‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 2 sur 165 · I. — La lutte décisive avee le parti païen en · texte numérisé non relu

I. — La lutte décisive avee le parti païen en

I. Rome vit, à la fin du IV^ siècle, une trentaine d'années après la mort de Julien l'Apostat, se jouer la partie suprême entre le paganisme et la religion chrétienne. La défaite sanglante infligée par Théodose le Grand en 394 à l'usurpateur Eugène et la chute honteuse des cérémonies patennes récemment rétablies à Rome scellèrent dans l'Empire d'Occident te triomphe définîtif du christianisme comme religion d'État.

L'Empereur Valentinien II, qui gouvernait l'Occident comme collègue de l'Empereur d'Orient Théodose, était tombé sous les coups d'un meurtrier. Son chef d'armée, le païen franc Arbogast, qui portait la responsabilité du crime, mit la couronne volée sur la tête d'un parvenu, l'ancien rhéteur Eugène. Eugène avait reçu le baptême chrétien ; son ambition se laissa gagner par la force du parti païen. Il paya la faveur dont il était l'objet en restituant aux chefs du mouvement païen les biens des temples des dieux antérieurement confisqués. C'est en vain qu'Ambroise, le grand évêque de Milan, tenta par ses remontrances d'empêcher ces efforts stériles et impies pour ressusciter le paganisme mort. Sa voix ne fut point entendue, lorsque dans Milan il refusa la participation au service divin à Eugène obstiné dans ses projets et déterminé à la guerre contre Théodose,

L'âme de cette entreprise téméraire fut le préfet païen du prétoire, Flavien Nicomaque. Il ne se contenta pas de mettre au service de l'usurpateur les forces de sa vaste préfecture qui embrassait, avec l'Italie, l'Illyrie et l'Afrique du Nord, il lui promit aussi l'assistance et la protection des divinités romaines.

Le culte mort des dieux avait en Flavien un partisan fanatique. Comme la faction païenne du Sénat, dont il était le chef, il faisait dépendre la conservation de l'Etat romain du maintien de la religion traditionnelle. Déjà, lorsque Gratien s'était montré hostile à la célébration officielle de sacrilîces païens, il avait rencontré en Flavien un adversaire passionné.

Personnellement très versé dans la sciences des augures, il prédisait à son protégé Eugène, qui s'avançait à la tète d'une armée imposante, une victoire décisive sur Théodose et l'étendard chrétien ; son immanquable triomphe allait

être le prélude d'une ère nouvelle de prospérité pour le culte des dieux et la gloire de l'Empire. Entraîné par ces espérances de triomphe et par la pensée de vengeance qui animait ses puissants amis, Flavien eut dans Rome des audaces incroyables. Nous ne connaissons bien le détail des événements qui s'y sont déroulés que depuis la découverte récente de témoignages contemporains d'où il ressort qu'il y eut là pour les deux religions en présence un moment presque aussi décisif que jadis le combat entre le paTen Maxence et son adversaire Constantin le Grand."

2. Sur l'ordre de Flavien l'on multiplia les sacrifices, La Ville éternelle vit de nouveau fumer les autels des temples naguère fermés et aujourd'hui tout grand ouverts, pour recevoir les hauts fonctionnaires rassemblés autour des pontifes dans l'allégresse. Flavien lui-même, en vêtements sacerdotaux, promena par la ville la procession d'Isis en pleurs à la recherche d'Osîris. L'on fêta par des orgies les mégalésies de Cybèle, la grande mère des dieux. Flavien donna l'exemple du sacrifice du taurobolc et quand le sang du taureau eut coulé sur lui, il se déclara puriiîé pour 2o années plus efficacement que par le baptême chrétien. Les cérémonies du culte de Mithra vinrent renouveler plus vivement aux yeux du peuple étonné le spectacle du culte romain dans le caractère oriental qu'il avait adopté en dernier lieu.

En outre, dans son fanatisme, le préfet et grand prêtre en revint à un rite que Rome n'avait point vu depuis les jours de l'Empereur Aurélien, comme s'il eût cherché à exaspérer la population en grande majorité chrétienne. Il soumit la ville à une lustration de trois mois pour la purifier des souillures que, à ses yeux, lui avait fait contracter la foi chrétienne. Le lustrum ou sacrifice amburbial, accompagné du justitium officiel, fut donc annoncé publiquement au peuple romain; puis on fit les processions qui se succédèrent avec aspersion des murs de la cité.

On ne se contenta pas d'ailleurs d'apaiser les dieux pour obtenir qu'ils protégeassent les murailles de P.ome. On entreprit en même temps les travaux matériels de défense de la ville et de ses tours. L'enceinte fortifiée d'Aurélicn était .sur beaucoup de points faible et défectueuse; on n'y avait pas encore exécuté les réparations et les améliorations que devait bientôt y apporter l'empereur Honorius. On se mit en toute hâte à faire ce qu'exigeait l'urgence du danger.

Les procédés violents auxquels Flavien recourut pour accélérer ces travaux, son peu de respect de la propriété privée lui attirèrent de nouveaux ennemis. Il s'aliéna par là des personnes même que n'avaient pas lésées ses mesures religieuses. Par contre il gagna des amis par l'apostasie de quelques partisans

' Les détails se trouvent dans un poème i fait par de Rossi, BuUettino di archeologia

latin anonyme, contre Flavien, conservé dans , criiiiana, i868, p. 49ct s.,6i et s. De bonnes

un manuscrit de Prudence dj v ou VI" siècle rééditions ont été publiées par Mommsen,

(Bibl. Nat. Lat. 8084). M. Delisle l'a publié I {Hermts, t. IV, 1870, p. 354 et S.) et par

pour la première fois intéjraiement en 1S67 Bahrcns {l'oetae latini minores, t. III, l88t,

dans la Bibliothèque de l'École des chartes p. 286 et s.). Cf. Ebert, Gesckichte der Lite-

(6* série, t. III, p. 397); en 1868, CIl Morel '. rafur der MittelaUers, 2* édition, I, p. 31a

en a donné un commentaire dans la Af-z^w j et suiv.;trad.franç.par AymericetCondamin

archéologique {t. XVII, p. 451 et s., XVII f, (1883!, p. 336; Seefelder, Utber das Carmen

p.44 et s.). Un nieilleurcommentaireeDaété i adv. /'/oviiifinvi (Gmiind, 1901).

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