‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 158 sur 165 · LIVRE I. CH. VII. l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N · texte numérisé non relu

LIVRE I. CH. VII. l'art ET LA CIVILISATION ROMAINE. [N

Ce n'est qu'assez tardivement — pas avant le V« siècle autant que nous en pouvons juger, — que l'art chrétien de Rome s'avisa de mettre aux mains de S. Pierre les clefs du royaume du ciel, dont il est question dans l'Évangile. Cette représentation, si goûtée par la suite, ne se trouve ni sur les peintures des catacombes, ni sur les verres dorés, où Pierre parait si souvent. La transmission des clefs seule apparaît, à titre de scène historique, sur les sarcophages, sur ceux de la Gaule méridionale plus souvent que sur ceux de Rome ', — De nombreux sarcophages du Latran donnent place à S. Pierre dans plusieurs scènes à la fois (fig- 137)-

Un sarcophage de la crypte de Saint-Pierre consacre au prince des apôtres toute la moitié droite de sa face antérieure. A l'arcade extrême, un Christ juvénile lui tend les clefs qu'il reçoit respeflueusement, sans les toucher de la main, dans un repli de son pallium sur son bras. A l'arcade suivante le Christ lui prédit sa chute et lui confie la mission de conforter ses frères. A la troisième, U s'approche avec une haute croix du Sauveur qui lui tend de la main gauche un rouleau ouvert, signe de sa mission sublime. Détail significatif: le Christ est sur une colline d'où s'échappent des ondes et qu'entourent des brebis, symbole des bienfaits spirituels du véritable pasteur divin qui s'apprête à confiera son représentant le ministère pastoral ".

Nous ne saurions alléguer ici la mosaïque de Galla Placîdia sur le grand arc de la basilique de Saint-Paul. S. Pierre y tient bien, dans l'état afluel, les clefs à la main. Mais nous avons dit déjà que cette figure avait été l'objet d'une restauration, comme celle de S. Paul avec le glaives.

Au contraire, dans la mosaïque de Sainte-Agathe des Goths, dans la Suburra, qui devait sa décoration à Ricimcr, l'artiste chrétien avait donné les clefs à S. Pierre : il les portait respeflueuscment sur ses mains que recouvrait son pallium ^ On voit encore aujourd'hui une représentation semblable à Ravenne sur la mosaïque du baptistère de Sainte-Marie in Cosmedin, exécutée sous le roi arien Théodoric s, Dans la scène de l'Ascension du manuscrit syriaque de la Laurentienne, à Florence, qui date de l'année 586, S. Pierre a aussi les clefs en mains, et c'est le seul apôtre qui porte une croix à longue hampe ^

S. Pierre apparaît encore avec la croix et les clefs sur la mosaïque de Pelage II dans la basilique de Saint- Laurent hors les murs?; sur celle de Jean IV dans la chapelle de Saint-Venance au baptistère du Latran b. Enfin nous ne saurions passer sous silence le fameux bronze du Vatican, auquel nou^i avons assigné comme date de fabrication le V* ou le VI= siècle.

A l'exception du manuscrit syriaque, toutes ces œuvres d'art donnent aux clefs la forme ordinaire, encore usuelle aujourd'hui, qu'elles ont sur la statue de bronze du Vatican. On ne saurait donc tirer de la présence de ces clefs ni de leur forme un argument contre l'âge de cette statue, puisque dès les premiers siècles chrétiens l'on a connu aux clefs la forme a£luelle9.

' Kraus, Gesck. der ckristl. Kurut, t. I, p. 247.

' Garrucci, St0ria deW arle, planche 330,

fig-s-

' De Rossi, Musaici, sec. V, Âreo di Pla-

* Garrucci, i. c, pi. 24a, fîg. 2, d'après le dessin de Ciacconio (Cod. Vat., 5407).

> Garrucci, pi. 241.

^Garrucci, pi. 139, fig. 2.

'Garrucci, pL 17 1; de Rossi, Musaiei, sec. VI, S. Loremo.

'Garrucci, pt. 372; de Rossi, Jtfusaia, sec. VII, 5. Venantio.

* Le musée clirétien du Vatican en conserve des spécimens originaux.

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