LIVRE I. CH. VU. L'art et la civilisation romaine. [N
la pyxide d'ivoire de Berlin, sur laquelle on lui a donné, pour le rendre plus saisissable à l'œil, la forme d'une massue (dg. 139)'. Souvent aussi l'art nous montre Pierre recevant du Christ le rouleau de la loi {Dominiis Ugein daf). Ce sujet significatif se trouve déjà sur une peinture des catacombes =*.
Très souvent, tant dans les peintures des catacombes que dans les autres monuments de l'art, 5. Pierre apparaît avec d'autres saints, ou avec les apôtres, toujours à la place d'honneur. Dans ces groupes, comme insigne de sa dignité, il a sous les pieds un tabouret ou suppedaneum ; et il est remarquable que l'art antique attribuait le suppedaneum aux personnes princières comme une distinflions-
A Ravenne, sous le pontificat de Léon le Grand, l'archevêque Néon fit représenter S. Pierre sur deux grandes peintures destinées à la salle à manger de son nouveau palais épiscopal. L'une représentait la vocation de l'apôtre à la conversion des Gentils au moyen de la vision du Hnge tombé du ciel avec les animaux impurs. Sur l'autre S. Pierre, occupant une place d'honneur au milieu des apôtres, recevait du ciel et de la main de Dieu la loi de la nouvelle alliance. Au IX« siècle encore, un historien ravennate, le prêtre Agnellus, lisait sous les deux peintures l'antique poème en hexamètres qu'y avait placé l'archevêque Néon. On y disait que le Sauveur avait fait de S. Pierre une lumière destinée à luire toujours parmi les apôtres, que Pierre, ferme fondement de la maison de Dieu, faisait resplendir l'Église de puissance et d'éclat, qu'il domptait par les enseignements de la foi les rudes courages des hommes, qu'il appelait la famille terrestre à l'unité de la religion <.
295. Sur les anciennes représentations, S. Pierre porte fréquemment une croix, tantôt avec la forme monogrammatique, tantôt avec la forme ordinaire. Cette croix qu'il tient à la main, c'est " l'étendard du royaume de l'Eglise, dont le Christ l'a établi le gonfalonier et le guide " 5.
Le poète Dracontius, chrétien d'Afrique, qui vivait vers la fin du V< siècle, donne à l'apôtre Pierre des titres d'honneur que l'on peut regarder dans une certaine mesure comme l'explication de ces scènes artistiques où l'apôtre parait avec la croix. Il l'exalte comme " le porte-bannière de la croix sublime et le guide choisi par Dieu d'innombrables peuples " 6. La hauteur significative de la croix monogrammatique que porte S. Pierre sur une statuette de bronze des
' Photographie empruntée à l'ouvrage de la Leo-Gesellschaft : DU katkolische Kirche (1S99), p. 3, et gracie use menl communiquée par Mgr Baumgarten. Les reprodu^ions antérieures ne sont pas exaéles.
■ Peinture de la catacombe de Sainte- Ptiscille, publiée par Mgr Wilpert dans le Bul- Itttino de de Rossi, 1889, p. Vil; cf. p. 23 et suiv.
3 Cela fait penser au i/ufii/Kjdesapâtres que s'attribue le successeur anonyme de S. Pierre, auteur du De aieataribus, au plus lard au IIP siècle (cf. ci-dessus p. 255). Sur une terre cuite du V* siècle, au Musée Barberini, qui représente le Jugement dernier, S. Pierre, seul des apôtres, est à la droite du Christ, avec le suppedaneum (Kraus. Rom. Quartaischrift, 1892, p. I suiv., fig,). Voir Garrucci, Sloria
deW arle, t. I, p. 383, sur le faldisiorimm et la haute predella de S. Pierre dans la scène du lavement des pieds.
' Les poèmes sont reproduits dans Agnellus, éd. Holder Egger {Mon. Grrm. Aisl., Script, rcruui long, et ilai.), p. 293. Dans l'avant-Hemier vers du second poème, nous corrigeons avec Garrucci, 1. 1, p. 510, lu omîtes en in unum omnes : Bis senos inlerfratres in principe sislis \ ipse loco, legtsqvt novae libi dantur ai allo^ \ Q}iis fera corda domas hominum^ {Çi'i') pérora mulcis I Chrislicolasque <iecei unum omnes eise per orbern. l lamque fuis meriiit Chrisli faral gloiia regnum.
s De Rossi, Bull. arch. crist., 1869, p. J5- ' Laudes Dei, 1. I, v. 217 et s. (Migne, P. L\ t. LX, col. 857!.
