonins, tj c'est-à-dire de la seconde moifi tié du second siècle. Ce chef- § d'œuvre provient des cime-
3 tières chrétiens de la voie sa-
flarienne. Une figure idéale d'orante y est dans des rap-
3 ports si étroits avec le bon
1 Pasteur que l'on est invinciblement conduit à penser que c'est l'épouse du Sauveur et que l'on ne peut voir en elle
■5 que l'Église ». Les écrivains
'g, chrétiens avaient accoutumé
S déjà de désigner l'Église
^- comme la Vierge et mère
ï (virgo et mater) ».
■ La personnification de
* l'Église par une femme était
c d'ailleurs courante dès les pre-
■S micrs temps. C'est ce qu'éta-
^ bli.iscnt les images et les com-
jj paraisons employées pour dé-
ï signer l'Église par le Pasteur
g d'Hermas, par la seconde
.§ homélie dite de S- Cléments
^ et, dans une certaine mesure,
B par l'épitaphe d'Abercîus où
% la foi (niVn;) est personnifiée
"f, par une femme qui accom-
jj ' Fig. dans de Rosai, op. e., 1891,
a pi. 1-3; cf. p. 55 et suiv.; Marucchi,
^ Guida delmuiiû later., pi. 3; Kraus,
3' Gesch. derckriitl. Kuiut, L I, p. 140.
*§, Il y a une compoiition analogue
8 dans Garrucci, pi. 371, fig. 2.
^ ' Virgo mater, spOKsa Ckristi, dans la légende des saints Nérëe
nï et Achillée; cf. de Rossi, Roma
. sotterr., t. 1, p. 348.
'£ ' Funk, Optra patr. apost., L I,
, p. 161 et suiv.