No 295.] XI. REPRÉSENTATION ARTISTIQUE DE S. PIERRE. 45?
Musées royaux de Berlin (fig. 140) semble manifester que l'on a voulu là représenter l'apôtre comme porte-bannière du royaume du Christ ^. Sur une médaille
du V" siècle environ», Pierre tient la t
îioni^rammatique
reçoit
du Christ le rouleau de la loi. Cette médaille était sans doute destinée à être portée et peut-être attachée au vêtement, comme l'indiquent les trous ronds dont elle est percée. C'était une ancienne coutume chrétienne, dont on a d'autres preuves, de porter ainsi des médailles ; et l'on conçoit qu'à Rome les médailles de S. Pierre aient eu la vc^ue, surtout auprès des pèlerins.
Entre autres créations par lesquelles l'art antique a honoré S. Pierre, nous citerons encore les scènes où il parait comme le pasteur suprême qui paît les brebis.
C'est ainsi qu'une mosaïque de la basilique pudentîenne à Rome montrait l'apôtre assis entre deux brebis qu'il gardait. L'inscription de la mosaïque la faisait remonter au pape Sirice, c'est-à-dire au IV^ siècle. Le siège de l'apôtre sur ce tableau semble bien avoir été une chaire, insigne de sa dignité. Il avait la tête nimbée, marque d'honneur qui n'était pas encore commune aux saints, mais que, en dehors du Rédempteur, l'on réservait uniquement, et encore n'étaitce pas un usage régulier, à la Viei^e Mère de Dieu et aux deux princes des apôtres 3.
L'apôtre semble aussi avoir été représenté sous la figure du pasteur de brebis au baptistère de Saint-Pîerre; c'est du moins l'interprétation plausible, proposée par Garrucci, d'un passage où Prudence nous montre en cet endroit Pierre conduisant à la source les brebis altérées 4.
L'introduftion des âmes des défunts dans le ciel par des saints n'est pas un thème rare dans l'ancien art chrétien; il est digne de remarque que l'on choisisse couramment pour cet objet les deux princes des apôtres ; Pierre apparaît en première ligne, comme celui auquel ont été confiées les clefs du ciel; Paul est son inséparable compagnon.
Fig, 140. Pierre avec U croix monogram-
IDAtique. St 3 luette CD brome de Berlin.
' W. Bode, Di€ italim. Plastik {Handb.
dtr ionigl. Museen mu Uerlin, 1891), p. i (figure, p. 3); cf. Kraus, Gtsch. dtr christ!. Kunit, t. I, p. ajî. La hauteur de la statuette est de 9,6 cm. C'est aujourd'hui un fait incontesté qu'elle représente S. Pierre. Le professeur Millier, de Berlin, dans un mémoire présenté en avril 1899 au Congrès romain d'archéologie chrétienne, a expliqué qu'elle avait dû servir d'ornement à une lampe chrétienne de brome et a fait un rapprochement intéressant entre cet objet et la lampe de Severus reproduite sur notre fig. 13, qui est ornée des statuettes analogues. Cette petite statuette qu'il croit appartenir au IV" siècle, a aussi son importance pour fixer le type artistique du vls^e de l'apôtre.
'De Rossi, DclU medaglii dellUtà délia paie e del trionfo, dans le Bull. arch. crist., 1S69, p. 43, planche, fig. 4, Dans la basilique de Saint-Pierre, un ancien sarcophage chrétien, richement sculpté, sous l'autel afluel des saints papes Léon II, Léon III et Léon IV, nous montre, entre autres scènes, Pierre recevant la loi du Christ et tenant à la main une croix monogrammatique à longue bampe.
^ Vieux dessin de Ciacconio (Cod, Vatic, 5407, p. 81), reproduit par De Rossi, Bull, arck. crist., 1867, p, 43. Cf. ibid., ce qui est dit sur une image de S'° Domitille.
* Perisleph%non,\.yA\,y. 43 (Migne,/». i., t. LX, col. 564); Garrucci, Storia delV arie, t. I, p. 401. Cf. dans mes Anal, rom., 1. 1, p.91, l'inscription du baptistère du Vatican.